Chaque semaine, Fabrice Coquio, président de Digital Realty France, reçoit plusieurs propositions d'achat de data centers. Mais il s'y intéresse rarement. « Ils sont souvent mal situés, loin des principaux hubs de connectivité, et surtout, ils ne sont pas conçus pour répondre aux besoins grandissants de l'intelligence artificielle (IA) », explique-t-il.
Cette affirmation étonne, mais l'homme ne la prononce pas à la légère. Digital Realty est l'un des principaux opérateurs de data centers en France. L'entreprise américaine a généré un chiffre d'affaires global de 5,4 milliards de dollars en 2023. Elle gère 300 bâtiments dans le monde, dont 17 entre Paris et Marseille. Elle se situe donc en première ligne face à cette révolution qui transforme le secteur. La mise en vente de centres devenus obsolètes est l'un de symptômes les plus parlants de cette transformation.
En cause ? L'arrivée des applications d'IA générative, comme ChatGPT dès fin 2022, qui repoussent les limites des data centers. Les nouveaux modèles de langage tels que GPT-4 (d'OpenAI) ou LLaMA (de Meta), ainsi que les nombreux logiciels qui s'appuient sur ces modèles, nécessitent une puissance de calcul immense. Résultat, les serveurs doivent être plus performants, grâce à des processeurs graphiques (GPU) ou, dans le cas de Google, des unités de traitement de tenseur (Tensor processing unit ou TPU). Ceux-ci entraînent une hausse considérable de la consommation d'énergie dans les data centers, bien que ces nouveaux processeurs améliorent leur efficacité énergétique d'année en année.