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Le Bénin prêt à conquérir le monde des arts et à recevoir les arts du monde [Entretien]

Marie-France Réveillard

Publié le 18 janvier 2023 à 08:42 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:42

Ulrich. Adjovi

Ulrich Adjovi, fondateur du Salon international des arts du Bénin (FInAB).

DR.

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Du 14 et 19 février, le Bénin abritera le Salon international des arts du Bénin (FInAB), sous les bons auspices du gouvernement engagé dans une vaste campagne de promotion touristique et culturelle. Entre Cotonou et Abomey, Ouidah et Porto-Novo, le FInAb concentrera pendant six jours la crème des artistes africains dans l'ancien royaume du Dahomey. Rencontre avec Ulrich Adjovi, le fondateur de l'événement.

La Tribune Afrique : Vous êtes un entrepreneur béninois aux multiples activités. De quelle façon définiriez-vous votre parcours professionnel ?

Ulrich Adjovi : Effectivement, je suis un entrepreneur à la tête d'un groupe qui a développé plusieurs activités. J'ai suivi un cursus d'expertise comptable avant de travailler au sein du cabinet In Extenso (groupe Deloitte,ndlr) en France. Ce parcours m'aide beaucoup dans le développement de mes activités entrepreneuriales aujourd'hui. J'ai créé le groupe Empire spécialisé dans l'événementiel, la communication, la restauration, l'hôtellerie en 2013. Son siège est basé au Bénin avec une présence au Togo, en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso, au Congo et au Nigeria.

Nous sommes leaders sur le segment de l'événementiel, dans les pays où nous sommes présents. L'événementiel représente près de 40 % de nos activités. Aujourd'hui, le groupe compte 1 200 collaborateurs en Afrique et l'année dernière, nous avons enregistré près de 5 milliards de francs CFA de chiffre d'affaires.

Comment est née l'idée de créer un salon international des arts du Bénin et quel est son objectif ?

Cette initiative est partie du constat que l'Afrique était encore largement dépourvue d'événements de taille, capables de réunir tous les arts dans un même lieu. Le Bénin est riche de ses arts et de son Histoire. Le potentiel culturel considérable est porté par l'ambition du gouvernement d'intégrer la culture au cœur de la création de richesses nationales. Cela se traduit par la construction de plusieurs musées nationaux, mais aussi d'infrastructures touristiques à Ouidah, Porto-Novo, Cotonou ou Abomey, qui viendront inscrire la « destination-Bénin » sur la carte touristique mondiale, aux premières places des voyages culturels et mémoriels, tout en générant plusieurs milliers d'emplois.

De nombreuses actions sont menées actuellement, pour valoriser la culture nationale à l'image du Monument de l'Amazone (une statue de bronze en structure métallique recouverte de bronze, d'une hauteur de 30 mètres pour 150 tonnes, ndlr) inaugurée à Cotonou le 30 juillet dernier. Nous avons pensé que ce festival annuel serait un portail qui présenterait en un même lieu, les richesses culturelles et antistatiques du Bénin dans sa diversité.

Comment se déroulera cette première édition du FInAB ?

Vous y trouverez des représentants de l'industrie musicale, du cinéma, de la mode, du théâtre, de la danse, mais aussi des arts plastiques qui seront particulièrement mis à l'honneur lors de cette première édition. Nous fêtons cette année les 50 ans de l'artiste-peintre Fadairo qui nous fera le plaisir de sa présence. Ce salon se déroulera simultanément sur plusieurs sites. Un grand marché des arts de 30 000m2, dans le quartier Fidjrossè, à Cotonou, abritera les arts culinaires du Bénin.

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La gestion des concerts sera assurée par Universal Music et l'organisation des rencontres et débats autour de l'industrie musicale par notre partenaire SIMA (salon des industries musicales d'Afrique francophone). Nous travaillons également avec OYEMI Fashion Show, qui organisera des défilés et réunira des talents venus de tous horizons. Une salle dans le quartier de la Haie-Vive sera consacrée aux arts plastiques et accueillera des vernissages.

Quels sont les partenaires du FInAB ?

Nous avons reçu le soutien de plusieurs partenaires de poids comme MTN Bénin, Sobebra, NSIA Group, le ministère béninois de la Culture, l'ambassade de Chine ou le consulat de France. Nous cherchons à toucher le plus grand nombre de Béninois. C'est pourquoi nous avons voulu développer des projets à Porto-Novo, Abomey et Ouidah (concerts et défilés de mode, ndlr).

Pendant 6 jours, nous attendons environ 100 000 personnes dans 4 localités différentes, dont des personnalités comme les plasticiens Barthélémy Toguo (un Camerounais nommé Artiste de la paix de l'UNESCO en 2021, ndlr) et Abderrahmane Ouardane (Maroc, ndlr) ou le designer Alphadi. Ces derniers jours, nous multiplions les partenariats, car le projet suscite un véritable intérêt.

Combien en coûtera-t-il aux Béninois pour participer aux différents événements du salon ?

Certains événements seront en accès libre, comme l'entrée au grand marché. Les Béninois auront accès aux expositions gratuitement, mais certains concerts seront payants. De nombreux participants étrangers sont attendus à Cotonou, car nous voulons faire rayonner les arts et la culture du Bénin à l'international. Des artistes venus de toute l'Afrique, d'Europe, mais aussi du Moyen-Orient ou d'Asie, ont toute leur place sur notre événement. Cette année, nous avons d'ailleurs choisi de mettre le Maroc à l'honneur et une délégation d'artistes plasticiens viendra spécialement du royaume chérifien.

Le 29 octobre 2022, une bousculade lors du concert de Fally Ipupa à Kinshasa, avait fait neuf morts dont six civils par étouffement et deux policiers, dans le stade des Martyrs. Comment allez-vous garantir la sécurité des spectateurs lors des concerts du FInAB ?

L'année dernière, j'ai organisé le Y'ello Fever 229 en août au Bénin pour le compte de MTN Bénin, qui a réuni 80 000 personnes et ce n'était pas une première, car nous organisons régulièrement des événements qui rassemblent quelques dizaines de milliers de spectateurs. Nous sommes rompus à cet exercice et tout s'est bien déroulé. Il y avait des personnalités comme les chanteurs Kiss Daniel (Nigeria, ndlr) ou Fanicko (Bénin, ndlr). La sécurité est le préalable à l'organisation de ce type de rencontres. Nous nous sommes d'ailleurs récemment dotés d'une nouvelle filiale consacrée à la sécurité. Désormais, nos propres collaborateurs formés aux événements publics garantiront la sécurité des festivaliers.

Dans quelle mesure un événement comme celui-ci peut-il permettre de faire évoluer les statuts et la rémunération des artistes béninois ?

C'est un lieu de rencontres et d'échanges privilégiés pour les artistes locaux qui peuvent d'une part exposer leur travail, nouer de nouveaux partenariats à l'international et rencontrer des marchands d'Art. Les artistes africains manquent encore de visibilité à l'international. Ce type d'événement est une occasion et une opportunité pour les artistes béninois de profiter d'une exposition locale, panafricaine et surtout internationale. Nous poussons au maximum les canaux de communication afin de pouvoir recevoir le plus d'artistes béninois. Je les invite tous à s'inscrire et à participer à ce mouvement !

De quelle façon avez-vous surmonté la pandémie de Covid-19 et quelles ont été ses conséquences sur le développement stratégique du groupe Empire ?

Comme tout le monde dans le secteur de l'événementiel, nous avons été fortement impactés par la pandémie de Covid-19. Nous avons maintenu la plupart des emplois des collaborateurs, mais nous avons procédé à une réorganisation interne. Pendant plusieurs mois, nos activités dans l'événementiel étaient à l'arrêt. Malgré la fermeture de nos établissements, il nous a fallu payer les salaires et les charges. Cet épisode nous a conduits à accélérer la diversification de nos activités, car l'événementiel représente près de 40% de notre chiffre d'affaires.

Nous allons poursuivre nos activités dans ce secteur, l'internationaliser, organiser des tournées musicales d'artistes de premier plan sur le continent et développer nos contenus digitaux afin d'optimiser leur rentabilité. Par ailleurs, nous allons poursuivre notre stratégie de diversification. Au second semestre 2023, nous ouvrirons une usine de retraitement des déchets et de fabrication d'objets en plastique recyclable (New Africa Industries Packaging and Recycling - NIPAR, ndlr), dans la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, qui est en cours de construction. L'avenir du groupe Empire se passera par la digitalisation et la diversification de nos activités.

Au début des années 2000, le film de Wim Wenders, Buena Vista Social Club, avait porté la musique cubaine et la salsa sur le devant de la scène internationale. Depuis quelques années, les cultures africaines ont le vent en poupe : serait-ce également un effet de mode ou une tendance plus profonde ?

Il s'agit bien d'une tendance profonde. Les succès planétaires de Dadju, Fally Ipupa, Lafalaise Dion, Tiwa Savage ou Rema ne sont pas des épiphénomènes. La diaspora africaine s'exprime de plus en plus et génère un attrait à l'international, et ce, sur de multiples domaines artistiques : de la musique à la mode en passant par la cuisine, le cinéma ou l'art plastique, cette tendance est réelle depuis déjà plus d'une décennie.

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Parallèlement, sur la dernière décennie, le taux de pénétration d'Internet en Afrique a régulièrement augmenté, pour avoisiner les 40 % aujourd'hui selon l'Union internationale des télécommunications. Or, il représente désormais le principal vecteur de diffusion des cultures africaines à l'international. La tendance est engagée, elle ne s'inversera pas.

Marie-France Réveillard

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