Sira Sylla: « La bi-bancarisation accélère l'inclusion financière des Africains dans leur pays d'accueil »
Marie-France Réveillard
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
S. Sylla
Marie-France Réveillard
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
S. Sylla
La Tribune Afrique - C'est dans un contexte de pandémie mondiale que vous avez appelé à défiscaliser les transferts d'argent des migrants et des diasporas. Quels ont été les impacts de la Covid-19 sur ces transferts?
Sira Sylla - Les membres des diasporas -étrangers ou Français d'origines étrangères- ont été durement impactés par la crise sanitaire de la Covid-19. Certains d'entre eux ont été dépourvus d'activité professionnelle. Cela s'est traduit par une baisse de leurs revenus qui s'est répercutée sur le montant de leurs transferts financiers vers l'Afrique. Ces fonds représentent l'équivalent de 2 fois le montant de l'aide publique au développement [APD, ndlr]. Cet argent permet d'assurer le quotidien des populations et contribue à hauteur de 20 % au développement local. Nous demandons donc une défiscalisation temporaire des transferts financiers des migrants et le renforcement de la bi-bancarisation entre la France et l'Afrique, sur le long terme.
De quelle manière le coût de cette initiative serait-il supporté?
Cette mesure serait financée par l'Etat français. N'oublions pas que de nombreux travailleurs d'origines étrangères ont été mobilisés pendant le confinement, que ce soient des personnels soignants comme le premier médecin d'origine malgache à succomber au Coronavirus, des éboueurs ou des caissières. Cette mesure serait donc à la fois une forme de reconnaissance de la France pour leur contribution essentielle pendant la crise sanitaire, mais surtout un véritable outil d'appui au développement.
Que vous a répondu Bruno Le Maire à la lettre envoyée le 23 avril dernier pour demander la défiscalisation des transferts d'argent et le renforcement de la bi-bancarisation?
À lire également
Nous n'avons pas encore reçu de réponse de Bruno Le Maire. J'ai eu deux entretiens téléphoniques avec son cabinet puis un rendez-vous avec un responsable du Trésor, suivi le 10 juin dernier, d'une autre réunion avec le Trésor et le bureau D1 de la législation fiscale. Concernant la défiscalisation, on ne m'a opposé que des arguments négatifs, tels que le principe d'égalité devant l'impôt, le risque de contagion à d'autres formes de frais personnels, la « problématique » conservation des justificatifs, etc. On a également indexé le fait que le crédit d'impôt maintiendrait des prix anormalement élevés et que cela représenterait un appel d'air pour augmenter les commissions... Je vais donc déposer un amendement relatif au projet de loi de finances rectificative dans les jours à venir.
Marie-France Réveillard