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Eté meurtrier en Afrique centrale

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 07 août 2017 à 06:30 - Mis à jour le 07 août 2017 à 15:19

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Depuis le début de l’année, l’Afrique centrale est entre l’enclume sociale et le marteau financier. Défaut de paiement, dégradation des notes pays, tensions budgétaires, insécurité, incertitudes monétaires et bouillonnement social, jamais cette vaste région africaine, de N’djamena à Luanda, n’aura connu une période aussi difficile que celle traversée en ce moment. Pour autant, est-il encore possible de sortir de cette zone de turbulences sans trop de dégâts ?

Ils avaient pourtant promis qu'on ne les y reprendrait plus, mais la tentation aura été trop forte, la pression trop insupportable, et le désir d'aller vite,  trop incommensurable. A l'instar de la cigale de la fable de La Fontaine, ils se trouvent donc désormais «forts dépourvus». En effet, les pays pétroliers de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC)  que sont le Gabon, la Guinée équatoriale, l'Angola et la République du Congo paient désormais cash les années fastes du baril à plus de 100$, où ils n'ont pas su- ou pas voulu-  diversifier leur économie tout en économisant une partie de la rente pétrolière afin de se prémunir contre le retournement des cours.

Si les Equato-Guinéens, de part la taille modeste de leur pays, arrivent à contenir tant bien que mal le choc, les trois autres géants des hydrocarbures de l'Afrique centrale doivent désormais composer avec une réalité qui les rattrape. Ainsi, le Congo-Brazzaville doit régulièrement faire face à des menaces de défaut de paiement, ainsi qu'à des accusations d'avoir sous-évalué sa dette publique,qui serait en réalité aux alentours de 117% de son PIB, bien loin des 77% annoncés officiellement en mars dernier. Plus grave, certains fonctionnaires ne toucheraient plus leur solde, notamment dans les services hospitaliers, à l'instar du CHU de Brazzaville, dont les agents se sont mis en grève illimitée au début de ce mois .

Au Gabon, le stress budgétaire est d'autant plus compliqué à gérer que le pays se remet lentement de la crise post-électorale, et que la contestation sociale continue de battre son plein. Pour compliquer le tout, certaines administrations clés du pays se sont mises en grève afin de réclamer le paiement d'arriérés de primes, paralysant ainsi une partie de l'économie du pays. En Angola, sur fond de transition de façade programmée par le pouvoir, l'édifice autrefois tout-puissant de la Sonangol, la société pétrolière nationale, semble  se fissurer de partout, sur fond de dénonciations d'une gestion opaque et de soupçons de versement de commissions.

Le FMI au secours

De manière générale, après s'en être méfié comme de la peste et avoir tenté de se tourner vers la Chine sans beaucoup de succès, la plupart de ces pays ont finalement été acculés à faire appel au FMI afin de retrouver de l'oxygène financier et tenter de passer ce cap difficile. Sauf que l'institution de Washington a beau avoir beaucoup évolué, elle n'en continue pas moins de conditionner son intervention par des réformes souvent douloureuses, pas tout à fait de nature à faire baisser la contestation interne.

Pour ne rien arranger, cette mise sous pression budgétaire s'accompagne désormais des prémisses d'une crise monétaire, le FCFA étant menacé par la faiblesse des réserves de changes en zone CEMAC, certains analystes estimant que la situation actuelle serait tout simplement insoutenable. Très récemment, le représentant du FMI au Gabon s'en est très officiellement ému, affirmant que les pays de la Zone doivent reconstituer leurs avoirs extérieurs, sous peine de « déboucher sur un ajustement monétaire aux conséquences négatives ». En clair, une dévaluation n'est plus à exclure.

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Au-delà du pétrole : la faiblesse du politique et la résurgence du terrorisme

Mais au-delà des pays pétroliers, l'Afrique centrale constitue une zone d'inquiétude de plus en plus prégnante du fait également de la montée en puissance de l'instabilité, qui fait craindre une nouvelle spirale de violence au sein de certains Etats particulièrement exposés, à l'instar de la Centrafrique, de la RDC, du Tchad, et du nord du Cameroun. De manière globale, et pour des raisons différentes, l'on note en effet une recrudescence de la violence, qui risque d'avoir un effet d'entraînement sur l'ensemble de la région.

En Centrafrique et en RDC, les raisons de la violence découlent de la faiblesse  des institutions politiques, qui n'arrivent pas à gérer les délicates phases de transition que connaissent les deux pays. D'un côté, l'on a un pays qui a toutes les composantes du « failed state », la Centrafrique, où l'on note une forte recrudescence des violences, visant notamment les Casques bleus, sur fond de prédation économique- notamment minière-  de la part des membres de la milice Seleka. De l'autre, dans l'ex-Zaïre, le roman-feuilleton autour du départ programmé de Joseph Kabila semble ne plus vouloir en finir, sans que toutefois n'émerge une figure suffisamment légitime pour lui disputer le fauteuil présidentiel et le forcer à l'organisation des élections, dont l'on se doute qu'elles pourraient bien, à nouveau, être reportées.

Au nord de l'Afrique centrale, c'est bien entendu le spectre de l'instabilité combiné à la faible dynamique économique qui donne des raisons de s'inquiéter. Si le nord-ouest du Cameroun, privé d'Internet pendant de longs mois, se remet peu à peu, les incursions armées venant de Centrafrique et la lutte difficile que mène l'armée camerounaise à Boko Haram à l'extrême nord pose la question de la soutenabilité à terme de cette multitude de fronts, alors même que le pays connaît lui aussi un ralentissement économique substantiel. Quant au Tchad, toujours en pointe dans la lutte contre les groupes extrémistes armés dans la zone, l'on constate un raidissement supplémentaire du pouvoir vis-à-vis des membres de l'opposition, qui a entraîné une intensification de la répression.

Comment retrouver de la marge de manoeuvre ?

Dans ce contexte de crispation de l'Afrique centrale, certaines recettes, utilisées ailleurs, pourraient permettre de retrouver de la marge de manœuvre en faisant preuve de souplesse au lieu de fermeté. En premier lieu, les pays pétroliers de la zone, qui ont nourri pendant des décennies une Nomenklatura dopée aux industries extractives devraient envisager de mettre en place une vaste amnistie fiscale sur les avoirs détenus à l'étranger par les apparatchiks. En ouvrant la voie au retour de ces avoirs, l'Angola, le Gabon comme le Congo, pourraient être en capacité de retrouver de la marge de manœuvre en monnaie forte, sans avoir à dégrader un peu plus leurs finances publiques. Reste que ce type d'opération nécessite une confiance forte en la capacité de l'Etat à gérer de manière anonyme ce type d'opérations, et implique donc une forte implication du secteur bancaire, qui pourrait jouer là le rôle de « tiers de confiance ».

En second lieu, l'Afrique centrale doit pouvoir trouver les moyens de valoriser à court et moyen terme le formidable réservoir écologique que constitue le bassin du Congo, deuxième « poumon de la planète » après l'Amazonie. Tant sur les plans industriels, énergétiques que touristique, ce réservoir vert de l'humanité gagnerait à être valorisé et exploité afin de contribuer au développement des pays de la zone.

Enfin, en termes de stratégie économique, peut-être est-il temps de dire aux leaders de la zone que tant que les piliers essentiels du développement, que sont la stabilité juridique, l'indépendance du pouvoir judiciaire, et le respect de l'Etat de droit ne sont pas respectés, il est vain de continuer à parler de « diversification de l'économie ».

Abdelmalek Alaoui

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