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Pouvoir sportif et péril politique : le sportif africain à l'épreuve du développement du continent

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 30 janvier 2017 à 12:29 - Mis à jour le 31 janvier 2017 à 15:27

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A l'heure où la Coupe d'Afrique des Nations 2017 bat son plein au Gabon, quelle place occupe le sportif africain de haut niveau dans la sphère publique ? Qui est dans une meilleure position pour faire usage de sa notoriété afin de contribuer à l'amélioration du bien commun ?

Quiconque s'est rendu en Afrique au cours des dix dernières années connaît la place fondamentale qu'occupe le sport en matière de mobilisation -et de clivage- des opinions publiques. Gage de cette prépondérance, les acteurs politiques du continent ont souvent joué des coudes pour s'afficher aux côtés des sportifs de leurs pays, espérant qu'un peu de la gloire de ces dieux du stade moderne rejaillisse sur eux.

De surcroit, avec l'avènement globalisé du « Sport Business », le sportif d'origine africaine est devenu peu à peu un acteur central dans les conversations des réseaux sociaux. En combinant l'image du migrant « qui a réussi » à l'étranger à celle du demi-dieu aux qualités hors du commun, le sportif de haut niveau africain alimente la « machine à fantasmes digitale », remplaçant dans les imaginaires les héros de films d'action des années 80 dont les posters s'affichaient à l'époque dans les chambres des adolescents.

Mais que font les sportifs africains de ce pouvoir considérable ? De manière générale, le sportif africain de haut niveau, qu'il soit encore actif ou à la retraite, se fait discret et n'intervient quasiment pas dans la vie publique de son pays d'origine. Bien entendu, quelques uns s'engagent dans les politiques sportives nationales de leurs nations et intègrent les technostructures publiques qui les gèrent. On les retrouve alors comme entraineurs, cadres techniques, ou encore membres de fédérations. Mais hormis cette « zone de confort » très attendue, les gloires sportives africaines ne s'impliquent que marginalement dans le développement de leurs nations. En bref, après voir capté la lumière grâce au sport, ils répugnent souvent à poursuivre une vie publique qui sorte des sentiers battus. Ainsi, à l'exception de George Weah, qui a d'ores et déjà fait état de son intention de se présenter à l'élection présidentielle au Libéria en 2017, peu de sportifs franchissent le rubicond et ambitionnent de se consacrer à l'action publique.

Agent de transformation et de santé publique

Peut être faut-il voir dans cette frilosité une volonté de ne pas se retrouver en terrain miné ou un souci de ne pas voir leurs images instrumentalisées par des politiciens. Mais au delà de ces explications rationnelles, peut-être que le sportif africain n'a pas encore compris à quel point il peut jouer le rôle d'agent de transformation s'il venait à s'impliquer dans la vie publique.

En effet, qui mieux que le sportif incarne pour des centaines de millions de jeunes, l'espoir que se mette enfin en branle un ascenseur social intercontinental ? Qui est dans une meilleure position pour faire usage de sa notoriété afin contribuer à l'amélioration du bien commun ?

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En effet, à l'heure ou la notoriété -notamment numérique- est devenue un avantage stratégique essentiel pour pouvoir mobiliser les opinions, le sportif africain est en capacité d'utiliser sa popularité pour participer à la cristallisation de ces opinions sur des sujets transversaux et porteurs d'avenir.

Parmi ces derniers, l'on note notamment la question fondamentale de la nutrition et de l'activité physique, peu mise en lumière par les gouvernements du continent, alors même qu'elle représente un enjeu de santé publique prépondérant. En effet, avec la globalisation, le consommateur africain subit une « double peine ». Ses achats alimentaires se concentrent en priorité sur les denrées à très forte densité calorique et à coût réduit, comme l'a illustré avec talent l'économiste Esther Duflo dans ses travaux sur l'économie de la pauvreté. Résultat : une jeunesse africaine de plus en plus obèse, de moins en moins affutée, et de plus en plus « accro » à des aliments issus d'une chaîne de valeur mondialisée qui fait la part belle aux additifs et autres conservateurs. Combinée au manque d'installations sportives sur le continent, cette explosion de la « malbouffe » constitue un cocktail explosif qui ruine la jeunesse africaine et l'entrave dans sa participation au développement du continent.

Bénéfices d'image et amélioration des finances publiques

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Or, disons-le sans fards, la participation au combat en faveur d'une nutrition de qualité et d'une politique globale de promotion du sport ne peut se faire sans que les acteurs politiques n'y voient également une opportunité d'y trouver un bénéfice, fusse-t-il d'image. Dans cette configuration, la question de la redistribution de la « prime » en matière de relations publique peut devenir un sujet, mais elle doit être examinée à l'aune des résultats positifs multiples qu'elle peut engendrer. En combattant la « malbouffe » et en poussant la jeunesse africaine à pratiquer une activité sportive, les finances publiques des nations africaines, et notamment les systèmes d'assurance santé seraient impactées de manière positive en réduisant les dépenses inhérentes aux prises en charge des maladies cardio-vasculaires. Mais le bénéfice ultime est d'ordre immatériel : la pratique du sport à grande échelle par les citoyens d'un pays permet de changer les mentalités, de promouvoir l'entreprenariat, et d'instiller des valeurs d'effort et de discipline, ce qu'aucune autre pratique ne permet. A l'instar du « Manger Bouger » mis en place par la France, l'heure est venue pour les sportifs du continent de se substituer à des états encore trop focalisés sur des sujets de court terme pour leur montrer les enjeux d'avenir, ceux qui permettront aux africains d'être en meilleur santé et d'être mieux armés face à la mondialisation.

Abdelmalek Alaoui

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