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Euro 2012 : la folie des grandeurs est terminée

Sandrine Cassini

Publié le 08 juin 2012 à 10:31

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Pour la première fois depuis 20 ans, le chiffre d'affaires de l'UEFA sur la compétition affichera un léger recul par rapport à 2008. Un indicateur de la crise, et d'un changement des habitudes dans les entreprises. Les deux diffuseurs français de la compétition, TF1 et M6, devraient mieux s'en sortir financièrement qu'il y a quatre ans.

L'Ukraine et la Pologne sont deux contrées trop éloignées en Europe pour que des VIP se déplacent par avion entier direction le match de football du jour. A moins que la crise n'ait définitivement calmé les amours déraisonnables du big business pour le ballon rond. Signe des temps, pour la première fois depuis 20 ans, les recettes du championnat européen de football, qui débute aujourd'hui en Pologne par deux rencontres - Pologne-Grèce et Russie République chèque - vont baisser. En effet, l'UEFA a prévu d'encaisser 1,345 milliards d'euros, soit 6 millions de moins qu'il y a quatre ans. Certes, la chute est anecdotique. Elle n'en est pas moins symbolique.

La fin d'une époque
Depuis deux décennies, la courbe des revenus du championnat de foot progressait de façon exponentielle. En 1992, l'édition suédoise générait 41 millions d'euros de recettes. Quatre ans plus tard, le championnat, qui se tint au Royaume Uni, franchissait un palier, avec une hausse de 258% des recettes, soit 147 millions d'euros. En 2000, quand la France remporta le titre, l'UEFA vit ses recettes croître encore de 56% à 230 millions d'euros. Mais la fièvre s'empara définitivement de la compétition en 2004 au Portugal : le chiffre d'affaires bondit de 270% atteignant 852 millions d'euros. Quatre ans plus tard, la hausse de 58% des recettes en Autriche et en Suisse en 2008 apparut comme un ralentissement.

Les VIP ne se précipitent plus
Cette époque est désormais derrière nous. La crise est passée par là et les habitudes ont changé. Indicateur le plus emblématique : le chiffre d'affaires « hospitalités » - ces packages grâce auxquels les entreprises invitent leurs hôtes de marque dans le cadre de leurs opérations publiques - a reculé de 35% à 100 millions d'euros. Ni TF1, ni M6, pourtant diffuseurs de la compétition, n'ont prévu de déplacement sur place. « La situation économique générale fait qu'on est très modeste dans nos opérations. En plus, il y a quatre heures d'avion, sans forcément de liaison directe. C'est compliqué d'accès. Il faut au moins une journée dans le meilleur des cas », se plaint l'un des deux. « Le prix des hôtels a été multiplié par trois », indique un autre.

Ainsi, se rendre au premier match de la France contre l'Angleterre lundi à Doneskt en Ukraine prend plus d'une journée. Les partenaires de la Fédération française de football (FFF) et leurs VIP décollent de l'aéroport Charles de Gaulle lundi matin à 8h00 et sont de retour dans la nuit à 2h30 du matin. Au-delà de leur longueur, de tels déplacements passent de plus en plus mal en tant de crise. « Les entreprises ne sont pas prêtes comme ça à laisser leurs cadres partir une journée ou une journée et demi pour aller voir un match de foot », indique un sponsor. Le même phénomène s'était produit en Afrique du Sud, au moment de la Coupe du Monde de football, où nombre d'entreprises étaient restées à Paris.

Le psychodrame des droits télé
Si les droits télés sont encore à la hausse à 840 millions d'euros (+4,8%), certains diffuseurs ont ferraillé dur. En témoigne la vente par l'UEFA à la France de la diffusion de la compétition, qui a failli tourner au psychodrame. M6 et TF1, qui avaient déboursé 100 millions d'euros pour la compétition et donc perdu beaucoup d'argent, étaient bien décidés à réduire la facture de moitié. Résultat, pendant deux ans, les deux chaînes ont mené la vie dure à l'UEFA, refusant la moindre concession. Phénomène exceptionnel, l'affaire ne s'est finalement dénouée qu'en avril dernier, et encore grâce à l'arrivée inespérée d'Al Jazira sur le marché des droits qui a permis à l'UEFA de limiter le manque à gagner. Finalement, TF1 et M6 n'ont versé que 20 millions d'euros chacune, pour les plus belles affiches (lEquipe de France, les quarts, demis et finale). Al Jazira de son côté diffusera la totalité de la compétition pour un montant inconnu.

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TF1 ne perdra peut-être pas d'argent, M6 oui
Résultat de cette négociation, TF1, qui diffusera 9 matchs, dont France Angleterre et la finale, pourrait  pour une fois même éviter de perdre de l'argent sur la compétition. « Les taux de remplissage sont corrects. La Une devrait quasiment rentabiliser l'événement », indique Philippe Nouchi, directeur de l'expertise média de Vivaki (Publicis). Si la France ne passe pas le premier tour, la Une devrait quand même encaisser entre 17 et 19 millions d'euros. Si elle est qualifiée pour les quarts, les recettes devraient s'échelonner entre 20 et 22 millions d'euros. Si elle atteint la finale, ce sont entre 22 et 24 millions d'euros qui devraient rentrer en caisse. En revanche, l'opération n'est pas aussi juteuse pour M6, qui diffuse France-Ukraine et France-Suède . « Les taux de remplissage sont moins bons », précise Philippe Nouchi, qui table sur des recettes nettes de 11 millions si la France ne dépasse pas le premier tour, et 13 millions si elle parvient en demi-finale.

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Les Bleus doivent encore reconquérir le c?ur des téléspectateurs
Restent de sacrées incertitudes sur l'audience . Pour le moment, Vivaki table sur 10 à 13 millions de téléspectateurs en fonction de l'horaire des matchs, comme en 2008. Mais, outre le recul généralisé des audiences des grandes chaînes dans un paysage de plus en plus fragmenté, les Bleus de Laurent Blanc portent visiblement encore les stigmates du désastre de Knysna en Afrique du Sud. Les audiences oscillent entre 5,5 et 6,5 millions de téléspectateurs selon les affiches. Ce qui a le don d'inquiéter en privé Laurent-Eric Le Lay, le patron d'Eurosport et en charge de l'acquisition des droits sur TF1.

Sandrine Cassini

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