Procès des suicides à France Télécom : les syndicats veulent des réparations

 |   |  586  mots
Didier Lombard, l'ancien PDG de France Télécom.
Didier Lombard, l'ancien PDG de France Télécom. (Crédits : Reuters)
La CFE-CGC, la CFTC, la CGC, FO et Sud souhaitent que le procès de France Télécom (Orange aujourd'hui) et de ses anciens dirigeants, dont la responsabilité est mise en cause dans une vague de suicides d’employés, débouche sur des indemnisations pour les victimes.

Dix ans ont passé. Mais les blessures sont toujours là. Ce lundi à la Bourse du travail de Paris, les syndicats de l'ex-France Télécom (Orange aujourd'hui) ont convié la presse pour expliquer leurs attentes lors du procès à venir du groupe. Celui-ci, qui met en cause la responsabilité de l'opérateur et de ses anciens dirigeants, doit permettre de lever le voile sur la vague de suicides qui a eu lieu dans l'entreprise entre 2008 et 2009. À l'époque, Didier Lombard, alors à la tête de France Télécom, avait engagé un vaste plan de restructuration, baptisé NEXT, visant à supprimer 22.000 postes entre 2006 et 2008 « par la porte et par la fenêtre », selon ses propres mots.

Après le dépôt de plusieurs plaintes, une procédure judiciaire avait vu le jour. Elle a finalement retenu le cas de 39 salariés (19 suicidés, 12 tentatives de suicide et 12 victimes de dépression ou d'arrêt de travail). In fine, au printemps 2018, les juges d'instruction ont renvoyé en correctionnelle France Télécom comme personne morale, ainsi que Didier Lombard et six autres dirigeants de l'opérateur. Lors de ce procès pour harcèlement moral, ils sont mis en cause pour avoir mené, pendant l'exécution du plan NEXT, « une politique visant à déstabiliser les salariés ». Le procès débutera le 6 mai, et doit s'achever le 2 juillet.

Pour la CFE-CGC, la CFTC, la CGC, Force ouvrière et Sud, qui se sont portés parties civiles, comme pour les associations de victimes, ces 45 jours permettront de faire le point sur « la violence incroyable » essuyée par les salariés de France Télécom pendant le plan NEXT, souligne Patrick Ackermann, responsable chez Sud.

« On a assisté à la mise en place d'un système de harcèlement institutionnel, affirme-t-il. Elle est partie du plus haut niveau de la hiérarchie de l'entreprise et s'est déclinée jusqu'en bas, auprès des cadres de premier niveau, avec des violences qui ont débouché sur des situations terribles, dont des suicides. »

« Une condamnation exemplaire »

Sébastien Crozier, de la CFE-CGC, a également tiré à boulets rouges sur la direction de l'époque, qui a, selon lui, mis en place une politique de « violence sociale pour faire partir les personnes ». « On a été frappé dans notre chair », a-t-il poursuivi. Outre « une condamnation exemplaire » de France Télécom et de son ancienne équipe dirigeante, il souhaite, à l'instar des autres responsables syndicaux, que le procès ouvre la voie à des indemnisations et réparations pour les victimes, leurs familles, et tous les salariés de France Télécom impactés par cet épisode. Pour Sébastien Crozier, le montant de la retraite chapeau de Didier Lombard, qui s'élève à 7 millions d'euros, devrait plutôt, par exemple, être consacré à l'alimentation d'un fonds d'indemnisation des victimes.

Cédric Carvalho, de la CGT, espère pour sa part que ce procès « ne soit pas que celui d'individus », « mais aussi celui des choix politiques, économiques, capitalistes et financiers qui ont privilégié les actionnaires aux dépens des salariés ». « L'État-actionnaire, qui possède 22% d'Orange, est absent du procès, et nous le regrettons », a-t-il lancé.

Orange, de son côté, conteste les accusations portées contre l'entreprise et son ancienne direction. En septembre dernier, Maître Jean Veil, l'avocat de Didier Lombard, avait lui jugé « absurde » le renvoi de son client en correctionnelle.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/04/2019 à 13:44 :
Ça continue pareil aujourd’hui avec l’equipe actuelle, mais les syndicats n’en font plus du tout état. Le pseudo syndicat cfe cgc a même eu suicide et harcèlements parmi ses militants en appuyant la Direction contre ses salariés
Réponse de le 18/04/2019 à 20:30 :
Des accusation aussi grave méritent plus de preuves. Non ? Le seul que l'on voyait à la Tv à cet époque pour dénoncer les suicides c'était Sébastien Crozier de la Cfe Cgc...
Réponse de le 03/05/2019 à 22:03 :
Non, il n'y a plus cette violence sociale dans l'entreprise. (Ce qui ne veut pas dire que ce soit la dolce vita). Quant à Crozier il manage son syndicat de la manière qu'il dénonce. C'est un manipulateur narcissique.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :