"J’allume ma rue" : l'appli lumineuse qui commande l’éclairage public

Sous le coup de la flambée des prix de l’énergie, de plus en plus de maires vont être tentés d’éteindre l’éclairage public une fois la nuit tombée, au risque de mécontenter une partie de leurs administrés. Dans l’Eure, une petite ville a trouvé la parade.

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A Pont-de-l'Arche, le téléphone allume les rues.
A Pont-de-l'Arche, le téléphone allume les rues. (Crédits : Reuters)

Permettre aux habitants de commander l'éclairage nocturne à distance. C'est l'idée lumineuse qu'a eu la commune normande de Pont-de-l'Arche. Dans cette jolie cité médiévale de 4.000 âmes lovée entre un affluent de la Seine et une forêt, les rues sont plongées dans le noir toutes les nuits de 23 heures à 5 heures du matin mais peu de gens y trouvent à redire. Depuis près de six ans, couche-tard et lève-tôt peuvent piloter l'éclairage public pendant leurs déplacements en toute autonomie. Il leur suffit d'actionner sur leur smartphone une application (« j'allume ma rue » de son nom) qui ré-allume les lampadaires sur leur trajet pendant quinze minutes.

Adopté au nom de la lutte contre la pollution lumineuse et de "la chasse au gaspi" d'énergie, le dispositif ingénieux est entièrement « fait maison ». Il a été mis au point de sa propre initiative par un résident de la ville. Olivier Bozzetto a, depuis, créé une entreprise du nom d'Odelco pour le commercialiser. « L'appli est reliée aux armoires électriques qui pilotent l'éclairage via leurs horloges astronomiques que nous avons connectées et couplées à un dispositif de géolocalisation », détaille-t-il. Après une période d'acclimatation, les archépontains se sont vite pris au jeu. En 2021, l'appli entièrement anonyme a enregistré plus de 3.000 connexions (provenant de smartphones différents) « sans aucune hausse de l'insécurité », jure t-on à l'Hôtel de ville.

Une solution écolo-nomique

Les particuliers ne sont pas les seuls à trouver des avantages à cette solution innovante. Celle-ci permet également aux services techniques de lire les consommations mais surtout de gérer à distance les plages horaires de l'éclairage public par l'intermédiaire d'un ordinateur ou d'une tablette. Un vrai bonus, pour Cédric Viguerard, adjoint au maire. « Il est devenu facile de laisser un quartier allumé plus tardivement en cas d'événement particulier par exemple », explique t-il. A l'inverse, pendant le premier confinement, l'extinction des feux a été reprogrammée en un clic deux heures plus tôt.

A la clef, des économies budgétaires non négligeables. L'an dernier, Pont-de-l'Arche a vu sa facture d'électricité baisser de 17.000 euros. Pas exactement un point de détail dans le contexte actuel. « Le produit est amorti en maximum 18 mois, bien plus rapidement que lorsque l'on remplace des ampoules classiques par des LED », assure Olivier Bozzetto. Les élus notent un autre progrès moins palpable mais non moins utile connaissant les menaces qui pèsent sur la biodiversité. « Les espèces sauvages nocturnes vivent mieux grâce à la diminution de la pollution lumineuse. On ré-entend des chouettes hululer », rapporte Cédric Viguerard.

Quant à la jeune société Odelco, son avenir s'annonce lumineux. Depuis un an, elle commercialise son produit « 100% made in France » partout dans l'Hexagone. Sa solution est aujourd'hui déployée dans une poignée de communes dont, tout récemment celle d'Urugne (10.000 habitants) dans le pays basque. Olivier Bozzetto a par ailleurs été approché par plusieurs grands groupes français spécialistes du mobilier urbain. Ou comment passer du local au global.

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