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En Afrique, un sursaut de convergence est nécessaire pour rétablir la confiance

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 21 août 2017 à 06:30

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Quel est le coût de la fragmentation pour l’Afrique ? Nul ne sait vraiment. Que ce soit au niveau de l’intégration régionale, de la dispersion des énergies, de l’émiettement des responsabilités ou encore de la cannibalisation des initiatives, le continent a encore beaucoup de mal à mettre en musique des politiques de développement économique communes pour favoriser la création d’un grand marché unique continental. Pourtant, le consensus semble établi sur le fait que l’intégration soit la voie à suivre.

Si une grande partie des observateurs s'accordent sur le fait que le défunt colonel Kadhafi était tout sauf conventionnel, voire souvent loufoque dans ses sorties publiques, il y a néanmoins un sujet  sur lequel il avait raison, celui de la nécessaire construction des « Etats-Unis d'Afrique ». Aux visiteurs qui venaient le voir sous sa tente immanquablement dressée dans les jardins de la forteresse de Bab El Azizia, il ne cessait de marteler sa conviction que seule une Afrique organisée en grand marché unique, voire en « continent fédéral » aurait des chances de prétendre à l'émergence.

D'un point de vue économique, cette vision fait certes sens, mais elle est désormais à ranger dans la catégorie des serpents de mer africains, ces grands sujets qui reviennent souvent de sommets en conférences, mais dont personne ne souhaite véritablement s'emparer, tant la tâche de faire converger 54 pays aux objectifs tellement dissonants semble dantesque.

L'intégration africaine  est comme un Boeing 747 qui aurait perdu 3 moteurs sur 4

Tel un Boeing 747 qui aurait perdu 3 sur 4 de ses moteurs, l'intégration régionale en Afrique ne fonctionne qu'au sein d'une partie de la dorsale orientale du continent, qui a fait l'objet d'une vaste opération de regroupement à l'été 2015 en créant le TFTA.

Or, il existe sur le papier quatre ensembles sous régionaux, UMA, CEDEAO, CEMAC et TFTA, qui devraient, en principe, organiser la circulation des biens et des hommes et favoriser le commerce interrégional. Toutefois, l'Union du Maghreb Arabe (UMA)  vient de voir sa mort clinique confirmée avec la demande du Maroc- l'économie la plus dynamique de la région- de faire partie de la CEDEAO, laquelle fait figure presque de bon élève avec ses 10% de commerce intra régional, là où l'UMA n'arrive pas à dépasser les 3%. En comparaison, le taux de commerce interrégional de l'Europe dépasse les 70%...

Autre sujet épineux, l'Afrique centrale et sa zone CEMAC, dont on ne sait si elle pourra maintenir la monnaie commune sur le long terme, et dont la plupart des pays qui la composent traversent une période de très forte turbulences sur fond de baisse drastique des cours des matières premières pour le Gabon, le Congo et le Cameroun, d'instabilité chronique en Centrafrique, et de périls sécuritaires pour le Tchad. Une équation à trois inconnues qui fait de l'Afrique centrale la zone de tous les dangers pour le continent.

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Pourquoi donc la dynamique de convergence n'a jamais pris sur le continent ?

2 raisons essentielles à l'échec de l'intégration régionale en Afrique

Il y a, selon moi, deux raisons essentielles à cela. La première est l'absence de « pères fondateurs » emblématiques qui auraient porté et défendu le sujet, à l'instar d'un Jean Monnet en Europe ou du trio Bush-Salinas-Mulroney pour le traité ALENA en Amérique du nord. Ces chantres de l'intégration ont bataillé ferme contre les nationalismes et les tentations de repli, jusqu'à réussir à créer une dynamique d'ensemble dont l'on connaît désormais les résultats en matière de prospérité partagée.

Or, en Afrique peut-être plus qu'ailleurs, la dimension d'incarnation du leadership est essentielle, et aucune des grandes figures des indépendances - peut-être trop occupées par leurs agendas internes- ne se sont véritablement  investies dans le dossier. Peut-être la face du continent en eu été changée, si Senghor, Nkrumah, ou même Mandela avaient porté l'ambition de la convergence africaine.

La seconde raison de la non-intégration est beaucoup plus prosaïque et « technique ». Pour qu'un espace économique intégré fonctionne, il faut, tout simplement, que les biens produits par les pays qui composent cet espace puissent être échangés. Or, dans le cas de l'Afrique-et cela est particulièrement flagrant en Afrique centrale- nous avons tendance à produire des matières première à très faible niveau de transformation, et à importer la plupart des produits manufacturés. En clair, nous n'avons rien ou presque à nous vendre entre nous, d'où le faible taux de commerce interrégional.

Industrialiser le continent, une solution à la fragmentation

Et c'est justement cette situation insupportable à laquelle il faut s'attaquer à travers un effort substantiel en faveur de l'industrialisation du continent, à un moment de l'histoire du monde où les opportunités offertes par la quatrième révolution industrielle permettent à l'Afrique de se positionner favorablement sur des secteurs qui lui étaient jusque là interdits du fait de  la sophistication technologique requise. En produisant plus de biens manufacturés, et en réduisant sa dépendance aux importations, l'Afrique construirait elle-même sa solution à la fragmentation en permettant aux pays membres des ensembles sous régionaux déjà existants de leur donner corps et de profiter pleinement de leurs dispositifs.  En même temps, une dynamique d'industrialisation permettrait de maximiser le dividende démographique tout en accroissant les recettes fiscales. En bref, l'Afrique peut entrer dans un cercle vertueux qui combinerait développement de son tissu productif et levée progressives des entraves qui bloquent l'intégration régionale. Reste, bien entendu, à trouver ceux qui pourraient faire preuve de leadership politique afin de  tourner la clé de contact de ces moteurs en panne.

Abdelmalek Alaoui

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