ZTE au coeur de la bataille commerciale sino-américaine

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Fer de lance en Chine du développement des infrastructures 5G, ZTE est accusé par les États-Unis d'avoir violé ses engagement sur des embargos commerciaux.
Fer de lance en Chine du développement des infrastructures 5G, ZTE est accusé par les États-Unis d'avoir violé ses engagement sur des embargos commerciaux. (Crédits : Bobby Yip)
Alors que le géant chinois des télécoms est au bord du gouffre depuis que les États-Unis lui ont interdit d'acheter des composants américains, ce dossier est devenu le symbole des tensions économiques entre Pékin et Washington.

Peu connu du grand public dans l'Hexagone, ZTE est pourtant un des fleurons technologiques de la Chine. Cet industriel est spécialisé dans les équipements de télécommunications. Il les vend aux opérateurs pour déployer des réseaux mobile ou Internet fixe. Problème : ce géant, qui emploie 74.000 personnes et pèse près de 17 milliards de dollars de chiffre d'affaires, est au bord du gouffre. La semaine dernière, ZTE a indiqué qu'il avait "cessé ses principales activités". Pourquoi ? Parce que depuis la mi-avril, les États-Unis ont décidé de le priver, pour sept ans, de composants américains dont il est dépendant pour avoir violé des embargos contre l'Iran et la Corée du Nord.

L'affaire est devenue emblématique de la guerre commerciale qui menace d'exploser entre la Chine et les États-Unis. De fait, les États-Unis menacent d'imposer, le 22 mai prochain, des droits de douanes punitifs sur 50 milliards de dollars de produits chinois exportés au pays de l'Oncle Sam. Tandis que Pékin, pour sa part, se dit prêt taxer pour un montant identique des produits importés, notamment agricoles.

Trump se veut rassurant

Reste qu'aujourd'hui, la Chine, très inquiète de voir ZTE s'effondrer, négocie désormais en direct et au plus haut niveau avec les États-Unis pour trouver un terrain d'entente. Ce lundi, c'est Donald Trump lui-même qui a donné des signes d'ouverture dans cet épineux dossier. Sur Twitter, son réseau social favori, le locataire de la Maison-Blanche s'est voulu rassurant :

"Le président chinois Xi (Jinping, Ndlr) et moi travaillons ensemble pour donner à [...] ZTE un moyen de reprendre ses activités, vite. Trop d'emplois perdus en Chine. Le département (américain, Ndlr) du commerce a reçu l'ordre d'y parvenir !"

Des propos qui ont d'emblée été salués par Pékin. Un porte-parole de la diplomatie chinoise a ainsi "applaudi" ces déclarations, "saluant l'attitude positive" du président américain.

Le dossier apparaît aussi comme une première bataille sino-américaine dans la guerre que les deux géants se livrent pour dominer, à plus long terme, l'économie mondiale. De fait, Pékin et Washington considèrent tous deux que le pays qui disposera au plus tôt de réseaux télécoms ultra-rapide disposera d'un très gros avantage. À leurs yeux, le pays qui aura déployé en premier la 5G, la prochaine génération de communication mobile, aura un coup d'avance pour faire émerger les Gafa de demain. C'est dans ce contexte politico-économique qu'il faut replacer ce conflit concernant ZTE.

"Guerre froide digitale"

Tout début avril, dans une tribune publiée dans le Financial Times, Richard Staropoli, l'ancien directeur de l'information du Département américain de la sécurité intérieur, a qualifié le bras de fer commercial sino-américain de "guerre froide digitale". Alors que les sanctions à l'encontre de ZTE n'avaient pas encore vu le jour, il affirmait que Washington allait d'ici peu "cibler clairement les technologies chinoises" pour freiner leur développement. Richard Staropoli assurait même que la Maison Blanche avait mis en place une stratégie pour "perturber l'accélération subventionnée du gouvernement chinois dans le mobile". Sous ce prisme, en s'attaquant à ZTE, Washington ne pouvait pas trouver de meilleure cible...

Lire aussi : Course à la 5G : bras de fer tendu entre les États-Unis et la Chine

Malgré les propos rassurants de Donald Trump concernant ZTE, l'offensive américaine n'est peut-être pas finie. Un autre géant chinois des équipements télécoms et des smartphones, Huawei, pourrait prochainement faire l'objet de sanctions. Et pour cause, cet autre cador technologique, qui a été banni de chantiers d'infrastructures Internet aux États-Unis, est aussi dans le viseur des autorités américaines. Ces dernières redoutent officiellement que Pékin n'utilise ses produits à des fins d'espionnage.

Lire aussi : Huawei jette l'éponge aux Etats-Unis

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Commentaires
a écrit le 15/05/2018 à 9:15 :
"ZTE est pourtant un des fleurons technologiques de la Chine."

==> Vraiment ? Ou alors un fleuron technologique d'une telle fragilité qu'un simple embargo sur les composants américains suffit à le mettre à genoux.....
a écrit le 14/05/2018 à 19:34 :
"Reste qu'aujourd'hui, la Chine, très inquiète de voir ZTE s'effondrer, négocie désormais en direct et au plus haut niveau avec les États-Unis pour trouver un terrain d'entente"

"Le dossier apparaît aussi comme une première bataille sino-américaine dans la guerre que les deux géants se livrent pour dominer, à plus long terme, l'économie mondiale"

Vous n'avez pas l'impression que le rapport de force dont vous parlez dans cette seconde phrase est totalement absent de la première ?

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