Nest débarque en France avec son thermostat intelligent tout en rondeur, pour lequel Google a déboursé quelque 3,2 milliards de dollars ? Pas de quoi faire trembler le français Netatmo. La startup francilienne, qui s'est fait connaître par sa station météo connectée vendue notamment dans les magasins Apple, n'a pas de complexe avec son propre thermostat pilotable depuis son smartphone, lancé en France et en Belgique il y a un an et désormais disponible dans cinq autres pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne, Italie). Le fondateur et directeur général Fred Potter affirme que son thermostat, un cube blanc designé par Philippe Starck, se vend « très bien » et fera bientôt son entrée dans les Apple store, car la moitié des acheteurs l'installent eux-mêmes. Il ne communique pas ses chiffres de ventes « pour ne pas aider nos concurrents à construire leur business plan. »
A l'annonce du rachat de Nest par Google en janvier dernier, de nombreuses craintes se sont exprimées, notamment chez les propriétaires du thermostat, sur l'utilisation que le géant de l'Internet, au modèle économique fondée sur la publicité, pourrait faire des données collectées sur les habitudes des foyers. Google peut faire peur, non seulement aux utilisateurs mais aussi aux entreprises du secteur du chauffage, majoritairement européennes.
Il relève que trois industriels allemands, Bosch (Elm Leblanc), Vaillant, Viessmann, et un néerlandais BDR Thermea (De Dietrich) représentent environ 80% du marché mondial des chaudières. Or Netatmo s'est appliqué à concevoir un produit adapté spécifiquement aux normes européennes (pour le chauffage au gaz, au fioul, au bois, mais pas électrique, tout comme Nest). La France est un peu une exception en Europe avec ses 10 millions de foyers chauffés à l'électricité - mais tout de même 14 millions au gaz - avec la Norvège et la Finlande. Une version pour le chauffage électrique ne semble pas économiquement tenir la route : il faudrait un appareil par radiateur, ce qui reviendrait rapidement à 500-700 euros par foyer. Avec un an de recul, les foyers ayant acheté son thermostat intelligent ont économisé environ 25% sur leur facture annuelle de chauffage, pour une famille au profil « frileux » chauffant à 22,5°c (18° la nuit).
L'Allemagne constitue un marché à fort potentiel, même si un Allemand dépense deux fois moins qu'un Français en électricité du fait d'une meilleure isolation, mais aussi à terme la Turquie, « 120 millions de foyers tous au gaz », indique le patron de Netatmo. Rien qu'en Europe, le marché du chauffage résidentiel (chaudières et accessoires) pèse 65 milliards d'euros et devrait croître à 85 millions dans les années qui viennent. Netatmo n'ira pas aux Etats-Unis où Nest a conçu un produit adapté : « Nous ne sommes pas là pour faire des « me-too » , ce ne serait pas pertinent » de se lancer outre-Atlantique. Mais certains pays d'Amérique latine comme le Chili ou l'Argentine pourraient avoir du potentiel.
Il souligne qu'il y a « une demande sociétale, ce n'est pas futuriste ». Un sondage Harris a montré que 62% des Français considèrent le thermostat intelligent comme le plus pertinent des objets connectés. En revanche, le fondateur de Netatmo estime qu'il n'y a pas de modèle économique pour le détecteur d'incendie connecté, l'autre produit lancé par Nest, alors que des modèles low-cost se trouvent à 5 euros en grande distribution.
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Netatmo prépare le lancement de nouveaux produits, dont certains seront présentés au grand salon de l'électronique grand public CES de Las Vegas en janvier. Fred Potter dit réfléchir autour de la sécurité, Netatmo faisant partie « des 12 sociétés préselectionnées pour Home Kit », le programme de développement d'applications pour les accessoires de la maison connectée d'Apple, en utilisant notamment Siri, l'assistant vocal de l'iPhone, pour commander un éclairage, un thermostat, etc. « On a la chance d'avoir un produit, notre station météo, que l'un des VP (directeurs) d'Apple adore » relève fièrement Fred Potter. Le prochain produit de la startup française tirera aussi parti de la nouvelle Apple Watch. Mais pas question de se lancer dans la santé, malgré son incursion dans la « cosmétique connectée » avec son bracelet June mesurant l'exposition au soleil, d'autant que la montre intelligente d'Apple pourrait tuer le marché des bracelets moniteurs d'activité (Jawbone, Fitbit, etc).
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