Les éditeurs de livres scolaires, "bonnets d'âne" du numérique

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L'arrivée des tablettes, plus proches du livre et moins chères, devrait donner un coup de pouce aux manuels scolaires numériques, toujours pénalisés par trois obstacles : le taux d'équipement, la formation des enseignants et les financements. Un nouvel acteur lance un pavé dans la mare des éditeurs historiques.

Lors du Salon du livre, Editis, deuxième groupe d'édition français, qui comprend entre autres Bordas, Nathan et Le Robert, a montré au grand public ce qui se passe dans les classes : ENT (espace numérique de travail), TBI (tableau blanc interactif) et bien sûr manuels numériques.
Chez les six maisons qui dominent l'édition scolaire (Belin, Bordas, Hachette, Hatier, Magnard et Nathan), on reste cependant discret sur le pourcentage que représentent les manuels numériques. « Un peu plus de 1% du chiffre d'affaires, avance Pascale Gallou, directrice multimédia chez Hatier. En 2011-2012, le marché du manuel numérique a doublé grâce à des financements comme le plan école numérique rurale et le catalogue chèque ressources. »Voici plus de dix ans que les éditeurs investissent dans les nouvelles technologies. Souvenez-vous de l'opération Un collégien, un ordinateur portable, lancée dans les Landes dès 2001. De l'aveu de Hatier, qui a participé à l'expérimentation, on en était alors aux premières réflexions, avec des enrichissements très sommaires. Depuis, tous les éditeurs sans exception se sont mis au numérique. « Depuis 2009, tous nos titres papier sortent aussi en numérique, soit en version standard avec des outils pour la projection en classe, soit en version enrichie », explique Pascale Gallou.

« Ni trop en avance, ni trop ringard »

Typiquement, la version numérique standard, utilisée en classe entre autres pour alléger les cartables des élèves, est offerte avec l'achat de la version papier. Les versions enrichies, d'exercices interactifs par exemple, sont une option payante pour un coût qui tourne, chez Editis, entre 40 et 100 euros par an selon le niveau d'enrichissement. En 2011, Savoir Livre, l'association regroupant les six principaux éditeurs, a commandité une enquête sur les usages du numérique : près d'un enseignant sur cinq utilisait à l'époque un manuel numérique.
« Il y a une volonté du ministère de l'Éducation nationale, mais les payeurs sont les collectivités locales, fait remarquer Catherine Lucet, directrice générale du pôle éducation et référence chez Edi-tis. On constate que les équipements sont hétérogènes dans les établissements, que travailler en ligne est ralenti par des problèmes de débit et que la mise en place est une question de bonne volonté. »Pourtant, elle arme que toutes les études démontrent que le numérique concourt à la motivation, sinon à la réussite, des élèves. « Nous devons trouver un compromis entre une offre à la hauteur des attentes, les évolutions technologiques et les pratiques possibles », résume Pascale Gallou, qui lancera à la rentrée 2013 une vingtaine de ses meilleures ventes, au collège et au lycée, sur tablettes : « Il ne faut pas être trop en avance ni trop ringard. »

Plate-forme éditoriale pour Web collaboratif

« Les six éditeurs sont un oligopole. Ils font 99% de leur chiffre d'affaires sur le papier. Ils n'ont pas envie que le numérique explose. » Raphaël Taïeb, le jeune directeur général du site Lelivrescolaire.fr, ne mâche pas ses mots. En 2009, il lance cette nouvelle maison d'édition scolaire avec trois autres partenaires, dont François-Xavier Hussherr, un professeur qui a participé à l'aventure de l'Internet français. Début 2013, le catalogue de 16 manuels, en version papier payante et en version numérique gratuite, couvrait les quatre matières principales au collège.
L'éditeur a développé une plate-forme de publication aujourd'hui commercialisée auprès d'autres éditeurs, comme Pearson et Vista, sous le nom de Gutenberg Technology. « Les auteurs saisissent leur livre sur la plate-forme. C'est une base de données à partir de laquelle on peut publier pour le papier, Internet, les tablettes, les smartphones », explique Raphaël Taïeb.
Les auteurs? « Nous nous inscrivons dans la tendance du Web collaboratif, affirme le dirigeant. Des auteurs rémunérés écrivent les livres et des coauteurs apportent des idées, des sources supplémentaires, des exercices. Chaque livre est une collaboration entre de 50 à 250 profs. » « Nous avons un bon retour. On nous dit que ce sont des manuels de terrain », rapporte Émilie Blanchard, directrice des collections histoire-géo chez cet éditeur qui surfe aussi sur la vague des logiciels libres.
« Notre grand chantier, ce sont les tablettes, avec des manuels entre 10 à 15 euros, qui seront disponibles à partir de cet été. Car d'ici trois à cinq ans, les collèges seront équipés. Sur les smartphones, nous pensons à autre chose, des fiches de révision, des quiz », annonce Raphaël Taïeb.
Emmanuel Maugard est professeur d'histoire-géo dans les Pays de la Loire. Il a participé à l'écriture des manuels de 5e, 4e et 3e et les utilise en classe. « J'aime que les élèves puissent faire des activités à la maison et je les reçois avant les cours pour savoir quelles difficultés ils ont rencontrées », explique-t-il, convaincu que la multiplication des supports d'apprentissage est bénéfique pour la motivation. Pour cet enseignant, pas de doute : papier et numérique resteront complémentaires.

10 euros par livre et par élève hors matériel

Avec 414,9 millions d'euros, l'édition scolaire représente 15,5% du chiffre d'affaires global de l'édition en France, selon les données 2011 du Syndicat national de l'édition. Soit près de 70 millions d'exemplaires vendus cette année-là, un chiffre en progression.
En trois ans, Lelivrescolaire.fr affirme avoir vendu 150000 manuels et rassemblé 20000 profs inscrits sur son site (sur environ 100000 professeurs de collège dans les matières couvertes). Raphaël Taïeb avance également que ses manuels représentent 8% des ouvrages d'histoire-géo. L'éditeur propose trois ores aux collèges : le 100% papier, un pack combinant papier et numérique, et enfin le 100% numérique. Dans ce dernier cas, les licences cumulées sur quatre ans, la durée de vie d'un livre scolaire, reviennent à 10 euros par livre et par élève. « Nous faisons sauter la barrière financière, nous aidons la formation en accompagnant les enseignants. Il reste l'équipement », conclut Raphaël Taïeb.

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a écrit le 01/04/2013 à 6:43 :
Pas si simple quand une portabilité et inter opérabilité est nécessaire pour fonctionner sur tous types de terminaux or avec des fabricants qui se comportent de plus en plus comme des prédateurs pour imposer à tous prix leurs terminaux difficile de faire un choix assuré d'une certaine pérennité et ou surtout le cout du hard à obsolescence programmée ne deviendrait pas un handicap.
a écrit le 26/03/2013 à 19:00 :
Le livrescolaire.fr n'est absolument pas le seul sur ce créneau.Par exemple, en mathématiques, Sésamath (www.sesamath.net) propose aussi des manuels, cahiers, augmentés numériquement, gratuits, et ce sans rémunération des auteurs, le but étant "les mathématiques poour tous". Ce fournisseur de ressources touche 20% du marché des manuels en mathématiques au collège...
a écrit le 26/03/2013 à 11:38 :
C'est marrant. Tout article évoquant le manuel numérique se termine inéluctablement par la mention du livrescolaire.fr. Pourtant, les acteurs du numérique sont aussi les enseignants qui produisent du contenu. Nul besoin de recourir à "un oligopole" qui trouvera sans cesse de nouveaux moyens de vous faire cracher au bassinet (cf. les versions enrichies d'une centaine d'euros). Vous pouvez aussi télécharger des ressources libres, gratuites. Ça existe ! Mes manuels en sont la (modeste) preuve. http://www.ralentirtravaux.com/le_blog/?page_id=1026
Réponse de le 26/03/2013 à 16:21 :
Ce travail titanesque n'est pourtant pas sans coûts ! Voici une page bien utile pour éviter de cracher au bassinet mais soutenir une démarche riche de perspectives : http://www.ralentirtravaux.com/don.php
a écrit le 26/03/2013 à 10:57 :
"manuels scolaires numériques, toujours pénalisés par trois obstacles : le taux d'équipement, la formation des enseignants et les financements."

J'ai l'impression d'entendre cette antienne depuis des siècles.

Les équipements sont là, les profs sont formés et les collectivités s'arrachent des bras pour payer des manuels scolaires à leurs élèves.

C'est juste que LEURS PRODUITS NE SONT PAS BONS. Ils essaient de nous refiler du PDF enrichi d'exercices soit disant interactifs mais indigents, au format verrouillé, ... ! ON N'EN VEUT PAS ! On veut des outils libres, du partage, de la mutualisation. Du numérique. Du vrai. Pas de la copie numérique de manuel papier ! ... et on le réclame à cor et à cri depuis bientôt 10 ans !

Je n'utilise pas de manuel, je n'en fais pas acheter par mon établissement, je crée mes propres ressources ou alors j'utilise le manuel Lelivrescolaire.fr qui lui, répond à cette demande de souplesse ).
L'école (et mes impôts, les vôtres aussi) n'est pas là pour subventionner les éditeurs de manuels.
Réponse de le 28/03/2013 à 7:27 :
Eh Collègue ! Je suis prof ET auteur de manuels. Les éditeurs ne font pas leurs manuels, même numériques tous seuls ! Derrière chaque livre, il y a un ou plusieurs enseignants, certains CP, etc. Il serait temps de s'en souvenir.
a écrit le 26/03/2013 à 8:32 :
J'adore comment quoi qu'il arrive concernant notre chère Ed Nat, on finit toujours par devoir augmenter les dépenses... Donc sous-équipement: entendre "investissement", comme à Montpellier je suppose. Ensuite formations des enseignants: entendre "replacement" pour les former, "argent" pour les former, et probablement heures supplémentaires pour qu'ils s'y fassent. J'exagère parce que je trouve que c'est une insulte à leur intelligence que de dire qu'ils ne peuvent pas utiliser de tels outils sans formation. Bref, passons. En fin de compte, rien ne change. Les gains de productivité sont bouffés avant même d'avoir été réalisés, pour ensuite s'avérer nuls pour une raison ou une autre et on continue à investir des sommes folles pour des résultats de plus en plus mauvais. A ce rythme là, on interdira bientôt le privé et l'éducation à domicile pour retirer toute comparaison.
Réponse de le 28/03/2013 à 16:10 :
Les mots de "gains de productivité" concernant l'éducation des enfants me choque ! L'école mérite qu'on donne du temps aux professeurs et aux élèves, du matériel moderne et adapté (donc digital aussi) sans oublier des cours/leçons de qualité (les supports c'est bien mais les contenus c'est essentiel).

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