Pourquoi Fillon aura du mal à bouter WikiLeaks hors de France

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Arrivé il y a deux mois en France, Wikileaks réside toujours en France. Il a changé d'hébergeur en raison de fortes attaques subies de l'extérieur. Le Premier ministre juge le site "condamnable". Mais le gouvernement a peu ou pas de marge de manoeuvre pour l'interdire.

François Fillon est en guerre contre WikiLeaks. Le Premier ministre voit dans les révélations du site "du vol et du recel de vol", deux délits "condamnables". En réalité, Wikileaks ne fait l'objet d'aucune condamnation. Les Etats-Unis cherchent actuellement un moyen de poursuivre d'une manière ou d'une autre le site, mais n'ont pas trouvé de dispositif juridique adapté. Les déclarations de François Fillon rejoignent celles d'Éric Besson qui a souhaité publiquement que le site ne soit plus hébergé en France. Le souhait du nouveau ministre de l'Économie numérique, qui n'a toujours pas reçu le rapport du Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) attendu cette semaine, aura du mal à être exaucé.

Car, selon la loi sur l'économie numérique de 2004 (LCEN), seule une décision de justice peut obliger un hébergeur à retirer un contenu jugé illicite. Pour le moment, son hébergeur français, OVH n'a reçu "aucune notification" demandant le retrait de WikiLeaks. Son précédent prestataire, Octopuce non plus. Le CGIET va avoir du mal à déclarer le contenu de WikiLeaks illicite, dans la mesure où il n'est ni pédophile, ni raciste, et n'enfreint pas le droit d'auteur. Chez Besson, on voulait évoquer la "classification" des cables américains pour déterminer leur illégalité. Selon les juristes, elle ne s'applique pas aux documents étrangers. Le gouvernement peut toujours décider de poursuivre directement Wikileaks, mais là aussi, le processus risque d'être encore plus hasardeux qu'aux Etats-Unis.

WikiLeaks est arrivé en France il y a deux mois

Récemment médiatisé, l'installation de WikiLeaks en France date d'il y a deux mois. "WikiLeaks est venu nous voir une semaine avant la publication des documents irakiens le 22 octobre", indique Benjamin Sonntag, gérant d'Octopuce, habituée à héberger des sites qui dérangent le pouvoir en place tels que Mediapart, Bakchich ou le Monde diplomatique. Comme pour la plupart de ses clients, Benjamin Sonntag n'a pas vu les dirigeants de Wikileaks, mais a communiqué avec eux à distance. Ces derniers prennent d'ailleurs d'énorme précautions en matière de cryptage et de confidentialité des données. "C'est  d'un niveau militaire", juge le patron d'Octopuce.

Etrangement, c'est la publication des documents de la diplomatie américaine qui a dérangé une vague d'attaques informatiques inédites. "Le dimanche de la publication des cables à 18 heures 30, nous avons affronté des attaques, que nous avons pu enrayées. Le mardi suivant, le niveau d'attaque était tel, que je suis allé louer des serveurs chez un prestataire plus dimensionné. Nous n'avons pas détecté d'attaques sur les documents irakiens", indique Benjamin Sonntag. A ce moment là, Wikileaks a migré chez OVH, grâce à un compte ouvert par Benjamin Sonntag. Sous la pression d'Eric Besson, OVH et son patron Octave Klaba ont demandé aux tribunaux de grande instance de Lille et de Paris si le site était légal. Mais ces derniers ont jugé qu'une procédure d'urgence n'était pas suffisante pour trancher une question aussi délicate. Bottant en touche, ils ont estimé nécessaire un débat contradictoire.

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Commentaires
a écrit le 13/12/2010 à 18:14 :
Messieurs Fillon, Besson; Il n'y a que les individus qui ont mauvaise conscience qui ont peur de Wikileaks et de sa vérité...JCM
a écrit le 12/12/2010 à 8:27 :
Un grand bravo aux juges français ! Et une grande chance que nous ayons des élections en 2012 sinon j'en suis sûr depuis bien longtemps nous aurions cédé aux recommandations américaines, juges ou pas, droite ou gauche d'ailleurs ! A mes yeux ils n'ont pas seulement botté en touche mais affirmé dignement le respect des règles juridiques...comme avec les policiers condamnés !
a écrit le 11/12/2010 à 19:27 :
Fillon ferait un bon 1er ministre de côte d'ivoire.
a écrit le 11/12/2010 à 16:15 :
C'est le jeu de la mondialisation il n'y a pas que l'argent et les marchandises qui circulent ,l'information aussi ! nos élus doivent assumer cela a defaut d'assumer de reformer leur systeme de retraite : ce qui est bon pour les uns ne l'est pas forcement pour les autres.....
a écrit le 10/12/2010 à 21:39 :
Si le Premier ministre voit dans les révélations du site Wikileaks "du vol et du recel de vol", deux délits "condamnables", comment considère-t-il et comment peut-il justifier, selon ses propres critères, l'achat par le fisc français de CD/DVD contenant des données volées à des banques étrangères hébergeant des comptes de Français?
Le fait du prince?
Réponse de le 10/12/2010 à 22:36 :
@ J'comprend_pas: Ben, comme disait Orwell, on est tous égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres :-)
Réponse de le 13/12/2010 à 7:45 :
Excellente remarque!
a écrit le 10/12/2010 à 20:14 :
La défense de la liberté d'informer n'est pas un produit commercial, c'est un devoir civique au respect de la base même de toutes les démocraties. Dommage que ce gouvernement montre son mépris de cette base en l'attaquant auu lieu de la défendre.
Cela m'écoeure autant que quand je voyais la police à Paris aum passage du président chinois arracher et voler les parapluies marquées du nom du lauréat du Prix Nobel de la Paix, symbole des droist que nous sommes supposés representer en Europe.
a écrit le 10/12/2010 à 17:36 :
deconnecter internet sur le pays,essayez et vous verrez la reaction
a écrit le 10/12/2010 à 17:34 :
le jour ou un chinois dirigera la France on verra que rien n' est impossible , n'en déplaise aux suppôts de la tarte à la crème des droits de l'homme .
Réponse de le 11/12/2010 à 17:05 :
@ yokoli: tu ne pouvais pas si bien dire. Je rappellerai que Villepin est né au Maroc, Ségo au Sénégal, Balladur en Turquie et Sarko est d'origine hongroise...pour n'en citer que quelques-uns. Alors, un Chinois au pouvoir, pourquoi pas :-)
a écrit le 10/12/2010 à 17:32 :
big brother à mal a la tête,
a écrit le 10/12/2010 à 16:36 :
François Fillon n'a jamais été un grand défenseur ni des libertés publiques, ni des droits de l'homme, on le constate encore aujourd'hui.
a écrit le 10/12/2010 à 15:43 :
Pourquoi est ce que une fois pour toute on ne prendrait pas quelqu'un en france qui comprend vraiment le monde du numérique?
A chaque fois on nous met un bonhomme qui ne doit même pas savoir comment fonctionne le torrent ou même l'envoie et la réception de mail. Mais malgré ca ils veulent tenter de faire des lois sur quelque chose qu'ils ne comprennent tout simplement pas.
Ca me rappel les questions posées au députe qui avaient vote la loi hadopi (en particulier celle sur le web 2.0 qui est vraiment drôle)
a écrit le 10/12/2010 à 15:37 :
Condamnable de nous dire la vérité !!! Assez révélateur de la mentalité de nos dirigeants pour qui le mensonge est la seule façon de vivre :-)

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