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Vivendi : le come-back du "split"

Delphine Cuny

Publié le 26 avril 2012 à 14:44 - Mis à jour le 26 avril 2012 à 14:45

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La rumeur d'un projet de démantèlement a dopé le cours du propriétaire de SFR, Canal Plus, Universal Music et Activision. Les scénarios de scission refont régulièrement surface dès que la décote de holding devient trop importante.

Et revoilà le scénario du « split », du « spin-off », du « break-up » comme disent les analystes financiers, bref d?une scission ou d?un démantèlement, en bon français, de Vivendi. Conglomérat, holding, ou même Sicav, actifs disparates sans synergies : ces expressions collent à la peau de Vivendi depuis au moins une décennie, et même au-delà, dès la mutation de feue la Générale des Eaux en groupe de médias et de télécoms. L?agence Bloomberg a rallumé la mèche en affirmant, mercredi soir, que « Vivendi envisage un remaniement de la structure du groupe, qui pourrait aller jusqu?à un démantèlement », citant une source anonyme. Une des options étudiées serait, sans surprise, une séparation des médias d?un côté (les jeux vidéo Activision Blizzard, Universal Music) et des télécoms de l?autre (SFR, Maroc Telecom, GVT, voire Canal Plus). Vivendi a démenti « vigoureusement [?] les allégations infondées » de la dépêche. « Cela a au moins le mérite de faire monter le cours » relève, pragmatique, un proche du management. En Bourse, la rumeur a donné un joli coup de fouet à l?action, qui a fini sur un bond de 4% à 13,87 euros.

Fourtou lui-même a dit vouloir « challenger le périmètre »
Le cours de Vivendi avait bien besoin d?une petite flambée spéculative. Il y a tout juste une semaine, au cours d?une assemblée générale plutôt tendue, les actionnaires ont exprimé assez vivement leur frustration face à un cours de Bourse en chute libre (-33% à ce jour en un an, contre -20% pour le CAC 40). Et le président du conseil de surveillance lui-même, Jean-René Fourtou, a indiqué qu?un séminaire réunirait toute la direction en juin pendant trois jours pour « challenger notre stratégie, notre périmètre. » Il a aussi souligné « la décote de holding gigantesque, de presque 40% » et répété qu?il n?y avait « pas de sujet tabou. » Dans une lettre aux actionnaires, datée du 27 mars, il a consacré une page entière sur quatre à un « sujet essentiel, la question stratégique du périmètre régulièrement posée depuis 2002 », s?interrogeant ouvertement : « faut-il garder le périmètre du groupe tel qu?il est ? Faut-il vendre des activités ou séparer le groupe en deux, voire trois ? » Et le patron, appelé en pompier, en juillet 2002, après l?éviction de Jean-Marie Messier, pour sortir Vivendi de sa crise de liquidités, a rappelé qu?il avait « en son temps vendu nombre des activités de Vivendi pour nous renforcer dans d?autres » et « encore récemment » en sortant des médias américains (Vivendi Universal Entertainement), en prenant le contrôle de l?opérateur télécoms brésilien GVT, etc. Toutefois, la lettre, cosignée avec le président du directoire Jean-Bernard Lévy, affirme qu?il n?est « pas exact » de dire que Vivendi est « un portefeuille d?activités sans relation les unes avec les autres. » Or il est évident que le management n?a pas convaincu les investisseurs de la pertinence de maintenir ces actifs ensemble : la valeur de la somme de toutes les filiales calculée par les analystes s?élève à 24 milliards d?euros, avant une décote de holding qui est traditionnellement de 15%. Or Vivendi capitalise aujourd?hui 17 milliards d?euros. La décote ne s?est jamais résorbée et s?est même amplifiée.

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L?aiguillon Bolloré pour doper le cours
« De la fumée sans feu ? » s?interroge l?analyste d?Oddo Securities, qui rappelle que « le scénario d?un démantèlement a été évoquée à plusieurs reprises dans le passé. » Si on se souvient, dès l?automne 2002. Mais en particulier en 2006, quand un mystérieux investisseur norvégien, Alexander Vik (Sebastian Holdings) s?était associé au fonds KKR pour proposer en bonne et due forme un « split » repoussé par le conseil d?administration. « Le fait qu?une rumeur de démantèlement de Vivendi refasse surface pourrait être liée à la montée de Vincent Bollloré au capital du groupe » avance l?analyste d?Oddo. On peut ajouter que l?homme d?affaires breton, au passé de raider, venu défier les Bouygues chez eux, actionnaire à hauteur de 2% actuellement de Vivendi, s?était d?ailleurs allié à Alexander Vik pour prendre le contrôle de Havas. « L?image de Vincent Bolloré va contribuer à faire bouger le cours de Vivendi » déclare sans ambages un proche de Jean-René Fourtou « qui est à l?initiative de la montée » de Bolloré au-delà des actions qu?il percevra en échange de la vente de ses chaînes Direct8 à canal Plus. Un bon aiguillon pour un cours déprimé. Tous les analystes ont dépoussiéré leurs scénarios de démantèlement, scissions partielles etc, qu?ils n?avaient pas sorti depuis trois ou quatre ans. Jugeant souvent le scénario crédible mais pas à court terme, ils soulignent aussi que cette décote ne reflète pas que la structure de holding, mais aussi « le manque de compréhension de la stratégie financière de M. Lévy » relève Stéphane Beyazian de Raymond James Equities. « Un profond remaniement du management et du conseil serait plus que bienvenu » et serait « positif pour le cours » selon les analystes d?Exane BNP Paribas, qui estiment que la direction actuelle est « encore dans le déni. » Y aurait-il une « décote Lévy » comme une il y eut en son temps une « décote Messier » ? Après avoir longtemps expliqué qu?il n?y avait « que des synergies fiscales », désormais moins importantes, à garder tous les actifs ensemble, comme pour se démarquer de son prédécesseur qui avait aveuglé le marché de formidables synergies issues de la convergence jamais concrétisées, Jean-Bernard Lévy a essayé de défendre la cohérence de son groupe, présenté comme « leader mondial de la communication et du divertissement » puis comme étant au c?ur des « plus belles émotions du numérique. » Las, les investisseurs n?y voient toujours qu?un empilement d?actifs.

Delphine Cuny

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