Valérian Giesz, un entrepreneur engagé

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(Crédits : DR)
Quandela, la société lancée par des fous de physique quantique, s'appuie sur une technologie à base de particules élémentaires, unique au monde, qui permettra de construire un jour des ordinateurs hyper-puissants.

« C'est incroyable, les planètes sont alignées : d'abord nous avons eu le Grand Prix au concours i-Lab l'an dernier, et ensuite, nous avons déménagé à Saclay, où le CNRS nous a offert, à travers un partenariat, de partager l'une de ses salles blanches. C'est royal ! », s'exclame Valérian Giesz, le dirigeant de Quandela, une société qu'il a créée avec deux autres chercheurs en 2017 et qui commercialise déjà une technologie unique au monde, développée au CNRS dans l'équipe dirigée par Pascale Senellart-Mardon.

Découverte française

Fondée sur les impulsions lumineuses qui accroissent les performances d'ordinateurs chargés d'effectuer des calculs pour la recherche et l'industrie, cette technologie servira un jour à construire les premiers ordinateurs quantiques, qui géreront des milliards de données, de même qu'elle permettra de communiquer de façon inédite via des satellites. « Il faut le dire, la prochaine révolution ne viendra pas de l'Intelligence Artificielle, mais de la physique quantique ! », s'exclame Valérian Giesz.

Les enjeux sont immenses, puisque cette technologie permettra de mieux gérer les risques, pour les banques ou l'industrie - de l'aviation à la pharmaceutique - en analysant des données. Il s'agit de prévoir l'avenir, et mieux que cela, de l'améliorer », poursuit-il, pour conclure : « Et c'est au CNRS qu'on a découvert cette technologie, cela, il faut le dire aussi ! ». D'ailleurs, lorsque l'équipe du CNRS à laquelle appartient le chercheur a publié ses premiers résultats scientifiques, l'article a été particulièrement remarqué et ce, à travers la planète. « Nous pensions que seuls des scientifiques et des chercheurs seraient intéressés, mais en fait, de grands groupes industriels et des géants de la tech nous ont contacté », se souvient-il. Aujourd'hui, il apprécie la politique du CNRS qui s'ouvre à sa start-up et l'héberge au Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies.

Téléportation quantique

Et pas question de « laisser de si beaux résultats dormir dans les tiroirs d'un laboratoire, il fallait passer de cette technologie de la deep tech à des produits commercialisables ». D'où la volonté de créer une start-up. Le Grand Prix du concours i-Lab, doté initialement d'un montant de 330 000 euros, abondé exceptionnellement cette année pour atteindre la somme de 550 000 euros - « Nous venons de recevoir la lettre, et cela aussi, cela a été dingue ! », s'exclame Valérian Giesz - a permis à Quandela d'embaucher des chercheurs et d'investir dans de nouveaux équipements. « Nous n'avons pas encore besoin d'effectuer une levée de fonds, cela viendra seulement lorsque nous devrons accroître nos capacités de fabrication », indique par ailleurs le cofondateur de Quandela.

Son rêve, au-delà de servir ses premiers clients industriels, est effectivement de développer la technologie pour, à terme, qu'elle soit l'une des briques des ordinateurs quantiques, d'un nouvel Internet, d'une génération inédite de satellites... Si de grandes sociétés comme IBM, Intel et Google ont lancé des prototypes, encore embryonnaires, « seule la Chine a récemment mis sur orbite le premier satellite qui utilise de la communication quantique et même réalisé une visioconférence entre Vienne et Pékin avec les principes de la téléportation quantique, une technique indéchiffrable », indique le chercheur. D'autres sociétés, comme le Chinois Huawei, sont également intéressées, de même qu'Atos, en France. C'est d'ailleurs Pierre Barnabé, Directeur Général Adjoint de la division Big Data et Sécurité d'Atos, qui est le parrain de Valérian Giesz dans le cadre du concours i-Lab. « L'informatique quantique est une priorité d'innovation pour nous depuis 2016 », indique ainsi Philippe Duluc, Directeur technique de cette unité chez Atos. En outre, Atos - l'un des leaders mondiaux dans le domaine des supercalculateurs (HPC) - s'inscrit dans un écosystème, fait de grandes entreprises, de start-up, de pôles de compétitivité comme Systematic Paris-Région, d'incubateurs... « pour créer de la valeur collectivement », relève-t-il. Pas étonnant, donc, que le géant épaule activement Quandela. Au-delà de réunions formelles sur divers aspects entrepreneuriaux, les experts d'Atos ont bien entendu parlé technique depuis le début du parrainage.

Une discussion, et une stratégie d'accompagnement, qui se poursuivent en fait jusqu'à ce jour. « Le domaine, complexe, de l'informatique quantique, est un petit monde, ajoute en effet Philippe Duluc, nous nous voyons à des conférences ou dans des panels ». Et lorsque les spécialistes d'Atos, souvent consultés sur ces questions dans le cadre de commissions ou de comités de pilotage, pensent que cela a du sens, ils n'hésitent pas à mettre en avant la pépite qu'est Quandela. Car l'avènement de l'informatique quantique, c'est pour bientôt, et Quandela est l'un des « enablers » importants de ce club restreint d'acteurs qui, comme Valérian Giesz, révolutionneront l'informatique.

Engagement local

Mais si Valérian Giesz s'intéresse à la fois à l'infiniment petit, comme les photons et autres particules élémentaires, et à l'infiniment grand, comme les satellites nouvelle génération qui évolueront un jour autour de la terre, le chercheur/entrepreneur n'en a pas moins les pieds sur terre. Non seulement parce qu'il est fan de marathon et de trail, histoire de garder une bonne hygiène de vie, mais aussi parce qu'il n'a pas oublié ses débuts, qui l'ont mené de Meaux, en Seine-et-Marne, à une prépa à Paris - « quand je pense au fossé entre les deux, rit-il, je ne sais pas comment j'ai sauté le pas pour apprendre à étudier comme il le fallait » - puis à l'Institut d'optique. Une vocation venue d'un prof de physique, en prépa, qui, « au lieu de nous gaver de formules, racontait ses expériences dans l'optique quantique ».

Valérian Giesz n'oublie pas non plus son engagement auprès d'une association locale, dont l'ambition est d'aider les jeunes des quartiers. « C'est là, d'ailleurs, que j'ai appris les rudiments de l'entreprise, du fait que je devais gérer les 20 salariés de l'association, faire les fiches de paie, et manager », dit-il. Aujourd'hui, il il s'engage pour la mixité et la diversité, une habitude prise au cours de ses recherches au CNRS, entouré de scientifiques, hommes et femmes, venant du monde entier. Ainsi, Quandela a recruté une chercheuse « qui avait du mal à se mettre en valeur, comme nombre d'autres chercheuses, pendant les entretiens, mais, nous, nous savions qu'elle était la meilleure », dit-il. Une confiance qui paie aujourd'hui. Valérian Giesz réfléchit aussi à embaucher des handicapés, même si ce n'est pas évident dans une salle blanche - des laboratoires ultra-sophistiqués et bourrés de produits dangereux.

Et s'il n'envisage pas de carrière politique, il soutient les initiatives de la France en faveur de la recherche. « Ce qui manque encore un peu, c'est l'esprit d'entreprise, mais cela commence à changer », avance-t-il. D'ailleurs, il participe à « cette évolution des mentalités et cette réhabilitation de l'image des entrepreneurs ». Mieux encore : pas à pas, ce chercheur/entrepreneur, maintenant co-président de la communauté French Tech Paris-Saclay, labellisée il y a peu par Bercy, travaille à une nouvelle révolution, qui changera à terme la vie de tous les habitants de notre planète.

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