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Sanou Dakono : « Pour la génération d'électricité par GNL au Sénégal, l'étude d'impact environnemental a atteint ses objectifs »

Maimouna Dia

Publié le 28 février 2020 à 10:30 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:49

Sanou Dakono

Sanou Dakono

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Le Quotidien Numérique

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En octobre 2019, le Karpowership turc « Aysegul Sultana » avait accosté au Port autonome de Dakar. C’est le lancement au Sénégal de la phase pilote de la centrale flottante génératrice d’énergie à base de fuel, puis de GNL. Le projet qui devrait couvrir 15% de la demande d’électricité sénégalaise n’est pas sans impact environnemental. Sanou Dakono, juriste environnementaliste et expert en évaluation environnementale, nous explique les risques appréhendés et les solutions proposées dans l’étude d’impact...

La Tribune Afrique - Le Sénégal avait annoncé en septembre 2019 un projet de génération d'électricité à partir du GNL, via une centrale flottante du navire de la société turque Karpower. Comment fonctionnera cette infrastructure de génération d'électricité ?

Sanou Dakono - C'est un projet commandité par la société nationale d'électricité, la Senelec, qui permet à termes d'injecter 125 mégawatts dans le réseau national d'électricité sénégalais, à travers la centrale de Bel-Air. Il contribue ainsi au renforcement des capacités de production d'énergie du pays où la demande est constamment en hausse. Sur le plan environnemental, une étude d'impact environnemental et social a été réalisée. Le comité technique s'est réuni au début du mois de septembre 2019 et a procédé à la pré-validation technique du rapport. A la suite de cela, une audience publique de validation s'est tenue dans la commune Hann Bel -Air qui est la localité la plus proche du Port de Dakar.

La procédure de l'audience publique est une obligation consacrée par la loi 2001-01 du 15 janvier 2001 portant code de l'environnement, en son article L52 et réglementée par l'Arrêté n°9468 du 28 novembre 2001 portant participation du Public à l'étude d'impact environnemental. En quoi consiste cette audience publique dans ce projet et plus globalement pour tout projet ?

L'audience publique est une partie intégrante de la procédure de validation de l'étude d'impact environnemental. C'est une réunion ouverte au public, sans restriction aucune, organisée dans la commune abritant le projet. Pour ce faire, des affichages sont faits au préalable pour communiquer l'événement, d'abord au niveau des mairies et ensuite par des communiqués au niveau des médias pertinents, en donnant la date et le lieu de l'audience ainsi que le nom du projet. De sorte que, toute personne de la zone, intéressée par le projet, puisse avoir l'information requise sur le contenu, et qu'elle puisse exprimer ses préoccupations et échanger directement avec les porteurs du projet, à l'instar de la Senelec. Cela permet de mieux assurer la prise en charge de leurs préoccupations en termes de contribution sociale pour atténuer certains impacts et garantir ainsi l'acceptabilité sociale du projet.

Seule la commune de Bel-Air est concernée ?

Le projet est situé au niveau du Mole 4 du port autonome de Dakar. C'est à l'intérieur du port, à environ 2 ou 3 km. Il concerne la commune de Bel-Air du point de vue administratif. Mais tous les Sénégalais ont eu la possibilité d'y prendre part même si l'audience est tenue au niveau de ladite commune. Elle est ouverte et non restrictive.

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Dans sa communication, la société turque Karpower avait annoncé la date d'octobre 2019 pour le démarrage du projet, alors que l'étude d'impact environnementale n'était pas encore bouclée. Le démarrage peut-il précédé cette dernière ?

L'étude d'impact environnemental précède la mise en œuvre du projet. On parle d'évaluation environnementale préalable. Donc il faut comprendre que la phase de production n'avait pas encore démarrée même si la barge était amarrée au large. Nous en étions à l'étape de l'étude de faisabilité technique et environnementale du projet. Le démarrage de la première phase de production a été effectif après la validation du rapport d'étude d'impact par le comité technique interministériel. Le projet en tant que tel est une centrale à barge qui fonctionne en dual (fioul et gaz). Elle devrait fonctionner dans sa première phase au fuel lourd durant les 6 premiers mois après le démarrage. Ensuite, le fuel sera remplacé par le gaz naturel liquéfié.

Quels sont, selon vous, les risques liés à ce type de projet ?

Tous types de projets comportent des risques, d'où l'intérêt d'avoir exigé la réalisation préalable de l'étude d'impact environnemental qui a permis de bien appréhender toutes les sources d'impacts et de risques associés aux différentes phases du projet et proposer les mesures environnementales, sociales et sécuritaires les plus pertinentes. Ainsi, en phase implantation de la barge, les principales sources d'impact identifiées constituent les opérations de ravitaillement du site en matériaux et matériels pour la construction du pylône et l'installation de la ligne souterraine qui pouvaient contribuer au ralentissement de la fluidité du trafic (dans le port et sur l'avenue Félix Eboué), occasionner les embouteillages, occasionner des accidents de circulation, gêner les activités socio-économiques (manutention dans le port) et perturber la mobilité des populations. Ce qui a justifié la prescription d'un plan de circulation avec des limitations de vitesse et d'autres mesures d'atténuation pour éviter d'éventuels risques de pollution marine compte tenu de la zone d'ancrage de la centrale.

La centrale sera alimentée au début par du fuel lourd, qui sera ensuite remplacé par du gaz naturel. Sur le plan environnemental, qu'est-ce que cela implique ?

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Maintenant, en ce qui concerne la phase d'exploitation ou de mise en service, les six premiers mois de fonctionnement seront assurés par du fuel lourd, occasionnant une forte pollution, avec des émissions massives de gaz à effet de serre dont les conséquences sur la santé et sur les changements climatiques ne sont plus à démontrer. C'est donc l'un des principaux impacts majeurs qui a été noté, nécessitant la mise en place de dispositifs de filtrage des rejets au niveau des cheminées pour réduire, à des seuils acceptables, les émissions émanant de ce procédé de production d'électricité. En dehors de cela, nous avons juste les risques génériques inhérents à tous types de projets de ce genre et qui sont maîtrisables grâce à des mesures d'atténuation et par le port d'équipements de protection individuelle appropriés. Toutes ces mesures sont bien prises en compte dans le plan de gestion environnementale et sociale détaillé dans l'étude d'impact. L'élément qui revient le plus souvent est le risque appréhendé dans l'approvisionnement en combustibles. Effectivement c'est une étape assez sensible, qui justifie, d'ailleurs la prescription d'un ensemble de procédures et de mesures sécuritaires appropriées pour éviter les incendies ou la pollution par déversement d'hydrocarbures. Dans un premier temps, comme c'est au fuel lourd, le ravitaillement se fera via un navire qui alimente mensuellement la centrale. Par la suite, pour son fonctionnement au gaz, un méthanier et une unité de liquéfaction de gaz sont prévus, en dehors des emprises du port. Il sera établi des connexions par un réseau de gazoducs, reliant l'unité GNL à la centrale à barge sur une distance de 4 km. Elles seront enterrées et protégées de sorte à éviter une potentielle fuite de gaz ou tout autre incident. Et il est important de signaler qu'une autre étude d'impact complémentaire est en cours de réalisation pour prendre en charge toutes les nouvelles composantes inhérentes au fonctionnement par le gaz.

Propos recueillis par Maimouna DIA

Maimouna Dia

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