Le prochain appel à projets de France 2030, dédié aux « Grands défis » en robotique, illustre l'attente des industriels et chercheurs français. Pourtant, le financement demeure un obstacle majeur. Malgré une recherche en robotique médicale très avancée, la France se trouve aujourd'hui déclassée sur le marché mondial. Selon Olivier Mathonat, responsable de la distribution des équipements médicaux au sein de la division robotique médicale chez Staübli Robotics (société suisse qui dispose d'une usine à Annecy et qui travaille avec des fabricants de dispositifs médicaux dans le monde entier) : « La recherche en France est très développée, mais la commercialisation et l'industrialisation partent souvent vers la Chine ou les États-Unis. » La difficulté réside dans le financement, la certification, et l'accès aux études cliniques, qui freinent l'émergence d'une filière forte. Renaud Gaudillière, directeur du Pôle des microtechniques (PMT), pôle de compétitivité Bourgogne-Franche-Comté - qui a organisé avec l'autre pôle de compétitivité régional Robotics Valley, un séminaire sur la robotique chirurgicale ce jeudi à Chalon-sur-Saône - souligne que « le système de santé français est à bout de souffle, et les investissements dans la robotique sont encore très faibles : 11 millions d'euros en 2024, soit quatre fois moins que dans d'autres secteurs comme le diagnostic ou les médicaments innovants ». La situation est d'autant plus préoccupante que la France, qui fut pionnière dans les années 1960-1970, voit aujourd'hui ses robots chirurgicaux se faire rares, avec seulement 240 unités en service dans tout le pays.
Le docteur Jean-Claude Couffinhal, président de la commission innovation, cofondateur en chirurgie 4.0, met en évidence une disparité significative dans l'accès à la robotique chirurgicale entre les différents établissements de santé français, créant une inégalité d'accès aux soins pour les patients et une inégalité d'opportunités pour les chirurgiens. Il cite les exemples du Danemark et de la Catalogne, qui ont réussi à déployer la robotique chirurgicale à grande échelle grâce à une approche plus décentralisée et une prise en compte des bénéfices à long terme pour la santé publique. Dès qu'une entreprise nationale développe un robot performant, il est déployé dans tous les grands hôpitaux du pays. « Il faut créer des marchés pour nos industriels », insiste le docteur Jean-Claude Couffinhal. « Aujourd'hui, en France, la seule manière de juger le coût d'un robot, c'est le coût d'investissement de l'hôpital alors que le coût de santé publique, qui est positif, n'est absolument pas observé. C'est une erreur économique complètement aberrante », déplore le médecin. La centralisation des décisions et la difficulté à obtenir des financements pour l'investissement initial freinent le déploiement de la robotique chirurgicale. Le manque d'initiative locale et la dépendance aux agences régionales de santé (ARS) sont pointés du doigt comme des obstacles majeurs. Le docteur Jean-Claude Couffinhal explique que « la robotique chirurgicale ne doit pas être considérée uniquement comme un outil, mais comme un élément clé de la transformation de la médecine vers une médecine de précision et personnalisée ».