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Think-Tank - La Tribune Afrique

Optimisation de l'eau en Afrique, l'option du coeur et de la raison

Christophe Maquet*

Publié le 28 avril 2020 à 06:00 - Mis à jour le 28 avril 2020 à 10:58

Christophe Maquet, Directeur de la zone Afrique & Moyen-Orient du groupe Veolia

Christophe Maquet, Directeur de la zone Afrique & Moyen-Orient du groupe Veolia

Veolia/DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Au fil des siècles, les épidémies ont bouleversé nos vies, redessiné des pans entiers de la société, redéfini les relations humaines et changé l’histoire. Aujourd’hui le Covid-19 nous rappelle à quel point l’eau reste notre alliée la plus sûre pour se protéger contre la propagation du virus et éviter d’allonger encore la liste des 2,6 millions de personnes qui meurent chaque année des conséquences d’une eau insalubre.

Rappelons, que dès sa création, en 1853, Veolia a montré la voie en faisant de l'accès à l'eau potable un levier essentiel de santé publique et de qualité de vie. Visionnaires et pionniers, ses fondateurs répondaient ainsi à Louis Pasteur quand il évoquait déjà au milieu du 19ème siècle : "Nous buvons 80% de nos maladies !".

L'émoi causé par cette pandémie met encore en évidence l'importance vitale de l'accès à l'eau et l'hygiène, dix ans après la reconnaissance du droit humain à l'eau potable et à l'assainissement par les Nations Unies. En dépit des efforts de prospective et de prévention, l'impensable et l'imprévisible s'invitent dans nos vies, et il faut bien faire face, c'est à dire être résilient.

Plus que jamais, il y a urgence à irriguer l'Afrique et à alimenter ses villes en eau. Des solutions existent et il est possible de doter les pays du continent des infrastructures nécessaires lorsque certaines conditions sont réunies. Pour cela, nous devons dépasser la conception classique de l'aide, pour construire celle de l'investissement pour le développement. Le continent africain n'est pas un continent des coups, mais celui de la capacité à résister aux coups. Un engagement à long terme des différentes parties prenantes est la meilleure solution pour assurer sa résilience.

Face aux évènements atypiques, construire la résilience

Partenaire des acteurs publics et économiques de l'Afrique depuis plusieurs décennies, Veolia se retrouve aujourd'hui naturellement à leurs côtés face aux événements atypiques où les villes et pays se redécouvrent vulnérables et doivent renforcer leurs chaînes de fonctionnement afin de garantir la sécurité des citadins, notamment les plus démunis qui sont à la fois plus exposés et moins résilients à leurs impacts.

On pense en premier lieu aux stress hydriques, tant le continent y est exposé, mais aussi aux stress sanitaires, étroitement liés au déficit quasi généralisé d'assainissement qui favorise la propagation d'endémies, ou encore aux stress environnementaux, notamment ceux liés à l'absence de solutions efficaces de collecte et traitement des déchets, qu'ils soient municipaux, industriels ou dangereux.

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Autant de sujets sur lesquels on ne peut agir seul. Il faut rassembler de multiples savoir-faire pour conjurer les risques, d'où la nécessité d'intégrer toutes les parties prenantes, de nouer des partenariat élargis et de renforcer la cohésion sociale. Et de s'inscrire dans le temps long.

Ainsi, Veolia engage avec ses partenaires africains une relation de co-construction de solutions résilientes tournées vers le long-terme comme par exemple la réutilisation des eaux usées, le dessalement et la gestion rationnelle de l'offre et de la demande en eau, mais aussi la gestion responsable des déchets. Le tout avec une attention particulière portée à la dimension sociale de la résilience, tant il ne peut y avoir de modèle de développement durable qui ne soit socialement acceptable.

La gestion de l'eau au Niger, un exemple à suivre?

Il est intéressant de souligner l'exemple de la Société d'Exploitation des Eaux du Niger, filiale de Veolia, partenaire depuis près de vingt ans des autorités du pays , et qui ont su adopter un Programme Sectoriel Eau, Hygiène et Assainissement visant à assurer un accès universel et équitable à l'eau potable pour les populations à l'horizon 2030. Près de 4 millions de nigériens - un chiffre qui a été multiplié par 8 en 20 ans - reçoivent quotidiennement une eau potable de qualité, et ce dans 55 villes et villages répartis sur le territoire.

Devenue une référence dans la sous-région, l'eau du Niger est aujourd'hui une source d'inspiration pour de nombreux pays. Preuve que l'on peut faire un service d'eau adaptée au niveau de vie des populations : un m3 d'eau au Niger coûte 15 fois moins cher qu'en France, ce qui correspond à l'écart de niveau de vie entre ces deux pays.

L'autre priorité d'une Afrique qui va doubler sa population d'ici 2050 est celle de la tension sur l'utilisation de la ressource. Comment lutter contre un fort stress hydrique tout en répondant à l'explosion des usages liés à la croissance démographique et à l'urbanisation galopante ?

Cette croissance hors du commun pose d'énormes défis et la solution passe sans nul doute par le développement à grande échelle de la réutilisation des eaux usées en eau potable, eau de process pour les industries ou eau d'irrigation. Une réponse qui offre de nombreux avantages au plan économique et environnemental. Pas besoin d'aller chercher de l'eau de plus en plus loin et de l'acheminer coûteusement, cette technique éprouvée évite de puiser dans les ressources naturelles tout en réduisant significativement les rejets de polluants dans le milieu naturel.

Capitale de la Namibie, considérée comme le pays le plus aride d'Afrique australe, la ville de Windhoek recycle ses eaux usées en eau potable depuis 1968. Et depuis 2002, Veolia y a développé une usine aux technologies de pointe permettant de satisfaire 35% des besoins en eau potable de la commune et de son agglomération, alimentant près de 300 000 personnes.

Comment transformer contraintes hydriques en opportunités

L'exemple de Windhoek mérite d'être généralisé dans une Afrique qui transformerait ses contraintes hydriques en opportunités, montrant la voie à suivre en matière de solutions alternatives durables, performantes écologiquement et plus rentables économiquement, dans un paysage où chaque goutte d'eau compte !

Le digital, élément fondamental au maintien de la continuité des services essentiels, a  aussi  une carte à jouer pour avoir une Afrique résiliente. En s'appuyant sur l'expertise de groupes qui ont développé la transformation digitale dans leurs opérations en Afrique, les pays du continent pourront ainsi accélérer leur résilience.

Durant ces moments comme la pandémie liée au covid-19, tous les secteurs d'activités - Etats, institutions, entreprises, particuliers..- saisissent l'apport du numérique et comprennent que le recours au digital n'est pas uniquement de la théorie mais une pratique nécessaire.

Chez Veolia la transformation digitale va très au-delà d'un simple projet informatique. C'est un projet structurant à la fois managérial et opérationnel, qui fait évoluer nos méthodes de travail, nos technologies, nos business models. Elle nous permet de nous adapter aux nouveaux usages, d'améliorer la performance de nos activités et de trouver de nouveaux leviers de croissance pour l'avenir. A titre d'exemples, Redal et Amendis au Maroc ou la SEEN au Niger - filiales de Veolia - peuvent suivre les opérations en temps réel et à distance grâce à leur centre d'hypervision "Hubgrade", un outil conçu comme une véritable plateforme intégrée de pilotage. A la fois intelligent et digital, c'est l'outil le plus approprié pour piloter l'efficacité environnementale et apporter des synergies opérationnelles à toutes les activités eau, énergie et déchets.

C'est en accordant un soin particulier au mariage de deux facteurs essentiels : l'ingéniosité et le dévouement de ses ressources humaines, d'une part, et la puissance digitale, d'autre part, que Veolia entend jouer pleinement son rôle de partenaire de l'Afrique dans la délivrance de services essentiels résilients.

Les solutions d'économie circulaire sont à portée de main

En capacité de développer des solutions d'économie circulaire, le continent doit aussi attirer des créateurs de richesse et inclure les plus précaires et les plus pauvres, évitant ainsi des phénomènes de ghettos, d'insécurité, de conflits. Capable aussi d'anticiper les catastrophes naturelles qui peuvent la frapper - un fleuve qui déborde par exemple ou une sécheresse qui arrive...

Il nous faut à présent surmonter cette période pandémique et préparer un avenir plus résilient, plus inclusif, plus digital, plus durable. Le continent a les ressources pour sortir renforcé de cette crise, pour prendre le virage du co-développement. Il est urgent d'agir pour régler enfin le problème de l'accès à l'eau pour tous sur le continent, pour une Afrique plus sereine et plus prospère, un continent maître de son destin.

*Directeur de la zone Afrique & Moyen-Orient du groupe Veolia

Christophe Maquet*

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