Les alternatives à l'autosolisme

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(Crédits : © Baz Ratner / Reuters)
Transports en commun, autopartage, covoiturage, taxis, voitures de transport avec chauffeur (VTC), scooters et vélos en libre-service, les alternatives à l'autosolisme (le fait de circuler seul en voiture) ne manquent pas. Et « les métropolitains jonglent avec au gré de leurs besoins », analyse Nicolas Louvet, directeur du bureau de recherche 6t. En outre, dès le 1er janvier 2018, dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, les entreprises devront développer des solutions de déplacement pour leurs salariés : l'aménagement des horaires de travail afin de désengorger les transports en commun, l'encouragement à habiter à proximité ou encore le télétravail. Tour d'horizon.

Parkings partagés

« Il y a un vrai problème de la voiture à Paris, à laquelle le Parisien a encore trop facilement accès », estime Nicolas Louvet, directeur du bureau de recherche 6t.

D'après les chiffres de l'Enquête globale transport (EGT), il y a aujourd'hui 140.000 places de stationnement en voirie, dont 110.000 sont « ventousées » par le stationnement résidentiel : 80.000 véhicules ne bougent pas en dehors du week-end. Si le prix mensuel du parking résidentiel passait à 150 euros en moyenne dans Paris au lieu de 40, que feraient ces voitures ? Elles iraient dans des parkings payants ou leurs propriétaires y renonceraient.

« Et avec cet argent, on pourrait aider ceux qui ne peuvent pas faire autrement », complète Nicolas Louvet.

Un problème que certaines jeunes pousses ont compris, à l'instar de Parking Facile, entreprise bordelaise qui a lancé en 2014 un service de location de parkings privés non utilisés, dans huit villes de l'Hexagone. En expliquant aux propriétaires de parkings, à commencer par les bailleurs sociaux, qu'il était judicieux de louer les places inoccupées de leurs résidences, la société pilotée par Tom Camin et Nicolas Masson a proposé chaque jour 1.000 places aux abonnés de sa plateforme.

Transport fluvial

Les métropoles s'intéressent aussi de près au transport fluvial. À l'instar de la région Île-de-France, où les détenteurs d'un passe annuel Navigo (ou Imagine R) peuvent désormais voguer sur la Seine aussi souvent qu'ils le souhaitent grâce au passe Batobus qu'ils peuvent obtenir pour 40 euros par an (contre 60 euros sans le Navigo). Batobus compte huit bateaux desservant neuf stations sur les rives droite et gauche de Paris, entre Beaugrenelle (XVe arrondissement) et le Jardin des Plantes (Ve), en passant par l'île de la Cité. Une dixième station, à Invalides, est prévue en 2017. Cette offre pourrait ainsi soulager le trafic du RER C, qui suit également le cours de la Seine.

D'ici au printemps, des Seabubbles vont aussi faire leur apparition sur la Seine. Cette sorte de « bulle » électrique se présente comme « une solution écologique d'avenir » pour le transport de personnes en milieu urbain, afin de désengorger le centre des grandes métropoles, en empruntant les voies fluviales, par exemple au-dessus de la Seine à Paris. Son système de foils, des ailes profilées utilisées sur certains voiliers, permet de faire « voler » le véhicule, la « bubble », et ainsi, générant peu de vagues, de minimiser l'impact en termes d'érosion des berges.

Scooters en libre-service

Active à Paris depuis le 21 juin 2016, la jeune pousse City Scoot a démarré avec 150 deux-roues, masse critique nécessaire pour couvrir un bon tiers de la capitale. La flotte est aujourd'hui composée de 500 scooters électriques fabriqués en Europe, et l'objectif est de la doubler d'ici au mois d'avril. Pas d'abonnement, mais un paiement à l'usage avec une facturation à la minute (28 centimes) et des tarifs dégressifs.

Cityscoot

 La grande innovation par rapport à Autolib' et Vélib' réside dans l'absence de bornes. Une liberté pour l'utilisateur, qui repère le scooter le plus proche de sa position sur un emplacement public pour deux-roues dans Paris intra-muros, et qui le dépose ensuite sur un portique adéquat une fois arrivé à destination. Les scooters, équipés de capteurs, sont géolocalisés en permanence, et leur temps d'autonomie est suivi de près. Lorsqu'il est trop faible, le scooter n'apparaît plus sur la carte et sera rechargé en priorité. Des équipes tournent de nuit pour changer les batteries vides. La majorité des utilisateurs sont des hommes, pour moitié âgés de 25 à 35 ans. Ce sont des usagers très urbains, qui jonglent avec d'autres services d'autopartage (Vélib', Autolib', VTC...) et qui ont souvent renoncé à leur propre deux-roues.

Covoiturage

Autre possibilité : le covoiturage. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), se fondant sur différentes études, la grande majorité des covoitureurs domicile-travail seraient d'anciens autosolistes et non des usagers des transports collectifs.

Régulier, de courte et moyenne distance, le covoiturage engendrerait un gain environnemental conséquent. C'est pourquoi l'Ademe a publié un nouveau guide méthodologique, afin d'inciter les collectivités et les entreprises à mettre en place une telle politique. Les bénéfices du covoiturage régulier de courte et moyenne distance se retrouvent également sur le plan du trafic routier et de la santé publique. Ils sont notables pour le bien-être des employés (diminution de la fatigue et des retards, par exemple). L'Ademe concède cependant que les distances étant limitées, les économies financières sont plus faibles pour les utilisateurs et les contraintes plus fortes que dans le cas du covoiturage de longue distance. Ce qui explique pourquoi aucune plateforme ne semble avoir trouvé le modèle économique idéal permettant de sortir du lot, à l'instar de BlaBlaCar désormais leader sur le marché de la longue distance, après avoir essuyé les plâtres sur les trajets domicile-travail.

Vélos en libre-service

En septembre 2016, à l'occasion de la semaine européenne de la mobilité, l'Ademe évoquait les écobénéfices des solutions impliquant le vélo, comme les vélos en libre-service (VLS) tels que le Vélib' parisien ou le Vélo'v de Lyon, mais aussi la location de vélos classiques et de vélos à assistance électrique (VAE), les stationnements de vélo sécurisés, etc.

Au niveau environnemental, ces solutions permettraient d'éviter chaque année entre 130kg et 550kg de CO2 par utilisateur. Sans parler du bénéfice sur la santé des usagers, qui déclarent se sentir en meilleure forme depuis qu'ils pratiquent la petite reine. Notons que la Ville de Paris finance les achats de VAE à hauteur de 400 euros. C'est l'une des incitations à la démotorisation des habitants. Par ailleurs, en France, les retombées économiques de ce mode de transport sont « de l'ordre de 4,5 milliards d'euros pour 35.000 emplois », selon le secrétaire d'État chargé des Transports, Alain Vidalies.

velib

Télétravail et horaires décalés

L'une des solutions contribuant à la décongestion des axes urbains est le télétravail. D'après une récente étude de Randstad, spécialisé dans les services en ressources humaines, deux salariés sur trois (64 %) sont favorables au télétravail, qui permet d'exercer une activité professionnelle en dehors des locaux de son employeur. Mais seulement 16 % des salariés interrogés déclarent que leur entreprise leur propose d'avoir recours au télétravail.

Selon Randstad, les employeurs craindraient de perdre le « contrôle sur l'activité » de leurs salariés, mais seraient aussi réticents en raison des contraintes technologiques et juridiques que cette pratique suppose (amplitudes horaires, droit à la déconnexion, outils numériques...). Le fait de ne pas se déplacer aux heures classiques de bureau, mais en horaires décalés, contribue également à diminuer la saturation des transports en commun et des axes routiers urbains. Reste que pour l'heure, selon une étude du Forum Vies Mobiles, les déplacements et leurs conséquences sur la vie personnelle des salariés ne sont pas une priorité pour les entreprises. Tant s'en faut.

Voitures de transport avec chauffeur (VTC)

Les voitures de transport avec chauffeur (VTC) contribuent à alléger les parcs automobiles urbains. Cette nouvelle offre aurait abouti à supprimer entre 20.000 et 30.000 véhicules, selon une récente étude réalisée par le bureau de recherche 6t pour l'Ademe, qui précise que 70 % des utilisateurs vivent en région parisienne. La moitié des clients utilisent les VTC pour leurs déplacements privés, 46 % pour les trajets professionnels et 4 % pour les deux.

Cette solution présente cependant une limite : comme pour les voitures partagées de type Autolib', cela peut certes faire renoncer à sa voiture personnelle, mais cela crée aussi du trafic. En revanche, des solutions comme UberPool, le service de VTC partagé d'Uber, permettent d'optimiser le taux de remplissage des véhicules.

Covoiturage et transports en commun, une solution hybride

La plateforme Karos semble être sur la bonne voie, avec sa réponse d'offre de covoiturage pur ou de covoiturage enrichi de transports en commun, ce qui lui a valu de nouer un partenariat avec le Syndicat des transports d'Île-de-France (Stif). Depuis le mois de juillet dernier, les détenteurs d'un passe Navigo peuvent bénéficier, sans surcoût, de la solution Karos, dans la limite de deux trajets par jour. « Aujourd'hui, 25 % des trajets sont multimodaux en Île-de-France », assure le fondateur du site, Olivier Binet. Cette intermodalité permet d'aller plus vite et de proposer sept possibilités de trajets, contre trois auparavant, précise-t-il. Depuis l'été, la plateforme a ainsi doublé le nombre de ses utilisateurs actifs, qui représentent un tiers des 45.000 inscrits.

covoiturage

Autopartage

Quelque 19 millions de personnes se rendraient quotidiennement au travail en voiture, dont plus de 75% en autosolisme, selon l'Ademe. Pour les entreprises, l'autopartage représente une opportunité d'optimisation des coûts, mais améliore également les conditions de travail des salariés, dans la mesure où ceux qui n'avaient pas de voiture de fonction pourront désormais en bénéficier.

Pour les particuliers, les métropoles de Lyon et de Bordeaux ont mis en place des services comparables aux Autolib' de Vincent Bolloré, à Paris. Selon une étude du bureau de recherche 6t pour l'Ademe, cela diminue certes le parc des voitures personnelles, mais cela génère aussi de la circulation. Par ailleurs, ce service n'est pas et ne sera probablement jamais rentable, toujours selon 6t. En 2016, Autolib' comptait plus de 130.000 abonnés à l'année, sans qu'un quelconque équilibre ne pointe à l'horizon. Et pour cause, si le nombre de véhicules augmente, le nombre de trajets, lui, diminue. Pour 6t, la chute du nombre de locations par abonné est due à un effet de seuil structurel lié à la baisse de la disponibilité des voitures. L'étude évoque ainsi l'hypothèse d'un report modal de la part d'usagers « découragés », qui, selon eux, ont perdu un certain « réflexe Autolib' ».

À ce stade, le service reste largement déficitaire, d'après le compte rendu de la réunion du Bureau syndical d'Autolib' Métropole du 24 novembre 2016, puisque le groupe prévoit une perte de quelque 179 millions, dont les deux tiers à la charge des contribuables en vertu de la clause - imposée par Vincent Bolloré dans le contrat de délégation de service public - qui plafonne les pertes cumulées par l'entreprise à 60 millions d'euros.

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Commentaires
a écrit le 04/07/2017 à 17:31 :
Les Alternatives à Google: 5 Meilleurs Moteurs De Recherche Sur Le Web
http://w3space.blogspot.com/2017/07/les-alternatives-google-5-meilleurs.html
a écrit le 05/02/2017 à 15:24 :
Le partage de la voiture c'est bien mais il faudrait élargir le concept à la vie sociétale et pas seulement aux objets matériels tel la voiture ou la tondeuse à gazon,par exemple aux enfants :Si 2 familles se partagent le même enfant ça permettrait d'endiguer la pollution démographique, voire un chien ou un chat en partage, les gens trouvent déjà normal de se partager la femme de ménage,ou la grand mère.
a écrit le 04/02/2017 à 23:13 :
Il y a surtout un vrai problème de l'auto phobie dans nos métropoles. Si l'on pouvait la supprimer, les automobilistes ne s'en porteraient que mieux, et les villes n'en seraient que plus respirables...
a écrit le 04/02/2017 à 23:11 :
Il y a surtout un vrai problème de l'auto phobie dans nos métropoles. Si l'on pouvait la supprimer, les automobilistes ne s'en porteraient que mieux, et les villes n'en seraient que plus respirables...
a écrit le 04/02/2017 à 23:11 :
Il y a surtout un vrai problème de l'auto phobie dans nos métropoles. Si l'on pouvait la supprimer, les automobilistes ne s'en porteraient que mieux, et les villes n'en seraient que plus respirables...
a écrit le 04/02/2017 à 18:19 :
Merci Mounia pour cet article intéressant qui explore plusieurs pistes de solution.
a écrit le 04/02/2017 à 17:34 :
Il n'y a pas de solution, sauf radicale. Les déplacements ne sont pas limitables, les villes sont vouées aux embouteillages, à la pollution, aux problèmes de stationnement, sauf destruction et reconstruction intelligente. La guerre et ses destructions sont une bonne formule.
a écrit le 04/02/2017 à 13:00 :
Très bon article. D'autres types de moyens de transports sont très diffusés notamment en Asie et pliables type "trotinettes électriques et BASF a d'ailleurs une start-up partenaire (e-floating) qui propose en partage des trotinettes pliantes à 3 roues que l'on peut trouver partout et en disposer ainsi encore plus facilement vu leur nombre et dont l'efficacité énergétique est maximale compte tenu de leur très faible poids de quelques kilos : https://www.basf.com/en/we-create-chemistry/mobility-of-the-future/Produkte-und-Losungen-der-BASF/Floating-Over-the-Last-Mile.html

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