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Diplomatie économique de Macron en Afrique : Françafrique ou France & Afrique ?

Badr Bakhat, ingénieur et expert en intelligence économique

Publié le 11 décembre 2017 à 12:06

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Avec l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée, l'Afrique a exprimé, à travers d'illustres hommes d'affaires dont Lionel Zinsou, son optimisme vis-à-vis des futures relations entre la France et le continent, notamment en matière de business. Épaulé par Aurélien Lechevallier et Franck Paris, le Président français a déclaré que l'Afrique est désormais un partenaire incontournable. La sécurité et le développement sont des enjeux stratégiques communs pour la France et l'Afrique. De plus, la COP21 a permis à la...

La stratégie française en Afrique cherche à placer des pièces plutôt sur les échiquiers économique et sociétal, et marginalisant en quelque sorte l'approche politique frontale.

Un passif lourd et un deuil inachevé

Pendant la décennie suivant la décolonisation en Afrique, la France a cherché à maintenir une influence déterminante. Elle s'est assuré une importante présence dans les champs politique, militaire, culturel et commercial en s'appuyant sur des régimes amis : des « cleptocraties » favorables à une économie de rente où la prédation des ressources naturelles de leurs pays respectifs est monnaie courante. En 1974, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny crée un néologisme qui suit la France jusqu'au temps présent : la « Françafrique ». Ce terme désigne, d'une part, l'étroitesse des relations franco-africaines. D'autre part, il s'agit d'une politique de présence active qui, à travers un enchevêtrement d'intérêts économiques et géopolitiques, faisait d'une partie de l'Afrique subsaharienne le pré carré de la France.

Ce système paracolonial reposait sur des réseaux d'amitiés personnelles, telles que ceux de Giscard d'Estaing, de Jean-Christophe Mitterrand, de Charles Pasqua ou encore de Jacques Foccart. Ce dernier ayant mené une diplomatie parallèle pendant des années en faveur des intérêts français dans le continent africain.

Aujourd'hui, la « Françafrique » relève, à mon sens, plus du fantasme et de la conspiration que de la réalité du terrain.  Nous, africains, devons voir que l'Afrique tient désormais son destin en main. Si le terme subsiste encore majoritairement ce n'est qu'en tant que source de contestation à vocation concurrentielle de la part de puissances telles que les États-Unis et la Chine. Celles-ci utilisent le terme avec une connotation renvoyant à la prédation dans le but de délégitimer la France et se disputer l'espace que cette dernière laisserait vacant.

Nouvelle diplomatie économique française et co-développement « à la marocaine »

Afin de se détacher de ce fardeau d'une époque révolue, la France revoit sa grille de lecture en commençant par lancer son initiative Tout Afrique. Il s'agit d'une vision holistique du continent qui comprend l'Afrique dans sa globalité, comme une entité au sein de laquelle le vieux clivage Afrique du Nord/Afrique subsaharienne n'a plus raison d'être. Ceci correspond à la vision qu'ont divers pays du continent, notamment le Maroc.

Grâce à un réseau diplomatique bien installé - figure ci-dessous -, la France participe activement à l'essor des pays francophones sur tous les plans.

Écosystème diplomatique français en Afrique

Les hauts fonctionnaires chapotant les dispositifs diplomatiques sont tous passés par les bancs de Sciences Po Paris et/ou de l'ENA. Malgré la présence de figures érudites des sujets africains à l'image de Georges Serre - dont le profile est consultable ci-dessous -, la nomination de profils types montre que la France fait appel à une approche politique générique alors que les priorités des pays africains diffèrent d'un État à l'autre.

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Profile de l'ambassadeur Georges Serre

Afin de palier à cette standardisation de la diplomatie, la France adopte deux stratégies complémentaires.

D'une part, la France cherche à acquérir un poids diplomatique plus important en combinant le bilatéralisme et le multilatéralisme à travers l'Europe. Au Burundi, par exemple, elle fait front commun avec l'Allemagne et la Belgique pour limiter la concurrence aux pays européens. Au Rwanda, où les relations diplomatiques sont inexistantes et les exportations n'atteignent qu'une douzaine de millions d'euros à l'année, la France défend ses intérêts exclusivement par le biais de l'Europe et de l'Allemagne qui entretient d'excellentes relations avec Paul Kagame.

D'autre part, la France introduit une sorte de diplomatie parallèle, à travers l'encouragement d'associations « franco-africaines ». Il s'agit d'associations dont les sièges se trouvent en France et constituées en grande partie de jeunes appartenant à la diaspora ou issus de communautés africaines. Club 2030 Afrique ou AGYP - Active Growth & Youth Program Powered by MEDEF -  ne sont que deux exemples d'entités œuvrant pour le codéveloppement. Le premier est un Think Tank fondé et présidé par Khaled Igue, jeune béninois, ingénieur et économiste actuellement à la tête des relations institutionnelles en Afrique pour le compte de l'OCP AFRICA ; le second, un Do Tank accompagnant les jeunes entrepreneurs dans toute l'Afrique, sans se limiter à la partie francophone - d'ailleurs, la prochaine édition de Stars in Africa aura lieu à Nairobi le 7 et 8 mars prochains - en bâtissant des ponts entre les jeunes et les décideurs et investisseurs du continent.

En adoptant cette approche reposant sur le développement humain et se concentrant sur la jeunesse, la France implémente « la Méthode M6 ». Sa Majesté le Roi Mohammed VI a fait de l'empouvoirement de la jeunesse la pierre angulaire de la politique du Royaume Chérifien dans sa vision de développement à la fois en interne et avec les frères africains.

Immigration et sécurité : les points faibles de la diplomatie française en Afrique

La France - comme le fait l'Europe - continue à négliger l'importance de la sécurité dans le dossier du codéveloppement. En effet, les pays européens sont dans une posture curative vis-à-vis de l'immigration. D'un côté, l'afflux d'immigrés africains continuera tant que le rêve de l'Europe ne sera pas substitué par un rêve africain. Ceci ne se fera que si un environnement propice à l'entrepreneuriat est sécurisé pour la jeunesse du continent.

Le Maroc propose son expertise en matière d'antiterrorisme au G5 du Sahel tout en assurant les côtes du Sahara au sud du Maroc et de la méditerranée au nord, deux points clefs de l'immigration illégale avec le Golfe de Guinée et les côtes libyennes. Une présence militaire française, aussi symbolique soit-elle, générerait une forte contestation de la part des populations. Par conséquent, la France devra, en impliquant l'Europe, aider sur le plan financier pour sécuriser le continent. C'est le seul moyen de résoudre un problème dont les conséquences ont détruit bien trop de vies des deux côtés de la méditerranée.

Ainsi, la France demeure un acteur important en Afrique et cherche à conserver son statut dans un environnement traditionnellement affin. Toutefois, le changement de paradigme en matière de diplomatie de la part des Etats-Unis crée un espace où Allemagne, Chine, Russie et France affronteront de nouveaux arrivés - probablement Arabie Saoudite et Iran - dans les marchés d'avenir, notamment celui des énergies renouvelables. Dans ce nouveau contexte, la France devra enterrer définitivement les fantômes du passé tout en allouant plus de ressources à la sécurité et à la formation des jeunes au détriment des aides au développement classiques qui, elles, n'offrent pas de solutions pérennes. De la main d'un président disruptif comme Emmanuel Macron, le codéveloppement semble plus que certain.

Badr Bakhat, ingénieur et expert en intelligence économique

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