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De quoi le néo-colonialisme est il encore le nom ?

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 29 mai 2017 à 07:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Néo-colonialisme. Le mot est sur toutes les lèvres en Afrique, répété à l’envie et parfois à l’unisson par les pouvoirs publics, les politiciens et les sociétés civiles du continent, qui jurent, la main sur le cœur, que le colonialisme perdure mais sous une forme rampante, pernicieuse, s’insinuant dans l’économie et paralysant les cerveaux des technostructures. En 2017, peut-on encore l’invoquer comme l’un des facteurs entravant la marche en avant de l’Afrique ? La réalité pourrait être beaucoup plus...

Pour la majorité des gouvernements d'Afrique, la tentation d'invoquer comme cause à une mise sous tension le syndrome néocolonial - et sa variante qu'est l'ingérence étrangère - est encore très largement répandue. Question de logiciel diront certains, mais pas uniquement. Il est ici aussi question de commodité.

Eseka, un cas emblématique

Une illustration emblématique de cette tendance est la position adoptée par le gouvernement camerounais ce Week-End, qui consista à jeter l'entière responsabilité de la catastrophe ferroviaire d'Eseka sur le groupe français Bolloré. Ce dernier, selon le rapport rendu public par la volonté de Paul Biya, aurait été négligent, aveuglé par l'avidité et la volonté de faire plus de profit, sans se soucier de la sécurité des usagers. De surcroit, son contrat avec le gouvernement camerounais serait abusif, voire teinté d'irrégularités. Les accusations de corruption, même si elles n'ont pas été nommément citées, ne sont pas loin. En bref, le vertueux gouvernement camerounais aurait été dupé par la grande multinationale issue du pays de l'ex-colonisateur. Une histoire déjà entendue en d'autres lieux et d'autres temps, même si le groupe Bolloré a été mis à l'index à de nombreuses reprises pour des pratiques douteuses, voire abusives, et qu'il ne s'agit pas ici de le soustraire à ses responsabilités dans l'affaire du déraillement. Mais le fait que le gouvernement camerounais s'exonère totalement de cette catastrophe n'est pas sans renvoyer à la conception même de démocratie, basée sur l'exigence de transparence. Dans le cas d'espèce, l'engorgement des gares camerounaises le jour du drame est dû à l'effondrement d'une route, devenue impraticable, obligeant ainsi les usagers à se tourner vers le rail. Cela, le groupe Bolloré, malgré toutes les erreurs qu'il a probablement commises, n'y peut rien. C'est la responsabilité de l'Etat qui est engagé. Il en est de même pour la négociation du contrat originel avec Camrail, aujourd'hui allègrement dénoncé, mais autrefois loué.

Une autre variante de ce phénomène est l'accusation de manipulation par une puissance étrangère dès lors qu'un mouvement de contestation se met en branle, par exemple lorsqu'une élection est contestée, parfois pour des raisons légitimes. La mécanique est alors à peu près la même partout : la « main » de l'étranger est mise en avant comme étant partie prenante, permettant ainsi de souder la communauté nationale autour d'un adversaire identifiable.

Sauf que ce double ordonnancement ne résiste que très mollement à l'examen critique de la position économique de l'Afrique. En vingt ans, les anciennes puissances coloniales ont perdu énormément de terrain, et de nouveaux entrants, tels que la Chine, sont devenus des acteurs presque dominants. Or, il est difficile d'accuser l'empire du milieu de néo-colonialisme, ce dernier faisant de la non-ingérence politique l'Alpha et l'Omega de sa stratégie de conquête économique et commerciale sur le continent.

Dans ce contexte, il apparaît clairement que l'utilisation du néo-colonialisme comme argument politique par les pouvoirs publics africains pour répondre à la contestation trouve ses fondations dans quelque chose de beaucoup plus profond. Ce syndrome constitue un mal qui ronge les élites africaines et qui ne semble pas en passe de s'estomper : le désir de continuer à faire partie d'une communauté francophile et anglophile mondialisée, dont les centres de gravité continuent d'être Paris et Londres. En bref, nous, africains, continuons à vouloir être assimilés à des occidentaux, et n'avons pas encore totalement recouvré nos identités.

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Pour s'en convaincre, il suffit de faire le test de l'« écran plat ». Dans les bureaux ministériels de la plupart des gouvernements africains, il est de bon ton d'avoir un écran plat qui diffuse en boucle de l'information. Dans la très grande majorité des cas, les chaînes regardées seront France 24 pour l'espace francophone et la BBC pour l'espace anglophone. Rarement, voire jamais, ne trouve-t-on des télévisions nationales en train d'émettre sur l'écran.

Rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés

Et c'est probablement de cela que le néo-colonialisme est véritablement le nom, du moins en Afrique. Il réside dans l'absence de création de référentiels nationaux communs et forts  qui permettraient de s'affranchir de cette « ancre » cognitive que constitue l'ancien colonisateur, avec lequel nous entretenons encore une relation complexe, faite de rejet et d'admiration, près de soixante ans après les indépendances.

Nous africains, devons donc effectuer un saut quantique et générer un « choc des conscience » afin de pouvoir regarder dans les yeux nos communautés nationales  et reconnaître pleinement nos responsabilités dans la mise en forme de notre destin, afin de cesser de pointer du doigt un tiers qui peine lui même à conserver une influence qui s'érode chaque jour un peu plus. Bien entendu, cela est beaucoup plus facile à dire qu'à faire, et suppose qu'une partie de cette élite qui tient la technostructure s'engage en politique et soit prête à s'exposer au jugement populaire. Cela prendra certainement du temps, mais constitue aujourd'hui un défi nécessaire afin de permettre l'établissement de la confiance entre gouvernants et gouvernés, préalable indispensable au développement.

Abdelmalek Alaoui

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