« L’algorithme n’est pas responsable des crimes dont on l’accuse » (Aurélie Jean)
Propos recueillis par Valérie Abrial et Lysiane J. Baudu
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Photo d'illustration
© Frédéric Monceau
Propos recueillis par Valérie Abrial et Lysiane J. Baudu
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La défiance vis-à-vis de l'intelligence artificielle - et des algorithmes en particulier, semble d'abord venir du fait que les citoyens ne comprennent pas comment les outils fonctionnent... Cela a été notamment le cas pour l'application AntiCovid. Est-ce pour cela que vous avez souhaité, dans votre précédent ouvrage, De l'autre côté de la machine*, éclairer les lecteurs et démystifier les algorithmes ?
Aurélie Jean Le cas de l'application TousAntiCovid n'est peut-être pas le meilleur exemple dans la mesure où la CNIL avait soulevé à l'époque une collecte de données à caractère personnel via l'application, non prévue dans le cahier des charges. Cela étant dit, il est vrai que les citoyens stigmatisent certaines technologies pour en embrasser d'autres bien plus menaçantes pour eux-mêmes ou, à plus grande échelle, pour la démocratie, comme certains réseaux sociaux. J'essaie à ma petite échelle d'expliquer encore et toujours au citoyen mais aussi au dirigeant politique et économique, ainsi qu'au législateur, les tenants et les aboutissants de ces outils et donc de ces algorithmes. Ainsi, ils pourront chacun à leur niveau et selon différents objectifs, comprendre, raisonner et décider judicieusement.
Mais une fois que l'on a compris, est-ce suffisant pour installer la confiance ?
A.J. C'est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut en complément un encadrement légal pour s'assurer que les technologies soient correctement développées, testées, appliquées et utilisées. C'est tout le sujet de mon nouveau livre : comment construire une régulation pertinente, qui encourage l'innovation tout en protégeant intelligemment l'individu et ses libertés. En construisant le RGPD (Règlement général sur la protection des données), l'Europe a brillamment réussi le pari d'« autoriser » en « encadrant », il faut qu'elle fasse la même chose avec les algorithmes, au risque de freiner le vieux continent. Elle pourra, comme avec le RGPD, montrer le chemin à d'autres pays dans le monde, comme les USA avec le CCPA (California Consumer Privacy Act).
Propos recueillis par Valérie Abrial et Lysiane J. Baudu