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Dr Paulin Basinga: «L’accès aux vaccins a été l’une de nos priorités dès le début de la pandémie»

Marie-France Réveillard

Publié le 16 février 2021 à 14:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:43

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Le 27 janvier, la Fondation Bill & Melinda Gates publiait sa lettre annuelle, « L'année où la santé mondiale est devenue locale ». Selon Dr Paulin Basinga, directeur Santé Afrique de la Fondation, l'année 2020 marquée par la pandémie de la Covid-19, fut avant tout, celle des prouesses médicales. 2021 sera-t-elle celle de la résilience médicale ?

La Tribune Afrique - Depuis plusieurs années, la fondation prévenait des risques d'une pandémie. En quoi avez-vous été surpris par la Covid-19 ?

Dr Paulin Basinga - Effectivement, cela fait maintenant des années que la Fondation Bill & Melinda Gates ainsi qu'un certain nombre de nos partenaires, tiraient la sonnette d'alarme, afin que le monde se prépare à une potentielle pandémie. Nous n'avons donc pas été vraiment surpris par l'arrivée de la Covid-19, mais nous avons été pris au dépourvu face à la rapidité de sa propagation et à ses impacts économiques et sociaux. Nous sommes mobilisés pour faire y face, en tirant toutes les leçons possibles pour prévenir d'une prochaine pandémie.

La Lettre annuelle de la Fondation Bill & Melinda Gates, vous citez Winston Churchill à l'automne 1942, après une victoire militaire considérée comme un tournant de la guerre. « Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais, c'est peut-être la fin du commencement. » Où en est-on avec la Covid-19 : est-ce le début de la fin ?

Ces trois dernières semaines, le nombre global de cas positifs à la Covid-19 a baissé, ce qui est déjà un bon signe, en dépit de la seconde vague. Par ailleurs, les premiers vaccins commencent à être distribués à travers le monde et leur nombre dépasse le nombre de cas. Notre inquiétude repose sur l'accès à ces vaccins qui sont inégalement distribués aujourd'hui. Les pays en voie de développement en particulier, rencontrent les plus grandes difficultés à se les procurer pourtant, de leur accès dépendra la fin de la pandémie.

Les groupes pharmaceutiques produisant des vaccins contre la Covid-19 se comptent sur les doigts d'une main. En décembre, OXFAM estimait que seul 1 habitant sur 10 dans 70 pays pauvres pouvait, être vacciné « alors qu'à l'opposé les pays riches ont acheté assez de doses pour vacciner l'ensemble de leur population près de trois fois avant la fin 2021 ». Quel rôle joue la fondation Gates dans l'accès de l'Afrique aux vaccins ?

L'accès aux vaccins a représenté l'une de nos priorités dès le début de la pandémie. Nous avons travaillé avec de nombreux partenaires comme GAVI [l'Alliance du Vaccin est une organisation internationale fondée en 2000  sous forme de partenariat public-privé pour accélérer les progrès des pays pauvres en matière d'accès des enfants à la vaccination. Elle réunit l'OMS, l'UNICEF, la Banque mondiale, l'Union africaine et de nombreux donateurs, ndlr]. Nous avons été l'un des principaux contributeurs du Covax-Facility [créée en septembre 2020 au sein de GAVI, pour l'achat groupé et la distribution équitable de futurs vaccins contre la Covid-19, ndlr] pour faire en sorte que les pays du sud puissent avoir accès aux vaccins et les acheter en bloc, dès qu'ils seraient disponibles.

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Pour première fois dans l'Histoire mondiale, avec la Covid-19, il n'aura fallu qu'un an pour trouver des vaccins après la découverte de la maladie. Ce n'est pas le fait du hasard, mais le fruit d'une mobilisation des entreprises pharmaceutiques et des organisations mondiales qui ont partagé leurs informations pour accélérer la recherche, mais aussi la production des vaccins. A ce jour, la fondation a identifié des entreprises en mesure de produire des vaccins pour les pays en développement et nous avons notamment travaillé avec l'Inde sur cette question.

La fondation Bill & Melinda Gates a investi 1,75 milliard de dollars dans la lutte contre la Covid-19. Comment ces fonds ont-ils été répartis ?

Effectivement, nous avons mis en place un fonds spécial pour la lutte contre la Covid-19 dès le début de la pandémie. Bien sûr, 1,75Mds USD, cela représente une somme importante, mais c'est loin d'être suffisant pour répondre à tous les défis posés par la pandémie donc nous avons du faire des choix stratégiques et catalytiques. Nous avons notamment cherché à accélérer l'innovation en matière médicale. Nous avons investi dans la pré-production [...] En tant que bailleurs de fonds, nous travaillons très étroitement avec l'Organisation mondiale de la Santé [la fondation est l'un des principaux contributeurs de l'OMS, nldr] ainsi qu'avec l'UNICEF, des universités africaines et des laboratoires de recherche.

En Afrique, nous avons collaboré avec les Africa CDC [les « Africa Centres for Disease Control and Prevention », ou les « Centres africains de contrôle et de prévention des maladies » sont des agences de santé publique de l'UA, ndlr]. Au début de la pandémie, seuls 2 ou 3 pays étaient en mesure de réaliser des tests Covid-19. Nous en avons accompagné plusieurs pour mettre en place des capacités nécessaires aux dépistages. Dans certains d'entre eux, où nous disposons de bureaux, comme en Afrique du Sud, en Ethiopie, au Nigeria, au Burkina Faso, au Kenya ou au Rwanda, nous avons été en relation régulière avec les gouvernements pour connaître leurs besoins. Ils demandaient souvent un appui en matière de coordination pour collecter les données.

Quelles leçons avez-vous tirées de l'épidémie d'Ebola pour affronter la Covid-19 ?

Ebola nous a permis d'apporter une réponse coordonnée et rapide face à la Covid-19. Ensuite, la participation communautaire a été décisive pour lutter contre la pandémie. Les réseaux d'agents de santé se sont organisés pour sensibiliser les populations locales. Les autorités religieuses ou traditionnelles ont également fait passer le message. La communication a été stratégique, en particulier au niveau des gouvernements qui ont vite compris qu'il s'agissait d'une crise à plusieurs niveaux, sanitaires, mais aussi économiques et sociaux, et que la réponse devait être adaptée à cette multitude de défis.

Par ailleurs, nous avons observé l'utilisation effective des Emergency Operation Center (EOC) dans plusieurs pays comme le Nigeria, le Sénégal ou le Burkina Faso. Cet espace permet aux acteurs de se retrouver et de mutualiser leurs données, pour prendre des décisions stratégiques et élaborer une réponse coordonnée. Nous avons été très impressionnés de voir de quelle manière les centres de santé se sont rapidement transformés pour répondre à l'urgence de la pandémie.

En Afrique, quel a été l'impact de la Covid-19 sur les autres pathologies en termes de prise en charge et de moyens déployés ?

L'Afrique a été moins épargnée que d'autres régions du monde jusqu'à présent en termes sanitaires, mais les impacts économiques de la crise sanitaires sont sévères. Les ressources attendues par les Etats sont réorientées vers l'urgence sanitaire du moment. Ensuite, l'utilisation des services de routine induits par les confinements et la peur de la Covid-19, a été très impactée. Au printemps dernier, nous avons constaté que de nombreuses femmes n'ont pas honoré leurs consultations prénatales, par exemple. Depuis que les personnels médicaux sont équipés de protections, les choses se sont peu à peu améliorées.

S'il y avait une seule chose à retenir de cette lettre annuelle laquelle serait-elle ?

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S'il y a une chose à retenir, c'est que le monde doit travailler ensemble pour affronter cette pandémie. Il faut une réponse inclusive qui s'attaque aux différents impacts sanitaires, économiques et sociaux de la Covid-19. Le monde doit s'organiser pour que chacun puisse être en capacité d'avoir accès aux vaccins, et notamment en Afrique. Nous en appelons à une collaboration globale. 2020 a été l'année d'une accélération scientifique exceptionnelle qui a permis de trouver des vaccins contre la Covid-19 et en 2021, nous allons faire en sorte que le succès de l'an passé se poursuive. La Fondation Bill & Melinda Gates continuera donc à lutter contre la Covid-19. Nous poursuivrons aussi nos efforts concernant d'autres défis comme la malnutrition, le VIH-Sida, la tuberculose, la malaria ou encore la mise en place de systèmes de santé. 2021 sera également l'année où il faudra tirer les leçons de la Covid-19 pour appréhender de nouvelles pandémies demain, car nous savons que nous devrons faire face à de nouvelles pandémies.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

Marie-France Réveillard

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