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Pedro Novo [Bpifrance]: « Nous voulons dérisquer la lecture du continent africain »

Marie-France Réveillard

Publié le 02 juin 2021 à 08:10 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:43

Pedro Novo

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Bpifrance

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Mercredi 2 juin, Bpifrance organise « Inspire & Connect » à l'Institut français d'Abidjan. Ce sommet qui réunit entrepreneurs français et africains, s'est fixé pour objectif de créer de nouvelles synergies, afin de renforcer la co-construction euro-africaine attendue par Emmanuel Macron dans le cadre d'un « new deal » affranchi des stigmates du passé...

La Tribune Afrique - Quelles sont les orientations actuelles de Bpifrance en Afrique ?

Pedro Novo, Directeur Exécutif Export de Bpifrance : L'internationalisation des TPE, PME, ETI, startups françaises, en particulier en Afrique où nous sommes présents depuis 20 ans, est aujourd'hui l'une de nos priorités. Bpifrance a déjà investi près de 150 millions d'euros dans des fonds d'investissements panafricains (notamment avec AfricInvest et le fonds Averroés) qui ont permis avec l'effet de levier de nourrir plus de 1,5 milliard d'euros de financements en fonds propres, dans plus de 150 PME et ETI africaines. En 2020, nous avons engagé, à travers l'ensemble de nos outils de financement, un peu plus de 200millions d'euros, malgré le contexte sanitaire (...) Nous portons l'accent sur l'accompagnement, la formation et l'accélération des entreprises. Nous avons d'ailleurs créé un Accélérateur consacré à l'Afrique qui regroupe 25 PME françaises. Nous disposons également depuis 5 ans, du crédit-export pour mettre l'Afrique à portée de contrats commerciaux des PME et TPE, et pour que le secteur privé africain puisse s'approprier davantage de ressources financières qui leur permettront demain, d'acquérir des équipements auprès d'opérateurs français.

Sur quels périmètres géographiques Bpifrance est-elle présente en Afrique ?

Nous avons 2 bureaux, le premier à Nairobi au Kenya et le second à Abidjan en Côte d'Ivoire. Nous ouvrirons 2 nouveaux bureaux d'ici la fin de l'année, à Casablanca au Maroc et à Dakar au Sénégal. Ils seront dirigés par Maël Mbaye à Casablanca et Christophe Plastre à Dakar, Arnaud Floris (actuellement à la tête du bureau Afrique de l'Ouest de Bpifrance) sera basé à Abidjan. La relation commerciale avec le secteur privé d'Afrique de l'Ouest est à approfondir et il existe toujours un contexte économique et culturel, particulièrement favorable aux entreprises françaises. Par ailleurs, nous avons choisi d'être présents au Kenya, car nous considérons que la France doit pouvoir déployer ses entreprises en dehors des pays francophones. Cela rejoint « le new deal » appelé de ses vœux par le président Emmanuel Macron, car s'il existe des entreprises françaises au Kenya et à l'Est du continent, elles sont encore trop peu nombreuses. Nous devons aussi nous développer dans d'autres pays, comme en Afrique du Sud, au Nigéria ou en Angola par exemple, pour mieux cerner les opportunités.

Sur quels leviers repose votre partenariat avec Business France sur le continent africain ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec Business France qui nous a permis de construire une double culture de l'accompagnement et du financement. Le déploiement de nos collaborateurs en Afrique, a suivi celui des équipes de Business France avec la Team France export (TFE) dans les bureaux de Bpifrance. Notre réussite repose sur ce partenariat qui combine l'expertise en financement à une ingénierie accessible aux PME et TPE. Aujourd'hui, nous portons en Afrique, ce partenariat très structuré qui existe déjà depuis 10 ans dans l'Hexagone.

Les entrepreneurs français restent frileux pour déployer leurs activités en Afrique. Quels sont les outils dont vous disposez contre la surestimation du risque ?

C'est une des grandes problématiques liées à l'entrepreneuriat en Afrique qui représente un continent multiple et complexe à travers ses 54 réalités différentes. Il n'est pas simple pour les entreprises françaises de savoir par où commencer et comment lutter contre les démons du doute. Il faut donc expliquer les réalités du business en Afrique et présenter les moyens et les garanties de financement existantes. Nous leur expliquons aussi que ne pas investir en Afrique est un risque en soi, car une entreprise incapable de se positionner sur un continent avec un tel potentiel de croissance passerait à côté d'opportunités considérables. C'est dans cette logique que nous avons d'ailleurs créé un Accélérateur qui, d'ici 3 ans, aura accompagné 150 PME et ETI françaises. La première promotion de dirigeants ayant intégré l'Accélérateur Afrique sera présentée à Abidjan le 2 juin et rassemblera 25 entreprises, tous secteurs d'activité confondus : hôtellerie, bâtiment, traitement de l'eau, énergie renouvelable, industries créatives et culturelles... Ces entreprises suivent un parcours de 18 mois et bénéficieront d'un plan stratégique personnalisé.

Le risque existe néanmoins, notamment sécuritaire au Sahel...

Nous sommes assez peu présents dans les pays du Sahel, pour le moment. Beaucoup d'entreprises considèrent que le risque est trop élevé pour y déployer des activités. Les industriels spécialisés dans l'extraction, l'industrie minière, dans la production d'énergie, la logistique, l'alimentation, continuent de fonctionner, mais dans des conditions de sécurité renforcée. Actuellement, nous sommes surtout présents en Côte d'Ivoire ou au Sénégal et dans les pays de la sous-région. Nous prévoyons un fort rebond économique au Nigéria, en Côte d'Ivoire et au Sénégal en particulier, où l'industrialisation sera l'enjeu principal post-Covid-19. La jeunesse, dont la densité va s'accélérer, ne trouvera pas systématiquement d'emploi dans l'administration ou même dans les grandes entreprises, c'est pourquoi l'entrepreneuriat est devenu une nécessité.

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Est-ce précisément cette volonté d'accompagner les entrepreneurs africains de demain qui est à l'origine d'Inspire & Connect, le sommet entrepreneurial du 2 juin à Abidjan ?

En partie, oui. Depuis 4 ans, la page africaine de Bpifrance est de plus en plus importante, notamment à travers notre sommet annuel BIG Inno Génération. L'année dernière, nous avons reçu une centaine d'entrepreneurs africains à Paris, avec en sus, le président du Kenya, Uhuru Kenyatta accueilli par le président Emmanuel Macron. Il y avait un énorme désir de rapprochement et d'ambitions partagées, entre les entrepreneurs africains et français. Cette année notre sommet BIG Inno Generation se tiendra le 7 octobre, simultanément au Sommet Afrique-France de Montpellier (7 au 9 octobre), qui a été décalé en raison de la pandémie de Covid-19 (...) Nous voulons dérisquer la lecture du continent africain, afin de faire comprendre la réalité des entrepreneurs et des enjeux du continent. Tant que l'on ne leur donnera pas la parole, on ne comprendra pas. C'est pourquoi nous avons organisé d'une part, le sommet d'Abidjan et que la 7e édition de BIG sera pour partie tournée vers l'Afrique.

En substance, que recouvre cette première édition d'Inspire & Connect ?

Il s'agit d'un moment où des entrepreneurs s'inspirent des interventions des uns et des autres, à travers des débats, sur un plateau télévisé, dans le corner de l'innovation ou en écoutant les keynotes et les panels proposés, dans la matinée. Une trentaine d'ateliers se tient l'après-midi. Cinq panels s'intéressent aux French Tech (écosystème des startups françaises), French Fab: (industriels en mouvement), French Touch (acteurs des industries culturelles et créatives) et au Climat. Inspire & Connect attend près de 500 participants à l'Institut français. Nous recevrons le Premier ministre ivoirien, Patrick Achi. Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, accueillera Franck Riester, le ministre du Commerce extérieur et de l'Attractivité. Seront également présents Papa Amadou Sarr, le ministre sénégalais de l'Entreprenariat rapide des Femmes et des Jeunes, Mamadou Touré, le ministre de la Promotion de la Jeunesse et de l'insertion professionnelle, Bruno Koné, le ministre ivoirien de la Construction, Jean-Marie Ackah, le président de la CGE-CI, Anne-Laure Kiechel, la fondatrice et PDG de Global Sovereign Advisor, Christophe Lecourtier, DG de Business France ou encore Mossadeck Bally, le fondateur du groupe Azalaï...

Inspire & Connect est un événement destiné aux entrepreneurs, mais il est chapeauté par les pouvoirs publics, comme en témoigne la présence de plusieurs ministres ivoiriens et français. Secteur public et privé sont-ils les 2 faces d'une même pièce entrepreneuriale ?

C'est une réalité. L'Etat intervient directement sur l'environnement des affaires, le cadre juridique et réglementaire, mais aussi les infrastructures... On ne peut pas nier le poids du secteur public et c'est pour cela qu'il est important d'accompagner les PME et TPE à se structurer, car, si les groupes internationaux se débrouillent très bien seuls, notamment en termes administratif et réglementaire, ce n'est pas aussi simple pour les plus petits entrepreneurs (...) Par ailleurs, Franck Riester est non seulement le ministre du Commerce, mais aussi de l'Attractivité. Il ne vend pas le secteur public français, mais il parle du territoire et de ses entrepreneurs. Il s'adresse à une jeunesse en quête de repères et nous pensons qu'il faut « héroïser » les réussites entrepreneuriales. Le secteur privé peut très bien ne pas attendre grand-chose du secteur public, mais il doit quand même pouvoir construire avec lui. C'est d'ailleurs toute l'histoire de Bpifrance qui, depuis près d'un siècle, est à la croisée des chemins entre secteur privé et secteur public.

Dans quelle mesure, le sommet est-il amené à se pérenniser ?

D'ici 3 ans, on évoque le chiffre de plus 1,5Md€ à injecter dans les projets d'entrepreneurs français sur le continent africain, ce qui représente un doublement de l'activité de Bpifrance en Afrique ! Les enjeux sont énormes et nous souhaitons donc pérenniser ce rendez-vous de l'entrepreneuriat. En attendant, le prochain événement se tiendra à Casablanca, il sera suivi d'un autre rendez-vous à Nairobi.

Pour finir, quel est selon vous le rôle de la diaspora dans les relations entre les entrepreneurs français et africains ?

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Il est crucial. Nous avons proposé le « Pass Africa » avec le Conseil présidentiel pour l'Afrique (CPA), un label reliant les deux continents à travers ses diasporas. Il est désormais possible d'entreprendre aussi bien en France qu'en Afrique. C'est notamment le cas de Bubacar Diallo de la société Benoo qui entreprend dans la région bordelaise et du côté de Lomé au Togo, avec des produits consacrés à la production d'énergie solaire en sites isolés. Un même projet sur 2 continents est souvent difficile à gérer, d'où la création de ce label, qui facilitera ce type de parcours. Les acteurs de la diaspora en France, sont aussi des porte-paroles importants en matière d'opportunités et des réalités africaines. Il est essentiel d'identifier ce potentiel qui permettra d'élaborer un nouveau narratif entre les entreprises africaines et françaises et cela ne se limite pas à l'Afrique de l'Ouest. Nous sommes au début de l'histoire...

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

Marie-France Réveillard

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