La startup de la semaine : Koovea, la technologie qui évite les crises sanitaires

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Les K-Tag sont de petits thermomètres connectés dotés d'une batterie capable de tenir plus de 3 ans sans recharge.
Les K-Tag sont de petits thermomètres connectés dotés d'une batterie capable de tenir plus de 3 ans sans recharge. (Crédits : Koovea)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, Koovea. La startup montpelliéraine propose un système de suivi en temps réel de la température à destination des produits thermosensibles, en médecine et en agroalimentaire. L'objectif : prévenir toute rupture de la chaîne du froid, et éviter à la fois les risques sanitaires et les pertes financières.

Quel rapport entre un vaccin et une pièce de viande ? Tous deux sont sensibles aux variations de leur température de conservation. Les industries médicale et agroalimentaire doivent donc maintenir la chaîne du froid, de la création du produit jusqu'à sa délivrance. Mais parfois, elles échouent : une porte de réfrigérateur mal fermée peut suffire. Dans le meilleurs des cas, les produits exposés à une température non-adaptée sont retirés de la circulation, avec pour conséquence une perte de chiffre d'affaires. Dans le scénario où ces produits parviennent jusqu'aux consommateurs ou patients, les répercussions atteignent d'autres sommets : intoxications alimentaires, médicaments inefficaces voire nocifs, scandales sanitaires, et même risques vitaux.

C'est ici qu'intervient Koovea, avec son dispositif de surveillance de la chaîne du froid en temps réel, ou presque. Si le produit est exposé pendant trop longtemps à une température incorrecte, le système enverra une alerte aux principaux concernés. Ils pourront intervenir directement ou à défaut, a posteriori. La startup montpelliéraine équipe des laboratoires, des distributeurs alimentaires et toute la chaîne de valeurs qui les entoure : transporteurs, grossistes, producteurs... D'apparence, son service n'est qu'un simple thermomètre connecté. Mais il cache plus de complexité technique qu'il n'y paraît. Revenu du CES 2019 avec un prix et de nouveaux clients, Koovea espère désormais lever un million d'euros pour poursuivre sa croissance.

Une cinquantaine d'euros par véhicule

"Les gros industriels sont amenés vers nous par l'évolution de plus en plus stricte des normes. Généralement, ils se font taper sur les doigts lors d'un contrôle et c'est à ce moment qu'ils nous contactent", s'amuse Adrien Content, CEO et cofondateur de Koovea.

Concrètement, le dispositif de Koovea comporte trois briques. La plus visible, le "K-Tag", est une petite sonde de température de quelques centimètres (cf. photo de l'article). La startup en fixe un certain nombre dans les endroits critiques : chambre froide, caisses isothermes, camions frigorifiés... Le petit objet fonctionne sur batterie, et compte sur une autonomie de "3 à 5 ans" promet Koovea.

Ensuite un routeur -baptisé "K-Hub"- relaie les données produites par le K-Tag. Il est équipé d'une carte Sim et passe donc par le réseau de téléphonie pour envoyer les données sur les serveurs de Koovea. Les clients de la startup ont accès à ces données via une application, nommée "K-App", déclinée sur toutes les surfaces. Un laboratoire peut ainsi suivre le transport d'une caisse de vaccins et s'assurer du respect de sa température de conservation. Il peut aussi identifier l'heure et la localisation auxquelles les incidents se produisent afin d'intervenir en temps réel et de prévenir les cas futurs.

La startup montpelliéraine propose son offre comme un service par abonnement (SaaS) et s'engage donc à remplacer l'équipement défaillant, dès qu'elle en reçoit les premiers signaux. Le coût de l'abonnement fluctue en fonction du nombre de mesures demandées et du nombre de dispositifs déployés.

"Pour suivre un véhicule ou équiper une chambre froide avec quelques points de mesures et un routeur, nous demandons environ une cinquantaine d'euros par mois", estime Adrien Content, co-fondateur et CEO de Koovea.

Plus compliqué qu'un simple thermomètre

Le service de Koovea s'articule donc autour du "K-Tag", rien de plus qu'un thermomètre connecté... une innovation en apparence bien simple, loin de la prouesse technologique. Pourtant, dans le détail, sa mise en oeuvre n'est pas si évidente.

La jeune pousse a développé son propre protocole de communication, multi-opérateur, pour mieux gérer les coupures de réseau, et favoriser le suivi 24h/24. Et ce n'est pas tout. Lors d'un rare passage hors réseau cellulaire, les sondes utilisent leur mémoire tampon : elles stockent les données jusqu'à ce que la connexion soit rétablie et qu'elles puissent les renvoyer.

Ensuite, si la donnée critique produite par le K-Tag est la température, il offre aussi d'autres informations : amplitude du signal réseau, niveau de batterie, humidité de la pièce, géolocalisation, paramètres de configurations... Autant de données nécessaires pour respecter les contraintes imposées par les services de régulations. Dans ce cadre, le calibrage de la mesure de température respecte deux normes, une pour les denrées alimentaires, l'autres pour les produits médicaux. La précision de chaque thermomètre doit donc être évaluée par les laboratoires de métrologie spécialisés. De même, des normes nationales s'appliquent sur la radiofréquence.

Prévenir plutôt que constater les dégâts

Si la startup s'est d'abord adressée à l'industrie pharmaceutique, c'est à la faveur de l'émergence des biotechs. De plus en plus de médicaments prennent des formes de gels injectables qui contiennent des micro-organismes (comme des virus par exemple). Si les transporteurs ne les conservent pas à la température indiquée, ils peuvent devenir inefficaces voire dangereux. C'est ainsi que Koovea a par exemple décroché un contrat de transports de vaccins contre Ebola en Afrique.

"Il y avait plusieurs dispositifs sur le marché, mais ils ne répondaient pas à la problématique. Ils faisaient du curatif, et non du préventif", constate Adrien Content

A titre d'exemple, l'entrepreneur cite des dispositifs de relevés de mesures articulés autours d'appareils à port USB. Des agents spécialisés doivent alors intervenir pour manipuler ces objets, et le relevé de température n'est observé qu'à posteriori. Le client n'a d'autre choix que de constater les dégâts s'il y en a eu.

"Avec la capacité préventive, nous évitons les sources d'erreurs, et nous permettons un gain d'économie sur la main d'oeuvre", argumente le cofondateur.

Le dirigeant vante également la facilité de mise en place de son dispositif : quinze minutes suffiraient pour former les équipes de l'entreprise cliente, qui ensuite n'auraient besoin que de dix minutes pour installer K-Tag et K-Hub sur chaque nouveau lieu. "Il n'y a besoin d'appuyer sur aucun bouton, puisque le routeur fonctionne sur batterie, et que nous gérons la configuration à distance", ajoute-t-il.

Dans le futur, un suivi personnalisé pour chaque produit

A l'heure actuelle, Koovea suit la température dans une zone définie : une chambre froide ou une caisse par exemple. Mais à l'avenir, la startup veut miniaturiser son K-Tag sous la forme d'une étiquette souple de la taille d'une carte bleue. Ce nouveau format permettrait de coller une étiquette sur chaque produit, et d'introduire un suivi personnalisé pour chaque produit. "Dans le cas d'actes malveillants, notre dispositif serait aussi plus difficile à neutraliser", précise également le dirigeant. En parallèle de cette innovation produit, Adrien Content lorgne, à long terme, sur d'autres marchés, comme celui de la protection contre les contrefaçons, le suivi de l'humidité pour le transport de fleur ou de vin, ou encore la détection de la casse... Mais d'abord, il se donne deux ans pour développer son business actuel en France et à l'étranger. "Nous voulons avant tout rester les experts du froid", tempère-t-il.

Koovea compte aujourd'hui 10 employés, dont 7 dédiés à la R&D, et cherche actuellement des investisseurs dans l'objectif de lever un million d'euros. En quatre ans d'existence, la startup s'est contenté de la bourse French Tech, de subventions, de prêt bancaire et d'autofinancement pour survivre.

Mais désormais, Adrien Content assure que sa startup est prête à décoller, après un CES 2019 réussi, où la startup a gagné un des nombreux Innovation Awards.

"Le CES 201, nous a apporté des retombées en terme de visibilité dans la presse, mais nous avons aussi signé des gros contrats avec des groupes industriels français venus nous voir là-bas", affirme le cofondateur.

Koovea avait déjà participé en 2018, mais son dispositif n'était pas encore en production. Persuadé que le CES est "the place to be", Adrien Content revient pour l'édition 2019, avec la délégation régionale.

"La seconde année, nous étions mieux préparés. Nous avions, je pense, un des trois meilleurs stands du salon. Nous avions payé quelqu'un déguisé en ours polaire qui dansait : ils veulent du show aux Etats-Unis, alors nous en avons donné", se rappelle l'entrepreneur.

De quoi attirer les objectifs des nombreuses caméras présente sur le salon, et créer des effets de foule.

"Dans la continuité de ce CES, nous accélérons notre déploiement, et d'une vingtaine de client, nous allons vers une quarantaine. Désormais, nous visons de très gros clients, capables de demander plus de 1.000 points de mesures", se projette-t-il déjà.

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Commentaires
a écrit le 22/11/2019 à 8:57 :
Est ce que ça sert vraiment à quelque chose ? Il fut un temps où l'agroalimentaire n'existait pas et le réfrigérateur en était à ses balbutiements...était ce pour autant que les intoxications alimentaires étaient monnaie courante ? Certainement pas dans un monde où les produits étaient cuisinés frais en quantité suffisante et pas gaspillés.
L'agroalimentaire c'était les produits secs et les conserves.
Nul besoin d'avoir des systèmes sophistiqués, coûteux, pour garantir des produits ultra transformés, ultra emballés...et ultra pas bon au goût et à la santé !

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