Outre-Manche, les limites de la liberté d'expression en débat

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Deux récentes poursuites en justice contre Twitter révèlent les contradictions des obligations de la presse face à la protection de la vie privée.

Même ceux qui ne lisent pas la presse tabloïd le savent désormais : Ryan Giggs, un footballeur de Manchester United, a eu une affaire extraconjugale avec Imogen Thomas, un mannequin gallois. Et alors ? Et alors l'affaire est en train de redéfinir les limites de la protection de la vie privée en Grande-Bretagne.

L'affaire remonte à une « superinjonction » obtenue par le footballeur pour bloquer la révélation de sa liaison par la presse. Une « superinjonction » est une décision prise par la justice, qui interdit à la presse - et à quiconque - non seulement de parler publiquement de sa liaison, mais aussi de révéler que Ryan Giggs avait saisi la justice pour bloquer la révélation.

Si la presse a respecté cet ordre légal, un utilisateur anonyme de Twitter a décidé de passer outre début mai. Son micromessage a rapidement été repris en boucle, et plus de 75.000 personnes ont fait circuler le nom du footballeur. Sentant la victoire proche, la presse britannique a alors mené une grande campagne au nom de la liberté d'expression, s'indignant que « les riches et les puissants » puissent ainsi museler les médias.

L'affaire a explosé quand un député, John Hemming, a décidé de révéler publiquement le nom du footballeur à la Chambre des communes, utilisant l'immunité légale dont bénéficient les parlementaires pour se protéger contre la « superinjonction ». La presse n'avait alors plus qu'à rapporter les propos de l'homme politique...

Furieux

L'affaire ne s'arrête pas là. Furieux, Ryan Giggs a poursuivi en justice Twitter, pour obtenir le nom de l'utilisateur du compte qui a révélé son nom. Pour l'instant, l'entreprise californienne n'a pas fait savoir si elle allait agir, mais son patron européen, Tony Wang, a laissé entendre fin mai qu'il pourrait ne pas protéger l'utilisateur : « Si des gens font des choses mauvaises [...] alors les plates-formes ont la responsabilité non pas de défendre l'utilisateur, mais de protéger le droit de cet utilisateur à se défendre. »

Parallèlement, se déroule une autre controverse concernant la mairie de South Tyneside (nord-est de l'Angleterre). Elle a demandé à Twitter - via la justice californienne - de donner le nom d'un utilisateur qui accusait, anonymement, plusieurs conseillers municipaux de diverses erreurs. Twitter a obtempéré, mais uniquement parce que l'utilisateur - un autre conseiller municipal - a donné son accord, préférant s'expliquer publiquement que de se lancer dans une lutte juridique internationale.

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