« On n’arrête pas le progrès… » et tant mieux !
Géraldine Mosna-Savoye
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Photo d'illustration
Istock
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« On n'arrête pas le progrès. » Peu de formules sonnent aussi creux que celle-ci. Pour ma part, l'entendre provoque à chaque fois une impression surprenante : non pas seulement la lassitude d'avoir encore affaire à une expression rebattue et évidente, mais surtout l'étonnement que le mouvement du monde pourrait, à l'inverse, me figer dans l'immobilité.
Pourquoi, moi, ne pourrais-je pas arrêter le progrès ou même l'impulser ? Qu'est-ce qui m'en empêche ou plutôt qu'est-ce qui permet au progrès de ne jamais s'arrêter et de m'emporter dans son courant ? C'est que, chose incroyable, le progrès, processus qui me concerne, qui nous concerne toutes et tous au premier chef, a le chic de nous rappeler à quel point nous sommes, malgré tout, impuissants.
Vous pensiez que vous aviez le pouvoir ? Vous aviez l'intime conviction que le progrès relevait d'une décision individuelle ou collective ? Que sans votre marque et vos actions, le temps n'était qu'un flux incolore et indolore ?
C'était sans compter sur la marche du monde, l'avancée folle, la course sans fin dans laquelle nous sommes toutes et tous pris. Et c'était sans compter sur la définition du progrès qui réussit le tour de force de ne pas seulement relever de la simple évolution mais d'être aussi un perfectionnement.
C'est une évidence : parce que l'histoire ne cesse de se faire, parce que le temps ne cesse de s'écouler, le progrès mais également progresser semble tout aussi fatal. Ce qui est moins évident, en revanche, c'est que cette fatalité nous semble si fatale que cela... que ce mouvement infini en avant et pour le meilleur nous paraisse si sensé qu'on s'y coule, aussi facilement, que l'on se laisse s'y enfermer, s'y engluer, sans trop rechigner.
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Mais sommes-nous vraiment condamnés à regarder le progrès se réaliser ? Ou sommes-nous au moins obligés d'y participer ? Est-il possible de ne pas vouloir progresser ? De préférer stagner plutôt que d'avancer ? Ou plus précisément, d'avancer sans s'améliorer, sans se perfectionner, sans se bonifier ?
Géraldine Mosna-Savoye