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Afrique du Sud : pourquoi Zuma n'est pas le seul responsable [Tribune]

Hamza El Guili, chercheur-doctorant à l’ENCG Tanger

Publié le 06 février 2018 à 12:43 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:21

Hamza El Guili

Hamza El Guili

DR.

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Discrédité par les affaires et embourbé dans les scandales, l'ex-président sud-africain Jacob Zuma avait été contraint à démissionner, le 14 février dernier, cédant ainsi aux pressions de son parti politique, le Congrès national africain (ANC), et sort donc par la petite porte.C'est le vice-président du pays, Cyril Ramaphosa, considéré comme le dauphin de Nelson Mandela, qui va prendre sa place, après avoir pris le contrôle de l'ANC en décembre dernier. Alors que tout le monde attendait la sortie de...

Il est vrai que depuis des années, Jacob Zuma ne faisait plus rêver personne, puisqu'à chaque fois, tout le monde s'attendait à un scandale. Toutefois, il y a plusieurs leçons à en tirer de son mandat. Au-delà de son départ, c'est la démocratie sud-africaine, dont Mandela est le père, qui a assuré son bon fonctionnement. Même si l'événement majeur qui occupé la scène médiatique était que son départ forcé par l'ANC, il est inévitable de rappeler que les contre-pouvoirs en Afrique du Sud ont pleinement rempli leur rôle.

Prenons par exemple le rôle de la médiatrice de la République, Thuli Madonsela, dans l'affaire  «GuptaGate», après son rapport sorti en 2016, et qui révèle l'étroite collusion entre le chef de l'Etat et une richissime famille d'hommes d'affaires indiens. A titre de rappel, les Gupta ont été accusés d'utiliser leur relation avec Jacob Zuma pour lui imposer la nomination de certains ministres leur étant proches ou pour d'obtenir des contrats publics.

Un autre exemple peut renforcer cette hypothèse est celui de l'affaire «Nkandla», où l'ex-président devait rembourser environ 500 000 euros de fonds public à l'Etat dans le cadre du scandale de la rénovation de sa résidence privée. Par conséquent, l'ANC n'a pas été le seul et unique acteur responsable de la sortie de Zuma, mais aussi les contre-pouvoirs du pays, qui ont confirmé que l'héritage Mandela est toujours au cœur de l'idéologie sud-africaine.

Un réveil de l'opposition, mais une responsabilité non assumée par l'ANC

En 2007, Jacob Zuma avait poussé son prédécesseur, Thabo Mbeki, à la porte de l'ANC, et du pouvoir, après avoir réussi à rassembler autour de lui les syndicalistes, les communistes, les étudiants, et a été présenté à l'époque comme l'homme du peuple avec un immense espoir et enthousiasme chez les Sud-africains. Plusieurs années plus tard, on pourra dire que c'est une décennie d'immobilisme pour l'Afrique du Sud : accroissement des inégalités (le pays le plus inégalitaire du monde, selon le coefficient de Gini en 2013), un jeune sur deux est au chômage (54,2% pour les jeunes entre 15-24 ans selon l'Agence nationale des statistiques  en 2016), etc.

Pour la première fois, des craintes ont été exprimées par les responsables de l'ANC sur les prochaines élections. C'est pourquoi par ailleurs, on ne pourra pas écarter l'hypothèse  du parti qui a eu recours à l'exfiltration de Zuma pour camoufler ses erreurs. On pourra avancer deux facteurs explicatifs en ce sens.  Le premier est que l'ANC aurait pu limoger Zuma il y a bien quelques années, surtout après la multiplication de ses scandales, alors que le deuxième est que le parti a démis son ex-président pour des intérêts politiques et politiciens immédiats, plutôt que pour l'intérêt général du peuple sud-africain, puisque les élections de 2019 restent l'objectif à long terme de l'ANC, et qui dit gagner les élections, dit l'accès aux sources, plus de postes, etc.

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Suite aux scandales de Zuma et à la dégringolade de l'ANC, il est essentiel d'évoquer le réveil de l'opposition qui a remporté plusieurs municipalités dans les dernières municipales. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi l'ANC enregistré son pire revers électoral depuis son arrivée au pouvoir en 1994 à la fin de l'apartheid, en ayant moins de 54% des voix au niveau national, et en perdant sa majorité absolue dans 5 des 6 plus grandes municipalités du pays.

Quel profil pour Cyril Ramaphosa face à la mutation générationnelle sud-africaine ?

Le nouveau président de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, est certes un homme à plusieurs visages. L'homme aux 65 ans est un habitué de l'école du militantisme politique, puisqu'en 1987, il avait lancé la plus grande grève de l'histoire sud-africaine et est parvenu à faire trembler le pouvoir blanc en bousculant l'apartheid, grâce à son bras de fer avec les compagnies minières.

Toutefois, Ramphosa est trempé dans les affaires, puisqu'il a bénéficié de la politique d'émancipation économique des Noirs et possède une fortune estimée à 378 millions d'euros, selon le classement 2015 du magazine américain Forbes. Sans oublier la fameuse «affaire de Marikana» en 2012 (30 mineurs, en grève illégale dans une mine de platine, étaient abattus par la police et 70 autres étaient blessés), où il était vice-président à l'époque, mais aussi membre du conseil d'administration de Lonmin, le groupe minier pour lequel travaillaient les mineurs. La veille de la fusillade, il aurait envoyé un courrier au ministre de la Police, réclamant le recours à la force publique pour rétablir l'ordre dans les mines.

Face à la mutation générationnelle et face à la jeunesse de l'Afrique du Sud, qui est de plus en plus soucieuse du travail et de la dignité, le nouveau président est confronté à deux défis majeurs : restaurer le crédit de l'ANC et gagner les élections présidentielles de 2019.

Si l'Afrique du Sud a réellement besoin d'un renouveau économique et d'une justice sociale, le nouveau président va devoir assurer les investisseurs mais ne devra pas négliger un point très important, celui du projet politique de l'ANC.

Aujourd'hui en Afrique du Sud, au lieu d'assurer  des alternances politiques dans le sens où un nouveau projet succède à un autre, on a affaire fréquemment à des querelles au sein du pouvoir. Ces derniers donnent lieu à des alternances assez hybrides, accompagnées par  un verrouillage politique. Or, dans une vraie démocratie, il faut opter pour l'option d'une participation politique effective, plutôt que pour une démocratie élitiste, où on finit par liquider le chef du clan afin de calmer la tension populaire.

Enfin, il convient de  rappeler que même si Zuma a complètement loupé sa sortie  (pas d'immunité et les frais judiciaires ne seront probablement pas pris en charge), son esprit ne disparaîtra du jour au lendemain. Le nouveau président, Cyril Ramaphosa, devra savoir composer avec ses atouts, redonner espoir aux jeunes et mener surtout des réformes en profondeur (réduire les inégalités, assurer l'alternance politique, plus de transparence, etc.), plutôt que des réformes immédiates, puisque l'intérêt général et le futur de l'Afrique du Sud passent avant tout.

Hamza El Guili, chercheur-doctorant à l’ENCG Tanger

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