"Le numérique est un espace d'émancipation que les femmes doivent vite investir"

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Avec une autre entrepreneure, Catherine Barba, Delphine Remy-Boutang a fondé il y a trois ans la Journée de la femme digitale, qui se tient cette année le 13 mars à Paris.
Avec une autre entrepreneure, Catherine Barba, Delphine Remy-Boutang a fondé il y a trois ans la Journée de la femme digitale, qui se tient cette année le 13 mars à Paris. (Crédits : François Tancré)
Alors que la 3e édition de la Semaine de sensibilisation des jeunes à l'entrepreneuriat féminin s'ouvre ce lundi, Delphine Remy-Boutang, ancienne d'IMB aujourd'hui à son compte, explique pourquoi le numérique est un tremplin à saisir pour celles qui osent innover.

Delphine Remy-Boutang en est persuadée: le digital est un terrain encore vierge des stéréotypes que les femmes doivent s'empresser d'occuper. Une conviction qui a poussé cette ancienne d'IBM, fondatrice ensuite de sa propre agence de communication (The Bureau), à lancer avec une autre entrepreneure (Catherine Barba) la Journée de la femme digitale.

L'événement, dont la troisième édition se tiendra à Paris le 13 mars 2015 -dernière journée de la Semaine de sensibilisation à l'entrepreneuriat féminin qui s'ouvre ce lundi 9 mars-, vise à inciter les femmes à entreprendre, notamment dans le numérique. Delphine Remy-Boutang explique à La Tribune pourquoi.

LA TRIBUNE - Les femmes investissent-elles suffisamment le secteur des nouvelles technologies ?

Delhpine Remy-Boutang - Malheureusement pas encore. Dans une enquête menée en 2013, la branche numérique du Syntec (fédération de syndicats professionnels, Ndlr) comptabilisait 28% de femmes dans ses entreprises adhérentes, contre 48% dans la population active. Une étude réalisée la même année (à l'occasion de la première édition de la Journée de la femme digitale) par le CSA pour l'Observatoire Orange-Terrafemina constatait pour sa part que les femmes représentent seulement un dixième des dirigeantes d'entreprises innovantes nouvellement créées dans le secteur du numérique. En 2014, la Commission de l'Union européenne relevait encore que seuls 19,2% des travailleurs européens dans le secteur des TIC (technologies de l'information de  la communication) ont pour chef une femme, contre 45,2% des travailleurs d'autres secteurs.

Le sondage de 2013 du CSA mettait par ailleurs en évidence un retard dans l'utilisation par les femmes des nouvelles technologies: seules 9% des femmes actives interrogées affirmaient utiliser une tablette dans leur vie professionnelle, contre 15% des hommes. Et 17% de la population féminine se disait familière des blogs d'entreprise, contre 22% chez les hommes.

Que peut apporter la révolution numérique aux femmes ?

Le numérique est un formidable tremplin potentiel pour les femmes. Ces dernières rencontrent souvent un obstacle majeur dans leurs initiatives entrepreneuriales ou leur carrière: le manque de réseaux. Or, la principale vertu du numérique est justement celle d'ouvrir à qui que ce soit la possibilité de prendre la parole, de créer de l'influence, y compris à l'international. Et fonder une entreprise devient plus simple comme plus rapide grâce au numérique.

Le digital est aussi un vivier d'emplois vierges de stéréotypes et d'expertises traditionnelles puisque des métiers complètement nouveaux surgissent. Trente mille postes vont être créés dans ce secteur d'ici à 2018: les femmes doivent en profiter!

Puisqu'elles sont rares, elles sont d'ailleurs de plus en plus convoitées dans le numérique et y sont valorisées davantage que dans d'autres branches. Selon une étude réalisée par la Commission européenne en 2013, les femmes qui travaillent dans les TIC sont rémunérées près de 9% de plus que celles qui sont employées dans d'autres secteurs ; et elles risquent moins de se retrouver au chômage.

Une présence accrue des femmes dans le numérique ne bénéficierait par ailleurs pas qu'à la population féminine, mais profiterait à la société dans son ensemble: selon la Commission européenne, elle permettrait en effet d'accroître de 9 milliards le PIB annuel de l'UE.

Les femmes sont-elles prêtes ?

Elles en ont l'air. L'étude menée pour la Journée de la femme digitale en 2013 montrait déjà que, aux yeux de 6 femmes actives sur 10, le numérique peut faciliter leur évolution professionnelle. Une autre enquête réalisée pour la même occasion cette année par le cabinet Capgemini Consulting, qui sera publiée dans son intégralité le 13 mars, souligne aussi que les femmes connectées ont une fibre entrepreneuriale très marquée.

Ainsi, parmi les 500 femmes interrogées, non seulement 95% considèrent que le digital est un facteur de vitalité entrepreneuriale en France et qu'il favorise la création d'entreprise; mais encore, 26% des répondantes se déclarent entrepreneuses ou en passe de le devenir.

La révolution numérique cache-t-elle aussi des dangers pour l'émancipation féminine ?

Le numérique doit être utilisé comme un levier d'influence et d'efficacité. Il faut en revanche se méfier d'autres prétendus avantages qu'il apporterait aux femmes, et qui risquent de jouer encore une fois  à l'encontre de la mixité. Ainsi, face au fléau que représente le présentéisme masculin, le télé-travail des femmes ne peut pas être une solution.

Les nouvelles technologies favorisent en revanche sans doute la recherche d'une gestion du temps plus humaine pour les femmes comme pour les hommes. La recherche d'un équilibre familial -voire de vie- n'est pas un enjeu exclusivement féminin.

Comment inciter les femmes à investir ce nouveau terrain ?

Il est indispensable de réveiller leur fibre digitale au plus tôt, dès le lycée voire le collège. Tout le monde peut apprendre à coder! Mais il ne faut pas se méprendre: le numérique touche une palette très large de métiers, en dehors des domaines strictement techniques et scientifiques. Il implique essentiellement une nouvelle manière de travailler plus collaborative, de nouvelles sources de créativité, une nouvelle façon de concevoir la réussite.

Il faut surtout davantage préparer les jeunes à entreprendre, dans le sens le plus large du terme: c'est-à-dire à être actrices et acteurs de leur vie. Pour innover, il n'est pas nécessaire de créer une nouvelle entreprise: on peut souvent le faire en tant que salariée.

Quel message adresseriez-vous aux femmes qui hésitent ?

Le digital amène une transformation sans précédent dans laquelle nous, les femmes, devons nous inscrire. Utilisons-le pour le meilleur et comme un levier pour la mixité! Créons toutes ces entreprises de demain qui nous ressemblent et où nous nous sentirons bien. Nous ne pouvons pas nous contenter d'être des e-shoppeuses, de consommer le web de demain: nous devons participer à sa création !

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