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Pour Ousmane Mamoudou Kane, l’avenir de la Mauritanie dépend de son potentiel renouvelable [Entretien]

Marie-France Réveillard

Publié le 22 février 2022 à 09:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:45

Ousmane Mamoudou Kane mauritanie

Ousmane Mamoudou Kane, ministre mauritanien des Affaires économiques et de la promotion des secteurs productifs.

Reuters

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Alors que l'Organisation mondiale de la santé prévoit la fin de la « phase aiguë » de la pandémie de Covid-19, le Premier ministre mauritanien annonce une croissance de 5 % pour 2022. La Tribune Afrique a rencontré Ousmane Mamoudou Kane, ministre des Affaires économiques et de la promotion des secteurs productifs et ancien vice-président de la Banque africaine de développement, à la manœuvre des vastes réformes que connaît la Mauritanie.

La Tribune Afrique : Quels ont été les principaux impacts de la pandémie sur l'économie nationale ?

Ousmane Mamoudou Kane : Comme tous les pays dans le monde, nous n'avons pas été épargnés par la pandémie de Covid-19. Alors que le pays était sur une pente ascendante assez intéressante avant l'arrivée du Coronavirus, entre les couvre-feux et les blocages de circulation, notre économie a été très fortement perturbée, ce qui a conduit à une récession. Les institutions internationales prévoyaient une récession de -3,2 %. Le gouvernement a réagi avec un plan de riposte qui a permis d'atténuer la récession qui s'est finalement établie à -1,7 %. L'emploi a été affecté, amplifiant la pauvreté. Plusieurs mesures ont été prises et un fonds spécial de solidarité et de lutte contre le coronavirus a permis par exemple de réduire les coûts de l'eau et de l'électricité chez les populations les plus vulnérables.

Les difficultés d'approvisionnement se sont répercutées sur les prix des denrées alimentaires. De quelle façon l'Etat accompagne-t-il les ménages dont le budget est sévèrement touché par l'inflation ?

Selon les Nations Unies, les denrées alimentaires ont enregistré une hausse de l'ordre de 28% en 2021, au niveau mondial. En Mauritanie, une grande partie des revenus des populations est destinée à l'alimentation or, nous importons des produits alimentaires tels que le sucre, l'huile, le blé ou des légumes. Les problèmes d'approvisionnement se sont répercutés sur les prix, entraînant une hausse de près de 10% des prix des produits alimentaires. Pour arriver à ce résultat, le gouvernement a entamé un dialogue rapproché avec les importateurs, redynamisé le réseau de boutiques qui vendent exclusivement des produits de première nécessité, subventionnés par l'Etat jusqu'à 50 % des coûts de revient. Nous avons veillé à leur approvisionnement et nous avons également pris des initiatives en matière de distribution de poissons, car le pays en produit en grand nombre alors que la population n'en consomme que très peu. A ce jour, l'essentiel de la production halieutique est exporté (le secteur représente près de 15 % du PIB). Avec la participation des pêcheurs - y compris industriels -, une partie de la pêche a été distribuée à l'intérieur du pays. Les pêcheurs industriels reversent gratuitement jusqu'à quelque 3 % de certaines variétés de leur production à l'Etat, qui les redistribue à des tarifs correspondant au coût de revient. Cette contribution des opérateurs du secteur s'apparente à une forme de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Quelles sont les perspectives de reprise économique attendues pour 2022 ?

Sauf rebond de la pandémie, si l'on suit la tendance de ces dernières semaines, nous sommes sur la voie d'une sortie de crise sanitaire. Le Premier ministre a récemment annoncé une reprise de la croissance supérieure à 5 % en 2022. Il faut souligner que pendant l'année 2021, aussi difficile fût-elle, le secteur extractif qui représente près de 10 % du PIB a été épargné. D'une part, nous avons exporté comme nous le souhaitions et d'autre part, le prix des minerais de fer qui est généralement fixé en deçà de 100 dollars la tonne, a atteint plus de 200 dollars la tonne, avec une moyenne comprise entre 130 dollars et 140 dollars la tonne, tandis que le prix de l'or qui a longtemps stagné autour de 1 000 dollars l'once, s'est stabilisé en moyenne autour de 1800 dollars l'once.

L'effacement récent de 25,3 millions de dollars de dettes contractées auprès de la Chine et l'annulation de 95 % de la dette mauritanienne envers le Koweït en juin devraient alléger le poids de la dette nationale...

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A ce jour, la dette extérieure de notre pays représente environ 4 milliards de dollars. La dette koweïtienne, qui était nébuleuse et représentait dans toutes les hypothèses un chiffre énorme, a effectivement été très fortement réduite. Cela a permis de clarifier une situation qui perdurait depuis environ trois décennies. Certes l'annulation récente d'une partie de la dette chinoise a fait l'objet d'une certaine médiatisation, mais elle fait suite à d'autres initiatives de ce genre, et nous en attendons de nouvelles.

Depuis 2016, la Mauritanie connaît une véritable ruée vers l'or. De quelle façon l'Etat encadre-t-il le secteur aurifère ?

L'or est produit par des acteurs formels et informels. D'une part, Tasiast Mauritanie Limited SA, qui est une filiale de la société canadienne Kinross, et d'autre part, une multitude d'orpailleurs dont la production est moins bien contrôlée et dont les modes d'écoulement nécessitent un contrôle encore plus rapproché. Pour y remédier, l'Etat a créé la société Maadin dont l'objectif est d'encadrer l'orpaillage afin que chaque acteur soit identifié et accompagné. A ce jour, plus de 50.000 d'entre eux sont répertoriés et accompagnés par l'Etat. La banque centrale achète leur production. Bien sûr, ce n'est pas la mission première de la Banque centrale. Il s'agit d'une solution temporaire, le temps de mettre en place des comptoirs d'achat.

Comment le projet offshore de gaz naturel liquéfié (GNL) sénégalo-mauritanien « Grand Tortue Ahmeyim » (GTA), développé par BP, Kosmos Energy, la Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen) et la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMHPM), soutiendra-t-il la croissance nationale ?

C'est un projet très important qui permettra d'accélérer le rythme des investissements. Néanmoins, je ne suis pas d'avis qu'il changera durablement le visage économique de la Mauritanie. Nous utiliserons le gaz dont nous disposons le temps qu'il faudra, mais il ne transformera pas notre avenir. Ce sont plutôt les activités dans les secteurs où il existe un renouvellement du potentiel de richesse qui représentent l'avenir de notre pays. Je pense en particulier à l'élevage (la Mauritanie dispose d'un cheptel supérieur à vingt millions de têtes), à l'agriculture, mais aussi à la pêche et à l'énergie renouvelable. Par ailleurs, les prix du gaz peuvent être erratiques. Aujourd'hui, ils sont élevés, mais demain, le resteront-ils ? (...) Enfin, il existe une pression internationale à l'égard de telles sources d'énergie. Je voudrais que nous construisions notre avenir en fonction du potentiel dont nous disposons en matière de ressources renouvelables.

Précisément, où en sont les projets d'hydrogène vert qui pourraient stimuler la croissance, tout en respectant les Objectifs de développement durable des Nations unies ?

Le secteur énergétique mauritanien est encore dominé par le thermique néanmoins, l'hydroélectricité représente une part significative de nos sources d'énergie, via le barrage de Manantali, un ouvrage qui appartient à l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) (...) Le solaire et l'éolien sont en phase ascendante. Il existe donc en Mauritanie, un fort potentiel en matière d'hydrogène vert. Le 27 septembre 2021, un protocole d'accord pour le développement d'un projet d'hydrogène vert à grande échelle, a été signé entre le ministère du Pétrole, des mines et de l'Energie et la société Chariot Ltd. Le projet « Noor » pour l'hydrogène vert, permettra de produire jusqu'à 10 gigawatts d'énergie propre [pour un coût qui pourrait atteindre 3,5 milliards de dollars selon le ministère pétrole, ndlr]. Il s'agit du second accord conclu l'an dernier en matière de production d'hydrogène vert, après le MoU signé avec CWP Global, le 28 mai 2021.

Quelles sont les mesures récentes engagées par le gouvernement pour renforcer l'attractivité de la Mauritanie auprès des investisseurs étrangers?

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Jusqu'à très récemment, la Mauritanie n'était pas considérée par les investisseurs privés comme une destination à privilégier dans les secteurs autres que l'extractif ou l'halieutique. L'élevage et l'agriculture étaient singulièrement mis de côté. Il existe pourtant des opportunités dans les services et en termes de transformation des matières premières. Pour promouvoir notre potentiel, nous nous sommes dotés d'une Agence de promotion des investissements, qui facilite les relations entre les investisseurs et l'administration. Il existe un guichet unique et des outils d'accompagnement pour assister les investisseurs dans leurs démarches administratives et pour suivre la réalisation de leurs projets. Nous avons aussi cherché à renforcer la prévisibilité. Avec des investissements inférieurs à 1,5 million d'euros, les opérateurs économiques ont la possibilité de signer une convention qui stabilise leur relation avec l'Etat pendant 20 ans. Parallèlement, nous avons développé plusieurs incitations fiscales. Dans certains secteurs d'activités, les taxes sur les importations d'équipements et d'intrants, ne dépasseront pas 3,5% (...) Enfin, la Mauritanie dispose désormais d'une direction générale chargée  des partenariats publics-privés (PPP). Toutes ces initiatives participent à renforcer l'attractivité de notre pays auprès des investisseurs privés, nationaux et étrangers.

Entretien conduit par Marie-France Réveillard

Marie-France Réveillard

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