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Le Web2day veut se réinventer

Frédéric Thual

Publié le 19 juin 2018 à 07:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:50

Web2day

Conférence d'Axelle Lemaire à Web2day

Frédéric Thual

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Si avec près de 9.000 visiteurs, la 10e édition du Web2day estime avoir fait le job, le festival nantais du numérique va devoir se renouveler pour passer les épreuves du temps et affronter une concurrence européenne de plus en plus affûtée. Et ce, dans un contexte où l’IA commence à faire bouger les lignes du digital.
« Les chiffres sont en progression, les partenaires ont pris conscience qu'ils pouvaient organiser des animations, des soirées... Les délégations étrangères s'amusent de notre côté décalé, l'ambiance a montré que l'on n'avait rien perdu de notre ADN... Je suis satisfait de constater la convergence de la responsabilité des tech. L'esprit critique est en train de monter vis-à-vis des seules technologies », résume Adrien Poggetti, co-fondateur et directeur du Web2day.

Le seul problème, c'est d'avoir dû afficher complet à de nombreuses conférences et de laisser des gens, qui avaient payé leur pass, à la porte... « Il est clair que l'on va devoir repousser les murs pour les prochaines éditions. Des solutions seront à trouver. Mais ce sont de bons problèmes, des problèmes de riches... ».

Cette année déjà, le festival avait été éclaté sur plusieurs lieux. D'où, par moment, un certain flottement dans les flux.

Quel Web2day veut-on ?

« C'est vrai que l'on va avoir besoin d'être plus inclusif, de se mettre en danger, de prendre des risques ...». Car en devenant plus pro, le Web2day, devenue une marque installée, a érodé sa spontanéité. Faudra-t-il en changer le nom comme certain le suggère ?

« C'est un risque. Ce n'est pas d'actualité, mais on y viendra certainement à un moment ou à un autre. On ne va pas tout casser, mais on doit être capable de continuer faire rêver et se réinventer. Il faudra se demander ce qu'est notre événement idéal. Si l'ambition est là, ça passera par une dynamique collective.»

En effet, il est peu probable que l'association La Cantine, qui consacre un tiers de son budget global à ce festival puissent supporter une pression supérieure. « Seuls, nous n'aurons pas les ressources suffisantes. Peut-être faudra-t-il conjuguer les énergies pour aller vers un événement associant la Digital Week, le Devfest ou autres ».

Pour Francky Trichet, adjoint au numérique de la ville, « élargir le web2day, dont le nom ne veut plus rien dire, à un festival des Industries Créatives pourrait avoir du sens dans le cadre du projet de réhabilitation des halles destinées à devenir un pôle d'excellence dédié aux industries culturelles et créative sur l'île de Nantes. » Avec le risque d'y perdre son âme et le ton décalé qui le caractérise. Car, les acteurs de l'écosystème numérique y viennent, notamment, pour cela. Localement, en tout cas, ils se sont accaparé l'événement.

--

(Collectif Noaded IA. Photo : Frédéric Thual)

Rapprochement de Nantes et Montpellier sur la PropTech

« Je suis très heureux que le Web2day contribue à faire émerger des verticales », constate Adrien Poggetti, venu accompagner la naissance du collectif Noaded IA. Quelques heures plus tard, les entrepreneurs nantais et montpelliérains annonçaient le lancement du mouvement Proptech, autour d'une quarantaine d'entreprises de l'immobilier et du BTP dont une dizaine s'est ajoutée durant le festival.

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« Aujourd'hui, la French Tech fait face à de nouveaux défis. Surtout lorsque la Global PropTech Survey nous apprend que, même si 89% des entreprises traditionnelles de l'immobilier considèrent qu'elles doivent collaborer avec les startups de la PropTech pour s'adapter à un environnement changeant, seulement 24% d'entre elles ont clairement défini une stratégie d'innovation », précise Pierre Leroy, co-fondateur de la startup nantaise EP, spécialisée dans les solutions digitales au service de la maison.

Michaël Lalande, fondateur d'Idealys, productrice de logiciels métiers pour les professionnels et smartbuilders positionnés sur la construction de smartcities, ajoute :

« L'objectif est de donner une image commune, une tête de file, un point d'entrée unique vers les startups qui travaillent dans l'immobilier à Montpellier, soit une quinzaine sur la Métropole, qui s'étaient réunies sous la bannière Proptech Montpellier. »

À Nantes, ils sont aussi nombreux à s'être engagés dans cette dynamique. Récemment installée dans le bâtiment UNIK sur l'île de Nantes, EP a déployé une plateforme Business & Solutions de 2.500 m² destinée à devenir un espace de référence réunissant les startups de la PropTech, les grandes directions innovation et digitales de l'immobilier, de l'habitat, du bâtiment et de la construction. « Si la filière traditionnelle était durant dix ans à la traîne pour sa digitalisation, depuis trois ans, on constate une véritable accélération et une mobilisation de tous les acteurs économiques et institutionnels », se félicite Pierre Leroy. « On a réussi à faire se rencontrer les casques de chantier et les sweats à capuche ! », sourit Yann Person, co-fondateur d'EP.

Des hologrammes en réunion

Non loin de là, c'est le Village by CA nantais (avec Angers et Vannes) qui annonçait le lancement d'un dispositif de conférences collaboratives holographiques inédit. « Une révolution dans le monde de la réunion... Et c'est la première fois que nous participons à un montage de ce type », assure Nathalie Massé, maire du Village by CA nantais, qui s'est associé à la startup Gustav by Cocktail, l'ESN CGI et l'Icam (Institut Catholique d'Arts et métiers) de Nantes au sein du consortium Holoconf, dont les ambitions technologiques ont été validées par le Pôle Images & Réseaux.

Soutenu par Atlanpole, ce système permettra à plusieurs personnes, situées sur différents sites de pouvoir échanger et collaborer via des hologrammes, en temps réel, quel que soit le fond de l'image. C'est là que réside la difficulté de l'exercice. Associé au projet, les ingénieurs de l'Icam travaillent sur les algorithmes permettant de mieux détourer l'image, d'améliorer la compression et la fluidité d'une solution pour en faire une première mondiale, prévue pour voir le jour dans un an.

Une fibre internationale à tisser... dans la ville

Venu pour la première dans ce vivace écosystème, Alexandre Fourtoy, fondateur et CEO du réseau d'incubateurs 1Kubator, présent sur quatre villes en France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Rennes), se dit agréablement surpris par ce concept ouvert et décalé, qui « ne fait pas kermesse. C'est mon premier Web2day, je suis impressionné par la qualité des conférences et la maturité des startups », confie l'investisseur qui, toujours dans une logique de portefeuille, apprécie une proximité que l'on ne trouve pas à Vivatech.

« L'humain, c'est la clé. Je serais tenté de dire : si vous avez une bonne idée, faites là à Nantes. Cela dit, le Web2day a aussi les défauts de ses qualités avec une Cantine numérique incontournable dans l'écosystème », décoche le lyonnais.

Ce dernier est à la tête d'un réseau de 110 startups dont 90% seraient prêtes à lever des fonds. Pour 1Kubator, le programme d'accompagnement des Deeptech, lancé à Lyon, il devrait être prochainement dupliqué à Nantes avec le concours de la SATT Ouest Valorisation, à l'image du programme Willa (ex-Paris Pionnières), destiné à accompagner les femmes dans leurs projets entrepreneuriaux et récemment proposé par l'incubateur nantais, très engagé sur la mixité. « Les femmes sont encore trop peu présentes. Et pas seulement dans les startups, mais dans toutes la chaîne de valeur. J'aimerais voir autant de femmes que d'hommes parmi les investisseurs, qu'ils soient VC (Venture Capital) ou Business Angels », observe Véronique G. Boudaud, speaker, et spécialiste des écosystèmes numériques dans le monde qui, elle aussi, découvrait le Web2day pour la première fois.

« J'ai ressenti l'envie des jeunes mais le côté international est encore trop peu marqué. Je n'ai vu ni un corner dédié aux investisseurs ni un espace où l'on pouvait rencontrer les délégations étrangères. C'est important, surtout si l'on veut être un événement qui attire hors des frontières nationales. À Lisbonne, par exemple, toute la ville vit au rythme du Web Submit. Ici, non. La vocation internationale d'un évènement se joue aussi sur l'accueil dans ses cafés, ses restaurants, ses commerces, le réseau Internet, l'information urbaine... Et là, je suis un peu restée sur ma faim... », estime la digitale exploratrice.

___

ENCADRÉ

Entre fantasme et réalité, un vent d'IA a soufflé sur le Web2day

« L'IA est-elle une personne comme une autre ? La technologie est-elle pertinente ? démocratisable ? » interrogeait David Sadek, vice-président de la R&D et de l'innovation chez Thalès, pour qui l'homme doit rester dans la boucle de décision.

« La continuité entre l'humain et une technologie virtuelle n'est pas si évidente que cela... Montrer des millions de chats pour reconnaître un chat, n'est pas savoir ce qu'est un chat. »

Au gré des conférences qui se sont succédé lors de la 10e édition du Web2day, l'intelligence artificielle était sur toutes les lèvres, jusque sur celles d'Axelle Lemaire, ex-secrétaire d'État en charge du numérique et de l'innovation, passée dans le privé, venue parler d'Europe, de startups et de citoyenneté dans un monde où l'IA s'apparente à « une course à l'armement », dominée par les Gafa. Dans un univers où s'alignent 1.393 startups américaines, 383 chinoises, 245 au Royaume-Uni... La France et l'Allemagne arrivent bien plus loin. « Or, quelle représentation future du monde voulons-nous donner ? »

Pour elle, à l'instar du numérique qui donne le pouvoir d'agir au citoyen, il est temps d'inventer une intelligence collective dans l'IA et ne pas laisser un secteur privé fragmenté décidé seul de ce qui est bon ou non pour la société. « Est-ce à Google d'énoncer seul l'approche éthique de l'IA ?», interroge-t-elle, prônant la mise en œuvre d'un outil collaboratif au niveau européen, tout en se félicitant que la culture tech ait envie d'agir pour résoudre des problèmes. « La Tech for good peut être un puissant facteur de changement pour prendre des décisions. En tout cas, sur l'IA, on part de 0 et le sujet arrive sur la table... »

Les bonnes pratiques selon Naoned IA

Un sujet, on ne peut plus entendu à Nantes, où un collectif d'une trentaine d'acteurs nantais du privé (Akeneo, Owkin, Xsun, Myscript, EP, iAdvise, E-cobot...) et public (CHU de Nantes, Université, Inserm...) intervenant sur l'IA a profité de la visibilité offerte par le Web2day pour lancer le mouvement Naoned IA et un manifeste en 7 points "Pour une intelligence artificielle, responsable, éthique et populaire".

« Aussi, parce qu'on a besoin d'avoir des regards croisés pour échanger les bonnes pratiques. Que beaucoup de choses se disent sur l'IA et que certaines ont besoin d'être recadrées », souligne Francky Trichet, adjoint au numérique de la ville de Nantes.

« Comme tout le monde, on s'y intéresse », indique Julien Hervouet, fondateur et CEO d'iAdvise (200 personnes), spécialisée dans le marketing conversationnel, dont 10 des 60 employés en R&D travaillent sur l'IA.

« Certains pensent que l'IA va remplacer les chabots. Or, on en est loin, les technologies ne sont pas matures. Même si demain, elles le sont, est-ce, pour autant, souhaitable qu'un robot réponde à des questions. Je pense plutôt qu'elle servira d'assistance, comme un exosquelette. Dans l'industrie, le digital, c'est un peu comme la mode, il lance les tendances, aujourd'hui, c'est l'IA. Tout le monde prétend en faire ».

L'IA pour effacer la dette technique

Chez EP, depuis sept ans, on a structuré l'information pour construire des outils intelligents dans le secteur de l'immobilier et du BTP. Et, ici, l'IA fait bouger les lignes.  « On est parti d'une page blanche. Si l'IA ne remplacera pas l'humain, elle peut contribuer à concevoir de formidables outils d'aide à la décision », explique Yann Person, co-fondateur de la startup, spécialisée dans les outils d'accompagnement et d'aide à la décision pour choisir ou rénover son habitat.

« Il faut savoir distinguer la vraie de la fausse IA. On a commencé à travailler avec du "machine learning" pour fournir des estimations de prix de maison et un premier niveau d'information », précise-t-il.

L'IA doit permettre, non plus seulement, de savoir combien coûte un bien immobilier mais de le comparer à un autre, de savoir combien il coûtera dans les quinze prochaines années ou de chiffrer les travaux à prévoir dans les trois ans. « Pour cela, on n'a pas besoin de déplacer un agent immobilier, qui n'est pas spécialiste des travaux. On va leur permettre de gagner du temps et de pouvoir se consacrer à des tâches à plus forte valeur ajoutée », explique Yann Person.

Pour se préparer à cette échéance, EP a repensé et peaufiné son système d'information autour de la data, ingurgité des millions de données et d'images, et recruté un Dr. data, qui pilote le système d'infos et une équipe dédiée. C'est devenu à la fois la colonne vertébrale et le cerveau de l'entreprise.

« C'est ce qui fait notre différence par rapport à des groupes bancaires, qui possèdent un grand nombre de données dans leurs tiroirs, mais qui fonctionnent encore sur un modèle des années 80 ou avec des CRM. Or, des données brutes, et je ne parle pas uniquement des données numériques, ça vaut zéro. Passer à l'IA, c'est un investissement, certes, mais si j'étais eux, je le ferais ... Pour compenser leur dette technique », conseille-t-il.

Echange de bonnes pratiques : leçon 1.

Frédéric Thual

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