Catastrophe pour l'emploi ou krach financier : pourquoi l'histoire de l'IA finira mal

Torsten Slok affirme que " le retour sur investissement de l'IA pourrait être long en dehors du secteur technologique ".
Dado Ruvic - Reuters

Torsten Slok affirme que " le retour sur investissement de l'IA pourrait être long en dehors du secteur technologique ".
Dado Ruvic - Reuters
L'histoire finira mal dans tous les cas, mais pour qui ? Lors du forum annuel sur les banques centrales à Sintra, au Portugal, Torsten Slok, économiste en chef chez Apollo Global Management, a présenté deux scénarios pour l'intelligence artificielle.
Soit elle « connaît un succès fulgurant », et alors elle remplacera des emplois et fera grimper le chômage. « Cela pourrait engendrer un scénario très catastrophique, car les dépenses de consommation diminueraient, et nous risquerons donc de connaître une récession », a déclaré Torsten Slok, selon le Wall Street Journal mercredi 1ᵉʳ juillet.
Soit, au contraire, « l’IA ne tient pas toutes ses promesses de gains de productivité » et « bon nombre des investissements réalisés aujourd’hui s’avéreront bien sûr plus problématiques, car ils ne généreront pas les retours escomptés en termes de productivité et de rentabilité », a affirmé l'économiste en chef chez Apollo Global Management.
Selon le WSJ, ces répercussions pourraient être amplifiées par « la prédominance des entreprises d'IA dans les portefeuilles des investisseurs ». Et pour cause, « les dix plus grandes entreprises du S&P 500 – principalement des sociétés technologiques qui profitent de l'essor de l'IA – représentent désormais environ 40 % de l'indice ». Selon Torsten Slok, « la dette liée à l'IA représente près de la moitié des émissions de titres de qualité « investment grade », et 87 % des financements en capital-risque ».
Dans une analyse publiée mardi, l'économiste en chef chez Apollo Global Management affirme que « le retour sur investissement de l'IA pourrait être long en dehors du secteur technologique ».
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« Dans la majeure partie de l'économie, et particulièrement dans les secteurs à forte intensité capitalistique et fortement réglementés, les exigences en matière de réingénierie des processus et de gouvernance des données pourraient retarder les gains de productivité structurels bien au-delà des projections actuelles du marché », explique Torsten Slok.
« Cela crée un décalage dangereux entre les valorisations actuelles, agressives et concentrées sur les premiers résultats, et une réalité de flux de trésorerie beaucoup plus lente. Les marchés actions, valorisés pour une croissance immédiate des bénéfices, subiront une réévaluation douloureuse si la progression exponentielle de la productivité se fait sur cinq ans au lieu de cinq mois. »
Ce « décalage entre les prévisions de bénéfices actuelles et le temps réel nécessaire aux entreprises pour générer un retour sur investissement dans l'IA pourrait avoir des conséquences importantes sur la valorisation de nombreuses entreprises d'IA ».
Le forum de la BCE à Sintra, au Portugal, a par ailleurs été marqué par la première apparition de Kevin Warsh comme président de la Fed. Il a affiché mercredi son unité avec les autres grands banquiers centraux, tout en esquissant son propre style.
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Successeur de Jerome Powell depuis quelques semaines, le président de la banque centrale américaine s'est montré particulièrement bavard lors d'un panel réunissant Christine Lagarde (Banque centrale européenne), Andrew Bailey (Banque d'Angleterre) et Tiff Macklem (Banque du Canada), affichant un ton consensuel envers des homologues plus expérimentés.
Il s'est dit « enthousiasmé » par les discussions menées dans « un esprit ouvert et une réelle volonté de repenser la conduite de la politique monétaire », un chantier lancé depuis son arrivée à la Fed. Il a salué l'accueil réservé par Christine Lagarde aux réflexions engagées à Washington sur la productivité, les nouvelles données économiques ou les cadres d'analyse de l'inflation.