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Elisabeth Medou Badang : « La clé du leadership ne se trouve pas nécessairement dans les régions anglophones »

Marie-France Réveillard

Publié le 20 novembre 2019 à 12:12 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:46

Elisabeth Medou Badang, directrice de Zone et porte-parole d'Orange Afrique et Moyen-Orient.

Elisabeth Medou Badang, directrice de Zone et porte-parole d'Orange Afrique et Moyen-Orient.

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A l'occasion de la cérémonie des Trophées du Développement International organisée par BearingPoint et ses partenaires, HEC Paris, La Tribune Afrique et le CIAN, et qui s'est tenue ce 19 novembre à Paris, le groupe Orange a été récompensé pour l'ensemble de son développement en Afrique depuis 10 ans. Elisabeth Medou Badang, directrice de Zone et porte-parole d'Orange Afrique et Moyen-Orient, revient sur les clés d'un succès fulgurant.

La Tribune Afrique - Aujourd'hui, un habitant sur 10 dans en Afrique et au Moyen-Orient est client d'Orange. Comment expliquez-vous un tel succès ?

Elisabeth Medou Badang - Si 125 millions de clients nous font confiance, c'est grâce à la stratégie mise en place pour répondre aux attentes de nos clients que nous structurons autour de trois piliers principaux. Premièrement, nous nous assurons de la qualité de la connectivité et de sa couverture dans les endroits où nous sommes présents, pour favoriser l'inclusion numérique. Ensuite, nous déployons un effort particulier pour favoriser l'accès aux téléphones et aux Smartphones de qualité. Nous avons d'ailleurs lancé cette année, un téléphone au prix de 20 dollars, avec forfait Internet inclus. Nous allons bientôt commercialiser un nouveau téléphone, compatible avec la 4G que nous avons implantée dans 17 pays. Enfin, nous avons initié plusieurs services pour faciliter les usages de nos clients.

Le plus retentissant de ces usages n'est-il pas Orange Money, présent dans 17 pays africains et qui comptabilise 40 millions de clients ?

Effectivement, il permet de soutenir l'inclusion financière. Aujourd'hui, le taux de bancarisation est de l'ordre de 20 % sur le continent, mais 1 Africain sur 2 dispose d'un téléphone portable.

Nous faisons évoluer notre proposition de valeur régulièrement et dans certains pays aujourd'hui, nous proposons des solutions de microcrédits avec des options d'évaluation du risque-client qui sont tout aussi efficaces que les procédés traditionnels. Statistiquement, l'accès au crédit des femmes est inférieur à celui des hommes aussi, avec ce procédé, les barrières traditionnelles que rencontrent les femmes sont levées.

Vous avez également obtenu une licence qui vous permettra bientôt d'ouvrir une banque en Afrique de l'Ouest dans la zone UEMOA, Orange Bank...

Cette banque devrait voir le jour en 2020 et elle a vocation d'ouvrir des filiales dans toute cette région monétaire.

Outre la téléphonie et le paiement mobile, de quelle façon se décline votre offre de services dans les secteurs-clés sur le continent ?

Actuellement, 1 Africain sur 3 a accès à l'électricité et dans certains pays, ce ne sont pas plus de 10 % de la population. Aussi, l'accès à l'électricité est très un défi très important pour nous. C'est pourquoi nous avons lancé Orange Energie en République démocratique du Congo en décembre 2017, puis à Madagascar, au Burkina Faso, au Sénégal, au Mali et en Côte d'Ivoire en 2018.

L'objectif est de procurer un accès à l'énergie solaire, grâce à des systèmes off-grid, dans les zones où l'électricité est défaillante ou insuffisante.

Nous sommes également actifs dans l'agriculture qui reste une activité dominante en Afrique. Nous dispensons des conseils aux agriculteurs via des services mobiles qui permettent d'augmenter leurs revenus de 10 % à 30 % en moyenne. Nous sommes également impliqués au niveau de l'éducation et de la santé, car l'idée est de développer globalement l'accès aux services essentiels.

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Dans quelles mesures soutenez-vous la formation et l'entrepreneuriat en Afrique ?

Nous avons créé plusieurs concours pour identifier les meilleurs projets et les accompagner, comme le Prix Orange de l'entrepreneur social qui existe depuis 9 ans. 95% des projets récompensés sont encore en activité depuis la création de ce prix. Nous disposons aussi d'un certain nombre d'accélérateurs, appelés Orange Fab et des FabLab qui permettent aux clients de transformer leurs idées en prototypes. Enfin, nous participons à plusieurs incubateurs et nous sommes pourvus d'un fonds d'investissement doté de 50M€ (Orange Digital Ventures) pour financer les startups africains.

Le dernier chapitre de votre engagement pour l'inclusion digitale en Afrique a été récemment lancé derrière un nouveau concept, l'Orange Digital Center. De quoi s'agit-il ?

C'est un concept qui regroupe toutes les initiatives liées à l'innovation, qui a été lancé dernièrement en Tunisie et au Sénégal et que nous voulons développer dans tous les pays où nous sommes présents d'ici 2021. Ces centres regroupent les FabLab, les Orange Fab, les antennes d'Orange Digital Ventures mais également une école de code gratuite pour ouvrir à tous la possibilité de se former en la matière.

Orange est actuellement le 3e opérateur du continent et leader dans 7 pays, avec 121 millions d'utilisateurs, derrière Vodacom (5,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 130 millions d'abonnés) et MTN (8, 3 milliards d'euros et 233 millions d'abonnés). La clé pour du leadership se trouve-t-elle dans les pays anglophones ?

Il est vrai que ce sont les pays les plus peuplés, mais la clé du leadership ne se trouve pas nécessairement dans les régions anglophones. La RDC n'est pas anglophone, mais elle est l'un des pays les plus peuplés d'Afrique et le taux de pénétration de la téléphonie est assez faible. D'ailleurs, nous nous y développons plutôt bien.

Nous cherchons à renforcer nos positions là où nous sommes implantés, mais nous avons également réalisé un certain nombre d'opérations, d'acquisitions voire de consolidations de marchés dans un certain nombre de pays, avec succès. C'est notamment le cas au Libéria ou en Sierra-Léone. Nous sommes attentifs aux opportunités, car l'Afrique est stratégique pour le groupe, de manière générale.

Avec 7,6 % de croissance dans la zone EMEA, 12,6 % de votre chiffre d'affaires réalisé en Afrique, le continent compense votre baisse relative sur les marchés européens où la guerre des prix fait rage...

Nous ne sommes pas complètement en perte de vitesse en Europe qui reste une priorité. La dynamique des télécoms en Europe est très différente de ce qu'il se passe en Afrique et les conditions de marché ne sont pas aussi favorables qu'elles étaient il y a quelques années. Cela étant, il est vrai que l'Afrique représente une région particulièrement stratégique pour le groupe Orange.

Ce 19 novembre, vous avez reçu le Grand Prix de BearingPoint lors de la cérémonie des Trophées du développement international pour vos actions en Afrique sur les 10 dernières années. Quelles ont été les principales étapes de ce succès ?

Le mobile money, c'est évident. Au-delà du nombre de clients, ce sont aussi des milliers d'emplois créés [900 000 revendeurs Orange en Afrique, ndlr]. L'amélioration du taux de pénétration dans les pays africains où nous sommes présents est également un vrai succès. Le taux d'utilisation d'Internet a connu un développement fulgurant sur les 10 dernières années grâce en particulier au développement des technologies 3G et 4G. Le développement du haut débit mobile a accompagné le leapfrog technologique.

Parallèlement, nous avons eu un certain impact en termes de développement humain sur le continent. Nous avons mené une étude l'année dernière, montrant que notre impact socio-économique a été très significatif dans plusieurs pays d'Afrique.

Vous investissez chaque année 1 milliard d'euros dans la région EMEA pour accompagner la transformation digitale. La 4G est disponible dans 15 pays et enregistre 16,7 millions de clients fin 2018. Pourtant il reste de nombreuses zones blanches. Comment y remédier ?

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Globalement, notre réseau propose une couverture optimale même si la couverture rurale demeure un enjeu important au niveau du continent. Nous impulsons des initiatives auprès de différents acteurs afin de trouver les modèles les plus pertinents. On encourage le partage de réseau par exemple. Aucun acteur seul ne peut assurer la couverture globale des zones rurales qui est pour nous un enjeu central d'inclusion numérique.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

Marie-France Réveillard

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