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Reckya Madougou : «Le Togo a engagé une démarche inclusive pour élaborer son programme de développement»

Sylvain Vidzraku

Publié le 18 juin 2019 à 16:33 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:31

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Le Quotidien Numérique

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Les travaux du premier Forum économique Togo-UE ont pris fin vendredi dernier à Lomé : un millier de participants, 141 projets retenus sur 400 soumis pour un montant global de 852 milliards de francs CFA, soit environ 1,3 milliard d'euros. Des chiffres qui surprennent d'autant que le pays sort d'une crise sociopolitique sans précédent. Ancienne Garde des Sceaux et actuelle conseillère spéciale avec rang de ministre, Reckya Madougou, une des chevilles ouvrières aussi bien du Plan national de développement (PND), nous livre ses premières impressions sur les enjeux de cet important forum.

La Tribune Afrique : Quelles sont vos premières impressions après la clôture, vendredi dernier à Lomé, des travaux du premier Forum économique Togo-UE ?

Reckya Madougou : Ce ne peut qu'être un bilan de satisfaction. La salle où se sont déroulés les travaux du forum était comble pendant les deux jours. Le chef de l'Etat lui-même était présent pendant les plénières ; et surtout l'échange que le gouvernement togolais a souhaité établir entre l'Union européenne (UE) et le secteur privé togolais a été fructueux pour l'ensemble des parties prenantes au forum. Les rencontres de networking se sont formidablement bien déroulées avec une grande disponibilité du gouvernement togolais.

Nous avons eu par ailleurs l'opportunité d'assister à des interventions d'experts de haut niveau issus d'horizons divers et de champ de compétences complémentaires, on peut attester donc et sans risquer de se tromper que ce forum a été mutuellement bénéfique à plus du titre. Même si vous disposez du meilleur plan, quand vous voulez aller sur les marchés financiers ou internationaux, il est important d'avoir à vos côtés des partenaires qui comprennent votre vision, qui y adhèrent et qui apportent leur touche. Ensuite il vous revient de capitaliser autour de leur caution morale.

Vous avez relevé un aspect dans vos diverses interventions lors du Forum pour justifier la stratégie actuelle : le changement de paradigme dans les actions du gouvernement. De quoi est-il question exactement ?

Pour comprendre le changement de paradigme, il faut le voir comme ceci : le chef de l'Etat a fait le constat selon lequel le Togo, comme la plupart des pays africains du fait de multiples priorités de développement, se retrouve engagé dans différents projets. Or les ressources sont toujours limitées. Il faut alors hiérarchiser les priorités. Et c'est cette priorisation des besoins, la manière de les dresser qui a fondé le changement de paradigme. Partant donc d'un diagnostic et des atouts du Togo, la problématique qui se posait était de définir les axes prioritaires sur lesquels le Togo allait s'ancrer rapidement pour accélérer sa croissance ? C'est le cas de l'agriculture et l'agrobusiness ainsi que les pôles de transformation minière ; l'axe hub logistique, et enfin l'axe fondamental et transversal du renforcement du développement social et de la promotion des mécanismes d'inclusion. Le gouvernement a compris que la croissance reste importante ; mais une croissance qui ne nourrit pas son homme n'a pas d'effet sur la population. Alors ce troisième axe signifie que cette croissance ne peut être produite que par des ressources humaines bien éduquées, bien formées et bien portante.

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Par ailleurs, le défi d'une meilleure redistribution des fruits de la croissance constitue l'un des piliers essentiels du changement de paradigme, lequel peut donc de façon concrète affecter positivement la vie des Togolais.

Le PND a été au cœur de ce rendez-vous avec l'Europe. Peut-on dire que ce forum a été l'occasion de mobiliser les investisseurs pour boucler son financement ?

Le Togo a engagé une démarche inclusive pour élaborer son PND. Inclusive parce qu'elle a associé le gouvernement, les institutions étatiques, les citoyens, les partenaires techniques et financiers, et de façon large, la communauté internationale. Il était important de dérouler cette démarche participative qui en amont déjà fait interagir différentes catégories cibles, et en aval facilite la mobilisation de ressources. Celle-ci se fait à travers les road-show et un lobbying économique et financier.

Par exemple, nous étions à Londres dans le cadre de l'Annual Debate où nous avons vendu le port en eau profonde de Lomé et les réformes économiques qui améliorent le climat des affaires dans le pays, etc. Quoi de mieux pour les investisseurs que de venir le constater à Lomé, de rencontrer directement les acteurs de l'attractivité de l'économie togolaise ? C'est sous cet angle qu'il faut voir cet important rendez-vous Togo-UE.

Vous avez également évoqué un leadership fécond du chef de l'Etat qui accompagne le changement de paradigme, mais surtout le PND. A quoi voit-on cela ?

Il n'y a aucune politique économique qui soit susceptible de produire des résultats qualitatifs sans un leadership présidentiel volontariste, gouvernemental visionnaire et fort. Et je reviens sur la question des investisseurs à juste titre. Quand un investisseur étranger par exemple va dans un pays, il a l'habitude de faire face à de nombreuses difficultés, ce que j'appelle «le parcours du combattant investisseur». Parfois, ne serait-ce que pour avoir une information, il ne sait vers qui se diriger ; il ne sait pas à quelle porte frapper ou même il n'est certain que lorsqu'il frappera, il aura réponse à sa demande. Mais quand vous êtes en présence d'un leadership efficace des dirigeants, les mécanismes sont mis en place pour y pallier. Pour l'exemple, des investisseurs lors du road-show de Londres sont venus témoigner que même sans avoir vu le chef de l'Etat -je ne dis pas que c'est le cas tous les jours- ils ont pu mener à bien leurs démarches au Togo, et d'autres sont venus remercier le président, disant que grâce à son intervention, les goulots d'étranglement ont été vite dénoués.

Ce qui fait la différence entre plusieurs pays lorsque nous parlons de leadership gouvernemental, c'est la capacité que déploient certains gouvernements grâce à des instruments mis en place et grâce à la vision de leur leader, pour accompagner les investisseurs à surmonter les écueils afin qu'ils ne se découragent pas et plient bagage comme cela est légion hélas dans certains pays du Continent ! Le Togo avait déjà connu des situations pareilles dans le passé. Mais aujourd'hui, les mécanismes sont mis en place pour un accueil diligent de l'investisseur potentiel à travers des réformes et des structures dédiées, des «one stop shop» pour réduire notamment les tracasseries administratives. D'ailleurs je peux en citer quelques-uns. une Delivry Unit et la Cellule Climat des affaires, toutes deux rattachées à la présidence de la République ; le Centre de formalités des entreprises qui est un guichet unique et permet de créer une entreprise en 24 heures seulement ; le nouveau code des investissements qui vient d'être voté, etc. Comme l'atteste le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale, le Togo figure au club fermé des 10 pays meilleurs réformateurs en Afrique. C'est indispensable qu'un investisseur ait les bonnes oreilles et l'écoute des dirigeants.

Que représente le PND en termes de crédibilité quand on sait que d'autres programmes ou plans antérieurs n'avaient pas réellement abouti ?

Déjà je ne serais pas d'accord avec vous parce que si comme vous le mentionnez d'autres programmes ou plans n'avaient pas abouti, je ne pense pas qu'il y aurait des acquis et des atouts dont le Togo s'honorerait aujourd'hui et sur lesquels le pays pourrait bâtir son avenir. On peut trouver des choses à redire sur le passé, mais on peut aussi en tirer des leçons et même des fondements pour mieux construire pour l'avenir. J'expliquais tantôt que la démarche qui a été mise en place par le chef de l'Etat pour le PND, c'est de commencer d'abord par le diagnostic, un état des lieux sans complaisance. A juste titre, le premier chapitre du PND s'y consacre avec de forts détails. Il fait le bilan des différents programmes qui ont été mis en place en termes de prospective, de planification économique pour le Togo, tel que la SCAPE. Puis s'en inspire dans une dynamique de changement de paradigme en tirant leçons du passé. Ainsi est né le PND 2018-2022.

A court terme, quels sont les projets que le gouvernement compte mettre en œuvre dans le cadre du PND avant 2020 ?

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Ce qui est intéressant dans le PND, c'est qu'il est accompagné de projets prioritaires pour justement donner une idée très claire aux investisseurs potentiels sur ce vers quoi nous voulons tendre assez vite. Et au titre de ces projets prioritaires, je peux vous citer le projet de la dizaine d'agropoles qui seront implantés sur l'ensemble du pays. Ces agropoles vont contribuer à la création de la croissance dans le secteur agricole et l'agrobusiness, laquelle croissance va renforcer la résilience de l'économie en général. Un autre projet essentiel, c'est celui des parcs industriels. Il est prioritaire dans le PND puisqu'il permettra la création de milliers d'emplois, parce que c'est de la transformation. Ce sont des projets créateurs de valeur ajoutée et donc de richesse. Un autre projet phare dont je ne manquerai de parler dans le PND, c'est celui de la digitalisation de l'économie à travers la numérisation du port de Lomé, véritable poumon de l'économie togolaise. Au total, une dizaine de projets prioritaires émanant des trois axes méritent le détour avec comme cible un taux de croissance de 7,6% en 2022, une réduction de la pauvreté en milieu rural de 55% à 27% et surtout au moins 500 000 emplois décents et durables à générer.

Propos recueillis par Sylvain Vidzraku

Sylvain Vidzraku

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