« La concentration en Europe, c'est tout sauf facile » avait insisté début janvier Stéphane Richard, le PDG d'Orange, en présentant ses vœux à la presse. Bruxelles lui donne raison ce lundi. La Commission européenne vient d'annoncer qu'elle poursuivait son enquête approfondie sur l'offre de rachat de l'opérateur français sur l'Espagnol Jazztel, sans renvoyer l'examen du projet à l'autorité espagnole de la concurrence, comme celle-ci en avait fait la demande en novembre. Toutefois, après l'ouverture de cette enquête approfondie décidée en décembre par la DG Concurrence bruxelloise, le contraire aurait été étonnant, observe-t-on chez Orange, qui affirme tabler toujours sur une finalisation de l'opération d'ici à la fin du premier semestre.
La Commission précise dans son communiqué qu'elle a jusqu'au 30 avril pour prendre « une décision finale sur la question de savoir si l'opération envisagée entraverait ou non de manière significative l'exercice d'une concurrence effective » dans l'Espace économique européen.
Le PDG d'Orange avait cependant confié « espérer boucler au printemps » cette acquisition de 3,4 milliards d'euros, « la plus grosse opération de croissance externe d'Orange depuis dix ans. » En fusionnant sa filiale espagnole avec Jazztel, Orange veut devenir le « deuxième opérateur fixe haut débit du marché » en surfant sur le succès des offres couplées fixe-mobile « convergentes », et partant renforcer ses positions dans le mobile, où il est numéro deux, au coude à coude avec Vodafone, derrière l'opérateur historique Telefonica. Vodafone a acquis l'été dernier le câblo-opérateur ONO, un rachat à 7,2 milliards d'euros autorisé sans problème par la Commission européenne, qui avait jugé les deux entreprises complémentaires. En revanche, dans le cas d'Orange et Jazztel, Bruxelles s'est montré dès le départ plus circonspect :
Elle estime que les engagements proposés jusqu'ici par Orange sont « insuffisants pour dissiper complètement les sérieux doutes qu'elle a émis. » La Commission redoute que l'opérateur né de la fusion ne soit plus un aiguillon concurrentiel, soulignant le succès des « offres «triple play» combinant la téléphonie vocale fixe, l'internet fixe et les services de télécommunications mobiles [équivalent du quadruple-play français sans la télévision, NDLR], qui sont devenues le produit de télécommunication le plus populaire en Espagne en 2013 », que seuls les acteurs intégrés disposant de réseaux fixes et mobiles seraient en mesure de concurrencer.
Le plus petit des opérateurs mobiles espagnols, Yoigo (détenu par le nordique TeliaSonera), un temps convoité par Orange puis par Jazztel, risquerait de ne plus avoir d'espace économique, tout comme les MVNO, les opérateurs virtuels sans réseau. La Commission devrait demander à Orange plus de concessions dans ce domaine, par exemple des engagements sur des offres de gros à destination de ces acteurs.
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