Julie de Pimodan, pionnière des civic tech

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Julie de Pimodan, cofondatrice de la startup Fluicity.
Julie de Pimodan, cofondatrice de la startup Fluicity. (Crédits : DR)
Après une première vie professionnelle dans les médias au Moyen-Orient, cette journaliste de formation a cofondé la startup Fluicity pour aider les institutions à dialoguer avec les citoyens.

Enceinte de six mois et en pleine phase de levée de fonds : la vie n'est pas de tout repos en ce moment pour Julie de Pimodan. Mais la jeune femme ne se départ pas de son sourire. Née dans les Hauts-de-Seine, cette Franco-Belge a fait ses études à l'Université libre de Bruxelles, où elle obtient un master en journalisme. Elle commence sa carrière à l'agence AFA Press, qui réalise des enquêtes économiques dans divers pays pour les vendre aux médias. À 22 ans, elle s'envole pour le Bénin puis Dubaï. « Je n'ai pas du tout aimé le pays : on passait des heures en voiture, les gens n'étaient pas éduqués », se rappelle-t-elle.

Mais, fascinée par la culture arabe, elle part au Yémen, contrée « d'une beauté exceptionnelle », pour apprendre la langue. « La dernière semaine de mon séjour, j'entends parler d'un projet de magazine en langue anglaise, Yemen Today. J'écris au rédacteur en chef, qui me propose d'en prendre la direction. » Une expérience passionnante pour la jeune femme de 24 ans à l'époque, malgré la malaria qu'elle contracte et doit aller soigner à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers. La BBC lui demande alors d'accompagner sur le terrain des journalistes étrangers, puis lui propose un poste de productrice à Dubaï. Mais, au bout de six mois, après qu'une promotion lui a passé sous le nez, elle décide de partir. « J'ai rencontré deux entrepreneuses tunisiennes qui lançaient Unfair, un magazine pour la femme arabe moderne. »

Elle lève des fonds, trouve les bureaux, recrute l'équipe. Puis, avec l'argent qui rentre, un conflit éclate. Julie de Pimodan tombe alors sur une annonce de Google, qui cherche à recruter une personne connaissant bien le Moyen-Orient pour développer ses plateformes médias, des outils technologiques visant à récupérer les données utilisateurs et à aider ses clients à mieux investir. Embauchée, Julie de Pimodan rentre à Paris, qui devient sa base. « J'étais dans un open space, je venais de perdre une de mes trois soeurs, je n'allais vraiment pas bien », se souvient-elle. Mais son responsable la prend sous son aile et l'aide à développer la région Moyen-Orient, qui comprend Israël, Turquie, Dubaï, Afrique du Nord.

Coder pour aider

Deux ans plus tard, Google lui propose de s'installer à Istanbul, une ville qu'elle adore. Nous sommes en 2013, pendant les manifestations de la place Taksim, qui s'étendent bientôt à la quasi-totalité du pays. « Je voyais des codeurs développer des solutions pour aider les citoyens à éviter les manifestations. Je me sentais impuissante, et je me suis dit qu'il fallait aider les décideurs politiques à être plus à l'écoute des citoyens, » explique le jeune femme, qui prend alors une année sabbatique, rentre en France et apprend à coder. Avec Nicolas de Briey et Jonathan Meiss, elle crée un premier prototype de Fluicity, une plateforme et une application de consultation citoyenne pour les collectivités, rapidement achetée par Sébastien Lecornu, actuel ministre chargé des Collectivités territoriales et à l'époque maire (UMP) de Vernon, dans l'Eure. Dès la première année, la startup gagne trois clients et de nombreux prix.

« Nous permettons aux institutions de mettre de l'intelligence collective dans leurs projets. Nous avons le sentiment qu'elles ont perdu la confiance des citoyens. Et la gouvernance à l'ancienne, du haut vers le bas, ne passe plus », estime la cofondatrice de cette civic tech. Pour se faire connaître du public, Fluicity apparaît sur les supports de communication locaux - journal municipal, newsletter, site web, affichage. La startup réalise aussi des campagnes de communication pour des organismes privés ou des associations, qui rejoignent la plateforme pour mettre en oeuvre des dispositifs participatifs à l'intérieur de leurs projets. Aujourd'hui, Fluicity compte des dizaines de milliers d'utilisateurs. La startup a conquis une quarantaine de clients en France et en Belgique, dont 70 % de collectivités et... l'Union européenne, pour laquelle elle a consulté les citoyens sur huit grands thèmes de société.

Partenaire des édiles

Fluicity travaille beaucoup avec les maires. Il faut dire qu'avec 58 % de taux de confiance (+ 3 %), contre 23 % pour le président (- 13 %) et 25 % pour le Premier ministre (- 11 %) selon la dernière vague du baromètre Cevipof de la confiance politique, les édiles font la course en tête. « La mairie du neuvième arrondissement de Paris utilise la plateforme depuis deux ans et demi. Parmi les résultats concrets suite aux consultations, on peut citer un nouveau code de conduite pour les piétons, des problèmes de signalisation réglés, les parents d'élèves qui reçoivent toutes les semaines les menus de la cantine », décrit Julie de Pimodan, qui assure le suivi de ces consultations.

Les trois cofondateurs travaillent désormais sur la scalabilité et la rentabilité de l'entreprise, prévue pour 2021, avec un business model en mode SaaS (software as a service), c'est-à-dire par abonnement, sans que les clients n'aient besoin d'installer le logiciel sur leurs serveurs. Fluicity a également signé un partenariat avec L'Association des Maires ruraux de France pour l'opération Mairie ouverte. Un rapport a ensuite été remis au président de la République, qui s'en est servi pour le Grand Débat. Alors que 70 % de citoyens (+ 9 %) jugent que la démocratie française ne fonctionne « pas très bien » et que seulement 9 % font confiance aux partis politiques, toujours selon le baromètre du Cevipof, les civic tech comme Fluicity semblent arriver à point nommé pour redorer le blason de la démocratie.

BIO EXPRESS

1983 :  Naissance à Levallois-Perret.

2004 : Master en journalisme à Bruxelles.

2006 : Agence AFA.

2007 : Éditrice du magazine Yemen Today.

2008 : Productrice à BBC News.

2009 : Directrice de la publication d'Unfair Magazine.

2010 :  Chargée de clientèle chez Google pour la zone Emea.

2015 : Création de Fluicity.

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Commentaires
a écrit le 01/09/2019 à 12:10 :
"aider les institutions à dialoguer avec les citoyens"

Le problème majeur c'est qu'elles ne veulent pas dialoguer elles veulent juste faire semblant tout en imposant, principe oligarchique oblige.

La phrase sur le manque d'éducation des habitants de Dubai ne m'étonne absolument pas, c'est bien la première fois que j'entends une telle sincérité car vu qu'ils sont quasiment tous mégas riches là dedans, il ne faut surtout pas risquer de perdre des contrats, alors qu'il semble tellement logique qu'entre eux, les riches, sans classe productrice pour les obliger d'exposer un minimum d'éducation et donc de supériorité formelle au moins, ils soient tous en fait complètement associables, plus on possède et plus on est possédé.

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