WhatsApp : pourquoi l'Inde s'oppose au remplacement des numéros de téléphone par des pseudos

Meta a annoncé lundi la mise en place progressive dans le monde entier de sa messagerie WhatsApp.
/FW1FP/Anil D Silva - REUTERS - Dado Ruvic

Meta a annoncé lundi la mise en place progressive dans le monde entier de sa messagerie WhatsApp.
/FW1FP/Anil D Silva - REUTERS - Dado Ruvic
L'Inde demande à Meta de retarder dans le pays la nouvelle évolution dite de « confidentialité » de sa messagerie WhatsApp. Meta a annoncé lundi la mise en place progressive dans le monde entier de cette fonction, qui permet à ses utilisateurs de ne plus partager leur numéro de téléphone et de recourir uniquement au nom de l'entité avec laquelle ils souhaitent échanger.
Le gouvernement indien s'en est ouvertement inquiété. Dans un courrier adressé à Meta, publié par le journal The Indian Express, son ministère des Technologies de l'information a estimé que cette nouvelle fonction menaçait de faciliter « les fraudes, le phishing (hameçonnage), les arnaques en ligne et les impostures ». « Il est possible que des personnes mal intentionnées (…) se fassent passer pour d'autres », a précisé sous couvert d'anonymat un responsable gouvernemental cité par le quotidien.
Les autorités indiennes ont requis des consultations avec Meta avant la mise en service de la nouvelle fonction, selon la même source. La lettre donne à WhatsApp trois jours pour répondre et interdit le déploiement jusqu'à la conclusion de ces consultations.
Cette lettre fonde son avertissement sur la loi indienne relative aux technologies de l'information, en vertu de laquelle les plateformes perdent leur protection contre toute responsabilité concernant le contenu des utilisateurs si elles ne respectent pas les règles de diligence raisonnable du gouvernement.
Mais la Fondation pour la liberté d'Internet a affirmé qu'aucune disposition n'autorisait le gouvernement à approuver ou bloquer une fonctionnalité avant son lancement, qualifiant cette mesure de tentative de l'État de décider « de ce qu'une entreprise peut développer et distribuer ».
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

L'Inde constitue le premier marché mondial de WhatsApp, avec plus d'un demi-milliard d'utilisateurs. La fraude en ligne est un fléau dans le pays le plus peuplé de la planète – un milliard et demi d'habitants. Selon les autorités de New Delhi, elle a coûté à ses victimes près de 3 milliards de dollars en 2025, près de quarante fois plus que pendant l'année 2021.
Un porte-parole de WhatsApp a indiqué mercredi que la nouvelle fonction n'était « pas encore opérationnelle et ne le sera que plus tard cette année ». « Pour éviter toute imposture, nous avons protégé les noms de profils les plus connus – personnes publiques, institutions, célébrités, comptes Meta vérifiés – afin qu'ils ne puissent être utilisés que par leurs propriétaires légitimes. »
L'entreprise a déclaré avoir intégré « plusieurs niveaux de défense contre les arnaques » à cette fonctionnalité, notamment des limites sur le nombre de nouvelles personnes qu'un compte peut contacter et des blocages sur les tentatives répétées de deviner le nom d'utilisateur d'un utilisateur.
Cette intervention marque une escalade dans le contrôle exercé par l'Inde sur les plateformes technologiques mondiales, quelques semaines après le blocage temporaire de Telegram et après des années de conflits avec X d'Elon Musk concernant les demandes de retrait de contenu.
Le blocage de Telegram était motivé par les mêmes préoccupations relatives à l'anonymat que le gouvernement a soulevées concernant WhatsApp. Un rapport du ministère de l'Intérieur publié en juin a mis en lumière l'utilisation de l'application dans la cyberfraude et a averti que les outils de masquage des numéros rendaient l'identification des utilisateurs plus difficile. Telegram a perdu son recours juridique le mois dernier contre l'interdiction temporaire.
Le mois dernier, Meta a annoncé la nomination de l'Indien Kunal Shah à la direction de WhatsApp. Ce choix soulignait le poids de l'Inde dans l'avenir des paiements et de la messagerie professionnelle de l'application. Le recours au seul nom plutôt qu'au numéro de téléphone est déjà pratiqué par la plateforme de messagerie WeChat.
(Avec agences)