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Le studio Harcourt descend dans la rue

Sandrine Bajos et Laurent Pericone

Publié le 12 décembre 2011 à 08:12 - Mis à jour le 12 décembre 2011 à 08:21

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Le portraitiste des stars s'ouvre au grand public grâce à des cabines automatiques de type Photomaton. La PME, qui affiche ses ambitions internationales, joue la diversification pour se relancer.

Passage obligé des stars depuis 1934, de Cocteau à Carole Bouquet en passant par Brigitte Bardot mais aussi de personnalités comme Zinédine Zidane ou François Mitterrand, le studio Harcourt s'ouvre désormais au grand public. Il est désormais possible de se faire tirer un portrait griffé du H du plus célèbre studio français pour 10 euros seulement. Certes on est très loin du portrait prestige à 1. 900 euros et même du classique à 900 euros puisqu'il s'agit d'une photo au format 10x15 réalisée dans une cabine de type Photomaton.

Testée à Cannes lors du dernier Festival du cinéma, cette cabine a rencontré un succès que n'avait pas anticipé Harcourt. Depuis, deux autres ont été installées à Paris (au cinéma MK2 Bibliothèque et à la boutique Franck et Fils dans le XVIe) et une au centre commercial Parly 2. Conçue en partenariat avec le fabricant français de cabines RP Solutions, ce mini-studio reprend fidèlement les codes d'Harcourt : éclairage en continu sans flash, fond blanc avec création d'un halo et dégradé d'ombres. Le dispositif est complété par une imprimante à sublimation thermique qui sature les noirs et blancs et garantit la longévité du cliché.

Si ces photos de petit format ne vont pas révolutionner les résultats financiers de la société, elles témoignent de la stratégie de relance initiée par Francis Dagnan, entrepreneur dans l'immobilier et passionné de photo qui a racheté le studio en 2007 à la barre du tribunal et... à la barbe de Bernard Arnault, patron de LVMH. D'emblée, le nouveau propriétaire déclare: « Harcourt ne sera jamais une machine à cash ». Mais cela ne l'empêche pas de mettre aussitôt en place « un projet d'entreprise commerciale axé sur la diversification pour maintenir la marque » car « si l'on restait élitistes, on mettait la clé sous la porte », explique aujourd'hui Francis Dagnan à « La Tribune ». Pour résumer, « Harcourt doit garder son must, à l'instar d'Hermès avec son carré, tout en se diversifiant », relève-t-il.

Passage au numérique

Harcourt s'est fortement développé dans la photo publicitaire, avec « de véritables portraits d'objets comme les flacons Chanel » et dans l'événementiel, avec la privatisation du studio qui permet de réaliser quelque 400 photos griffées Harcourt mais au prix de revient de 40 euros l'unité. Francis Dagnan, qui se refuse à dévoiler toute information financière, confie que « depuis son rachat, le studio a multiplié par trois son chiffre d'affaires et se trouve désormais à l'équilibre ».

Dès la reprise du studio, il s'est attelé à un chantier prioritaire, le passage au numérique pour la prise de vue mais aussi pour le tirage. Les sous-sols de l'hôtel particulier niché au coeur du VIIIe arrondissement à Paris ont été transformés en imprimerie numérique. « Nous sommes devenus maîtres de tout le processus de création sans avoir à dépendre de laboratoires extérieurs pour le développement et le tirage des photos », explique Francis Dagnan.

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Créé dans l'entre-deux-guerres par Cosette Harcourt et les frères Lacroix, patrons de presse en vogue de l'époque, le studio Harcourt a très vite pris le dessus sur ses concurrents grâce une politique commerciale novatrice. Une équipe de vendeurs démarchait les notables parisiens en leur proposant un portrait sans obligation d'achat. « Harcourt est devenu le rendez-vous incontournable des bourgeois qui voulaient se faire photographier comme des stars », raconte Francis Dagnan. Après-guerre, le studio reçoit jusqu'à 18.000 clients par an. Ce formidable fonds photographique de cinq millions de négatifs représentant 500.000 personnes a été repris par le ministère de la Culture au début des années 1990. Aujourd'hui, cette PME de 15 salariés, plus 10 photographes indépendants estampillés Harcourt, ne cache plus ses ambitions hors des frontières. Les ventes à l'international pèsent déjà 20 % de son activité, grâce notamment à sa présence au Japon, en Chine, au Brésil et en Australie. Pour se faire connaître, Harcourt accompagne les grandes marques de luxe françaises avec l'installation d'un studio éphémère lors de l'ouverture d'un magasin à l'étranger.

Sandrine Bajos et Laurent Pericone

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