Les nuages noirs s’amoncellent au-dessus de Huawei

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Huawei est le premier fournisseur au monde d'équipements de réseaux de télécommunications et le deuxième fabricant mondial de smartphones, avec un chiffre d'affaires d'environ 92 milliards de dollars (81 milliards d'euros) en 2017.
Huawei est le premier fournisseur au monde d'équipements de réseaux de télécommunications et le deuxième fabricant mondial de smartphones, avec un chiffre d'affaires d'environ 92 milliards de dollars (81 milliards d'euros) en 2017. (Crédits : Thomas Peter)
Le géant chinois des équipements télécoms vient d’essuyer un nouveau revers avec l’arrestation, au Canada et à la demande des États-Unis, de Meng Wanzhou, dirigeante et fille du fondateur du groupe. De quoi relancer les tensions entre Pékin et Washington.

C'est un nouveau gros coup dur pour Huawei. Comme l'ont rapporté plusieurs agences de presse ce jeudi 6 décembre, une haute responsable du géant chinois des équipements télécoms a été arrêtée au Canada le 1er décembre. Il s'agit de Meng Wanzhou, directrice financière, et fille du fondateur et patron du groupe. Cette figure de Huawei a été arrêtée à la demande des États-Unis, qui réclament son extradition. Le pays de l'Oncle Sam la soupçonne d'avoir violé des sanctions américaines contre l'Iran. L'annonce de cette arrestation intervient à un moment critique. Le week-end dernier, les États-Unis et la Chine ont annoncé une trêve dans la guerre commerciale qui les oppose depuis de longs mois. Beaucoup redoutent, logiquement, que cet événement ravive les tensions entre les deux superpuissances.

Pékin n'a guère tardé à fustiger l'arrestation de la dirigeante de Huawei. « Nous exigeons des deux parties, Canada et États-Unis, que des clarifications nous soient fournies au plus vite quant aux motifs de cette détention », a déclaré ce jeudi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Tout en demandant la remise en liberté « immédiate » de Meng Wanzhou.

De son côté, Huawei affirme qu'il n'a aucune connaissance d'actes répréhensibles de la part de sa directrice financière. Dans un communiqué, la compagnie déclare avoir « reçu très peu d'informations en ce qui concerne les accusations, et n'est pas au courant d'un quelconque méfait » de sa part.

Vers une affaire ZTE-bis ?

Quoi qu'il en soit, cette affaire rappelle les déboires de ZTE, un autre gros équipementier télécoms chinois, lesquels ont été au cœur des tensions sino-américaines cette année. Au printemps dernier, l'industriel a été contraint d'interrompre ses principales activités. Washington avait pris à son encontre de lourdes sanctions économiques pour avoir violé des embargos vers l'Iran et la Corée du Nord, et ZTE a été interdit de se fournir en composants électroniques américains dont il est dépendant pour mener ses affaires.

Après de difficiles négociations, un accord a été trouvé entre Pékin et Washington. Et ZTE, qui a accepté de payer une très lourde amende et de faire le ménage dans son équipe dirigeante, a pu reprendre son activité.

Lire aussi : ZTE se réorganise pour montrer patte blanche aux États-Unis

Pour Huawei, l'arrestation de sa dirigeante vient allonger une longue liste de revers et déboires. L'équipementier télécoms est aujourd'hui considéré par plusieurs pays comme une menace pour la sécurité nationale. Certains redoutent que l'équipementier chinois utilise ses infrastructures télécoms à des fins d'espionnage pour le compte de Pékin. Résultat, Huawei s'est fait bannir des juteux marchés de la 5G aux États-Unis en Australie.

La semaine dernière, la Nouvelle-Zélande leur a emboîte le pas. Spark, le principal opérateur télécoms du pays, a argué que les services de sécurité lui avaient interdit de recourir aux équipements du groupe chinois pour déployer son réseau mobile 5G. Et ce, en invoquant des « risques significatifs pour la sécurité nationale ».

La France n'interdit pas, officiellement, Huawei

Le 5 décembre, c'est BT, l'opérateur historique britannique, qui a claqué la porte à Huawei pour une partie de son réseau mobile. Celui-ci a indiqué qu'il allait retirer les équipements du groupe chinois de certaines de ses installations dédiées à la 3G et à la 4G. Il a également précisé qu'il ne ferait pas appel à Huawei pour l'essentiel de son réseau 5G.

En France, le gouvernement n'a pas, officiellement et à ce jour, décidé d'interdire Huawei. Toutefois, l'exécutif se montre très vigilant sur la possibilité de déploiements d'équipements radio du groupe chinois pour le compte des opérateurs télécoms, en particulier lorsqu'ils concernent des zones sensibles comme les lieux de pouvoir.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2018 à 13:53 :
Il faudrait distinguer le "bon" espionnage pratiqué - même à nos dépens - par nos alliés, et celui pratiqué par les autres ...Dans le domaine du Renseignement, la high-tech américaine est une arme de domination massive, tous les composants électroniques y compris dans le matériel militaire, créent une grave dépendance. Sans défendre Huawei, l'arrestation de sa dirigeante est un prétexte anticoncurrentiel. De plus la firme chinoise aurait développé un système de cryptage qui empêche la NSA d'intercepter ses communications : c'est très mal ! Le système d'espionnage anglo-saxon "Five Eyes" va sans doute exclure Huawei de ses appels d'offres ...
a écrit le 07/12/2018 à 18:03 :
Les USA ont peur car la Chine les a rattrapé technologiquement.
Si les américains ne sont pas contents, ils n'ont qu'à bosser pour continuer à mener la course en tête au lieu de vivre au-dessus de leurs moyens.
Pendant que google et microsoft espionnent la planète, les américains font la leçon aux chinois. De qui se moque-t-on?
a écrit le 07/12/2018 à 12:03 :
Les USA ont Apple que Huawei commence à concurrencer sérieusement. Huawei n'est pas la premier a subir les foudres des USA, Samsung et ZTE en ont fait l'expérience. Quant à l'espionnage il est bien connu que les USA n'espionnent personne, c'est vraiment l'hôpital qui se moque de la charité !
a écrit le 07/12/2018 à 11:39 :
Il serait tant que tous les pays réagissent face aux pratiques protectionnistes des USA. On ne peut pas accepter que ce pays impose sa loi à tous les autres. Les amendes appliquées aux entreprises non américaines deviennent insupportable. On a le droit de commercer avec qui on veut. Si tout les pays réagissent ensemble, il y aura certes du dégats mais à terme les USA seront perdants.
a écrit le 07/12/2018 à 8:48 :
Une similitude quand même entre Ghosn qui se fait arrêter et la diplomatie française impuissante et là un personnage quand même très important de l'oligarchie chinoise qui se fait arrêter, non ?

NE serions nous pas en train de commencer à vivre un (petit) assainissement de la finance mondiale là ?

AH mais oui TRump est un monstre c'est vrai, ça explique tout et arrêtons de chercher à penser...
a écrit le 07/12/2018 à 7:55 :
Les récentes découvertes en matière de cybersécurité montrent que les chinois n'ont pas besoin d'implanter leur propre matériel pour espionner le monde. Il leur suffit d'utiliser les infrastructures occidentales déjà en place... Le bannissement de cette société n'est qu'une manoeuvre protectionniste de plus, et montre que la Chine est aujourd'hui au niveau.

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