ENTRETIEN. Souveraineté, futur de l'IA, robots à 300 euros... Thomas Wolf, directeur scientifique de la licorne franco-américaine Hugging Face, livre sa vision des grands enjeux de l’intelligence artificielle et d'une robotique accessible à tous.
Et si, demain, n'importe qui pouvait créer son propre robot ? Pas juste programmer un chatbot, mais une machine capable de remplir le lave-vaisselle, nous divertir, et travailler en entrepôt. C'est le futur que défend Hugging Face, cette licorne franco-américaine devenue incontournable dans l'intelligence artificielle grâce à sa plateforme où sont accessibles plus d'un million de modèles en open source. L'entreprise vient de racheter le français Pollen Robotics, qui conçoit des humanoïdes en open source, pour faire en sorte que notre futur robotisé ne soit pas seulement aux mains d'une poignée d'acteurs souvent américains ou chinois, comme Tesla et Unitree.
Thomas Wolf, directeur scientifique de Hugging Face rencontré lors de VivaTech, détaille, à La Tribune, sa vision de ce qu'il considère comme la prochaine grande étape de l'IA : son incarnation dans des robots accessibles à tous.
LA TRIBUNE - Ces derniers jours, le mot « IA souveraine » est beaucoup revenu dans le débat public, notamment avec le partenariat entre Nvidia et Mistral promettant une infrastructure cloud européenne. Quelle est votre interprétation de ce terme ?
THOMAS WOLF - Il y a une conjonction de facteurs - la révolution de l'IA, la guerre en Ukraine, les tensions commerciales avec les États-Unis - qui expliquent que l'Europe ne peut plus se contenter de consommer des technologies américaines sans rien faire. Je suis très heureux de voir les initiatives se multiplier, comme de nouveaux data centers ou l'arrivée massive de puces en France.
Chez Hugging Face, nous militons depuis longtemps pour avoir davantage de clusters de calcul, notamment publics, car c'est une force que nous avons en France. Nous avons développé nos modèles sur le calculateur Jean Zay, puis aujourd'hui sur Jules Verne. Cela nous a beaucoup aidés à faire grandir certains modèles et, en retour, cela a permis à ces clusters d'évoluer eux-mêmes. Même avec des data centers en Europe, nous restons toujours dépendants des puces américaines, celles de Nvidia. Peut-être faudrait-il réfléchir à créer une filière de semi-conducteurs en France...
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