Redberry met sa technologie au service de la santé publique

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Une partie de l'équipe de Redberry.
Une partie de l'équipe de Redberry. (Crédits : DR)
Détecter la présence de bactéries, dans l'eau, les produits laitiers ou les vaccins, facilement et surtout, rapidement : c'est ce que propose la start-up strasbourgeoise, qui faisait partie des 75 lauréats du concours i-Lab 2019.

Ils auraient pu tenter de surfer sur la crise du coronavirus en redimensionnant leur technologie. Mais Jonathan Macron et Joseph Pierquin, respectivement directeur général et directeur technique de la start-up Redberry, basée à Strasbourg, ont choisi de poursuivre le programme de développement qu'ils s'étaient fixé avec leur équipe. « Notre technologie détecte des bactéries, pas des virus, à ce stade », précise le premier. « Notre priorité n'est pas d'être opportuniste », ajoute le second.

Redberry œuvre pourtant bien, à sa façon, à la santé publique. Son innovation, qui prend sa source dans l'expérience professionnelle, notamment dans l'industrie pharmaceutique, de Joseph Pierquin, ingénieur et détenteur d'un doctorat, propose une méthode permettant de voir des microbes à l'état unicellulaire, autrement dit, sans avoir besoin de les faire se multiplier. Comment ? « Grâce à trois innovations, répond Jonathan Macron. L'optique, la biochimie et les algorithmes ». L'optique, parce que Redberry exploite les avancées technologiques récentes qui permettent une résolution de plus en plus grande : elles peuvent être appliquées à la détection de bactéries microscopiques, une fois intégrées dans une machine pas plus grande que celle qui sert à faire du café. La biochimie, parce qu'en injectant un réactif, qui rend les microbes fluorescents en quelques minutes, tout contaminant peut être détecté. Et enfin, les algorithmes, qui, en traitant les images, permettent de voir des résultats invisibles à l'œil nu.

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Une technologie déjà testée par des utilisateurs, bientôt commercialisée plus largement

« Il suffit de déposer l'échantillon à tester dans le tiroir de la machine, sur la capsule, et l'analyse peut commencer », s'enthousiasme Jonathan Macron. Car au-delà de l'innovation technologique, c'est la facilité et la rapidité d'utilisation de leur machine que mettent en avant les deux entrepreneurs. Plus besoin d'une formation complexe. Plus besoin non plus d'attendre les résultats pendant plusieurs jours. « Un technicien sur une chaîne de production, dans une usine agro-alimentaire, dans un laboratoire testant des échantillons d'eaux ou des produits cosmétiques, peut utiliser notre technologie », précise Joseph Pierquin. Et c'est bien là le but de Redberry : faire en sorte de détecter toute anomalie bactérienne en amont, sans risquer d'expédier puis de devoir rappeler des produits infectés par la E.coli ou d'autres bactéries néfastes.

La méthode, brevetée, que Redberry a développée depuis sa création, en 2017, est déjà commercialisée. En tout cas sous forme de prototypes de la plateforme. « Nous avons noué des partenariats industriels sans partage de propriété intellectuelle, ce qui permet aux utilisateurs de tester la technologie, explique Jonathan Macron. Et pour nous, c'est une occasion de recueillir des feedbacks pertinents et utiles pour poursuivre le développement de la plateforme ». D'ailleurs, c'est grâce à ces partenariats que Redberry a pu générer du chiffre d'affaires dès l'année suivant sa création. De quoi permettre à la start-up, très « lean » dans son développement, de rester autonome - sans faire appel à des investisseurs jusqu'à ce stade. Certes, les fonds apportés par le concours i-Lab ont aidé... Et avant cela, ceux de la bourse French Tech de Bpifrance. « Mais surtout, ce qu'i-Lab nous a apporté, c'est la crédibilité et la légitimité», souligne Joseph Pierquin. Depuis ce premier succès, la jeune pousse strasbourgeoise a également été reconnue, pour le design de son produit, cette fois, par le prix « Janus de la Santé » de l'Institut français du design, fin 2019.

Prochaine levée de fonds

Jonathan Macron, lui aussi ingénieur, a rencontré Joseph Pierquin il y a 15 ans, chez Air Liquide, où ils travaillaient tous les deux en R & D, puis l'a rejoint quelques mois après la création de Redberry. Aujourd'hui, il se concentre sur le changement d'échelle que devra opérer la jeune pousse. Pour ce faire, des fonds supplémentaires seront nécessaires. « Pour la commercialisation de notre produit, d'abord en Europe, nous projetons de lever entre 1 et 2 millions d'euros dans les mois qui viennent. D'autres étapes suivront, notamment pour les marchés nord-américains, de même que d'autres développements dans le diagnostic médical », précise-t-il.

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Les deux entrepreneurs, aux commandes d'une équipe de neuf personnes, sont confiants. « La crise actuelle nous impacte mais ne devrait pas retarder la levée de fonds », disent-ils. D'autant qu'au-delà de leur proposition de valeur, de nature à séduire les investisseurs, les deux compères incarnent une philosophie qui devrait faire la différence.

Joseph Pierquin n'en est pas à sa première start-up. Sa première incursion dans l'entrepreneuriat a été couronnée de succès, puisque la jeune pousse a été acquise par bioMérieux. « J'aime être indépendant et avoir la liberté de choix », dit-il. A l'inverse de ce que les chercheurs peuvent vivre dans des grands groupes, contraints qu'ils sont de suivre des décisions stratégiques parfois décorrélées de leurs sujets. Quant à Jonathan Macron, qui a également suivi le cursus Challenge + d'HEC (visant à aider les créateurs de projets innovants), il avait lui aussi une envie de liberté et d'aventure entrepreneuriale. Il a donc rapidement accepté de rejoindre Joseph Pierquin ! Surtout, les deux coéquipiers s'entendent à merveille. « Le niveau d'exigence de Joseph est tel que nous travaillons en parfaite confiance. Nous sommes sur la même longueur d'ondes. », dit Jonathan. « C'est une philosophie d'ensemble, dit Joseph. Nous avons des convictions, et nous essayons de prendre les bonnes décisions, pour nos équipes comme pour l'avenir de Redberry ». Avec des entrepreneurs aussi exigeants, l'avenir de Redberry, fondé sur des micro-organismes, devrait vite être magnifié - et pas seulement grâce à un microscope !

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