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Politiquement Incorrect : l’Afrique doit-elle transformer ses matières premières ?

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 31 octobre 2016 à 09:55 - Mis à jour le 31 octobre 2016 à 10:17

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La transformation des matières premières est présentée depuis plusieurs décennies comme la solution idoine pour la diversification économique et la création d’un tissu industriel africain à vocation globale. Qu’en est il réellement ?

De prime abord, l'idée est séduisante : l'Afrique dispose de matières premières qu'elle exporte le plus souvent sous une forme brute, avant que les produits transformés ne lui soient revendus. L'idée sous jacente de la promotion d'une industrie de la transformation est à ce titre très populaire au sein des classes politiques africaines, car elle implique une dimension de captation de la valeur ajoutée additionnelle, souvent dévolue aux multinationales occidentales.

Le discours qui accompagne cette idée est tout aussi efficace : Si l'on produit du Cacao, pourquoi ne pas produire du chocolat et l'exporter ? Si l'on extrait des diamants, pourquoi ne pas créer des ateliers de taille avant de les revendre ? Pourquoi ne pas raffiner le pétrole brut au lieu de le vendre en l'Etat ? Pourquoi exporter du bois lorsque l'on peut fabriquer des meubles ? Les déclinaisons de ces aphorismes sont nombreuses et tout aussi séduisantes.

L'unique voie de création de richesse ?

Pour certains hommes politiques africains, la transformation constituerait même l' « Unique voie pour la création de richesses sur le continent ». D'autres vont même plus loin en en faisant un projet de société. Pour la commission économique pour l'Afrique (UNECA), dépendante des Nations Unies, « Une telle politique (d'industrialisation basée sur les matières premières) doit être menée si le continent veut devenir une puissance économique mondiale en mesure de relever les défis du chômage des jeunes, de la pauvreté et de l'inégalité des sexes ». Tout un programme...

La réalité économique autour de l'impact de la transformation est beaucoup plus nuancée, quoique politiquement incorrecte.

Une réalité nuancée

Dans certains cas, il peut être pertinent de se lancer dans une industrie de la transformation, à condition que le bénéfice économique ultime soit avéré, et que l'on ne soit pas aveuglé par le bénéfice politique.

Cette vision alternative est désormais portée désormais par des économistes de renommée mondiale, tel le vénézuélien Ricardo Hausmann de l'université d'Harvard, ou le spécialiste français des matières premières Philippe Chalmin.

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Leurs arguments sont solides et appuyés par des travaux de recherche substantiels qui démontrent que les pays qui ont réussi leur décollage économique au cours des cinquante dernières années ne sont pas forcément ceux qui ont misé sur la transformation des matières premières disponibles, mais plutôt ceux qui ont réussi à se diversifier économiquement autour de grappes sectorielles proches de leurs avantages compétitifs.

La diversification , véritable enjeu stratégique

Pour Hausmann, qui dirige l'Atlas de la Complexité Economique, les déterminants du décollage économique ne se situent donc pas forcément dans une démarche qui vise à « grimper dans la chaine alimentaire », mais plutôt dans une dynamique de diversification où les agents économiques arrivent à passer d'un secteur à l'autre en se basant sur les forces intrinsèques de leur économie tout en ayant la conscience absolue d'où se situe l'intérêt le plus rémunérateur.

Pour lui, « avoir la matière première a proximité n'est un avantage que si la déplacer coûte plus cher qu'importer les produits transformés, ce qui est plus vrai pour le bois que pour les diamants ». Il estime à ce titre que « certaines idées sont plus que fausses, elles sont castratrices, car elles interprètent le monde d'une manière qui met l'emphase sur des sujets secondaires- tels que la disponibilité de matières premières- et aveuglent les sociétés quant aux opportunités qui s'offrent à elles ailleurs ». Quelques exemples qu'il cite suffisent à étayer la justesse de son propos : la Suisse ne produit pas de Cacao et la Chine ne fabrique pas de puces électroniques de dernière génération. Pourtant, ces deux pays sont des leaders mondiaux dans la production de chocolat et de matériel électronique.

Deux niveaux de transformation

Chalmin, quant à lui, distingue deux niveaux de transformation, qui sont absolument nécessaires à examiner afin de comprendre la véritable valeur ajoutée lorsque le politique décide de se lancer dans une industrie de la transformation. Dans une interview accordée au magazine panafricain Financial Afrik, ce dernier expliquait qu' «  Il faut distinguer entre la première transformation qui consiste à broyer et à triturer et la deuxième transformation. Dans la première, on obtient un demi-produit avec un marché aussi erratique que celui de la matière première. Donc une marge extrêmement instable. On le connaît bien, c'est la marge de raffinage du pétrole, c'est la marge de transformation du cacao, de trituration des oléagineux, etc. C'est valable pour toutes les filières. »

Toutefois, du chemin reste à faire pour que les élites africaines qui pilotent les politiques publiques admettent que le chemin le plus court vers l'émergence n'est pas uniquement la transformation des matières premières, mais plutôt une dynamique globale qui allierait industrialisation par le commerce, diversification du tissu productif, et amélioration substantielle du Doing Business afin d'accroitre la fluidité et l'attractivité de leurs économies. ll leur faudra pour cela d'abord accepter de se départir du politiquement correct...

Abdelmalek Alaoui

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