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Présidentielle 2019 au Nigeria : «quo vadis» ?

Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE)

Publié le 20 novembre 2018 à 14:16 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:17

Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy

Reuters

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Alors que le président du Nigeria Muhammadu Buhari était en visite à Paris pour le premier Forum de la Paix, c'est dans trois mois exactement, le 16 février prochain, qu'il briguera un second mandat face à Atiku Abubakar, ancien vice-président de l'ancien président Olusegun Obasanjo.

Le Nigeria est un de ces pays africains dont on parle peu en France. Colonisé par nos voisins anglais, il a gardé des relations privilégiées avec le Royaume-Uni qui mise beaucoup sur leurs échanges post-Brexit, comme en témoigne la récente visite du prince Charles.

Toutefois, cet Etat, immense enclave anglophone au milieu de l'Afrique de l'Ouest, est non seulement un partenaire privilégié de la France (le Nigeria est notre 6e partenaire commercial sur le continent africain avec 1,5 milliard d'euros d'échanges bilatéraux), mais aussi un garant de la stabilité régionale, alors que le président Buhari assure la présidence de la CEDEAO depuis le dernier Sommet de Lomé, le 31 juillet dernier.

C'est pour toutes ces bonnes raisons qu'Emmanuel Macron avait choisi, en juillet dernier, de s'y rendre. A cette occasion, le président français avait fait l'éloge d'une culture nigériane florissante et d'une économie au potentiel extraordinaire. Après avoir célébré le fameux afrobeat, qui a fait les grandes heures de la musique nigériane, au mythique club Shrine, le président français y annonçait la création d'un club d'affaires franco-nigérian.

Ces initiatives, si elles sont suivies d'actes concrets, méritent d'être soulignées. En effet, l'image d'un Nigeria où l'insécurité se mêle au manque d'opportunités est loin de la réalité. Le Nigeria, ce n'est pas que Boko Haram ni seulement l'accaparement des pétrodollars par une élite corrompue. C'est aussi la première économie africaine, avec un PIB de 561 milliards de dollars, soit 57% des PIB cumulés des 14 autres membres de la CEDEAO ; un pouvoir démographique considérable, avec un pays de bientôt 200 millions d'habitants, aujourd'hui, septième pays le plus peuplé au monde -près de 400 millions à l'aune de 2050 !

Un partenaire privilégié pour la France

Du reste, l'actuel président, Muhammadu Buhari, dans sa volonté réformiste, dans son dessein de modernisation et sa volonté d'ancrer durablement un modèle de stabilité est pour la France, le partenaire idéal.

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Il y a quatre ans, Buhari, ancien général et démocrate converti, prenait les rênes du pays doté du PIB africain le plus fort sur une promesse martelée tout au long de sa campagne : endiguer la corruption rampante, véritable fléau pour ce pays riche en matières premières. L'on estime ainsi que la corruption aurait privé au pays près de 150 milliards de dollars sur les dix dernières années.

Depuis plusieurs d'années, la confiscation de la rente pétrolière par une minorité mine le pays et prive les Nigérians d'une redistribution «inclusive», pourtant la clé de voute du pacte social dans ce pays aux diversités ethniques et religieuses si denses.

C'est ce que l'on appelle «le syndrome hollandais» (c'est-à-dire, la corrélation entre la richesse en hydrocarbures et le sous-développement). Aussi, la compétition pour l'accès aux ressources, dans un Etat fédéral aux 36 états fédérés et dont les frontières ont été tracées du temps de la colonisation britannique, a favorisé la normalisation de la corruption dans les plus hautes sphères décisionnaires. C'est contre tout cela que Buhari s'efforce de lutter, avec un certain succès, malgré quelques critiques.

Alors que ses détracteurs voient en cette lutte contre la corruption une chasse aux sorcières, les résultats sont bel et bien là. En témoignent le récent rapatriement de 320 millions d'euros de Suisse, les succès de la politique des «lanceurs d'alertes» ou encore la suppression de milliers «d'emplois fantômes» dans les administrations.

Pendant ce temps, l'Administration Buhari s'efforce aussi de moderniser l'économie, en renforçant l'agriculture locale, en investissant dans les infrastructures et surtout dans le secteur énergétique, pour assurer une distribution électrique minimum aux Nigérians. Elle fait aussi le pari de la jeunesse, avec des programmes tels que le Npower, visant à former les jeunes aux métiers de demain. Pari nécessaire, quand on sait que 40 millions de Nigérians ont entre 15 et 24 ans.

En quatre ans, l'Etat a aussi fait des efforts pour sécuriser le pays. Un pays d'une taille immense, avec des zones sur lesquelles les autorités perdent le contrôle. Un pays aussi où Boko Haram prospère depuis trop d'années, surfant sur la vague de désespoir qui gagne les populations les plus pauvres. Malgré une récente résurgence des attaques, faisant craindre à certains un coup d'éclat avant les élections, nul doute que l'Administration Buhari a fait reculer la secte islamiste, grâce à un renforcement des troupes sur place et a une collaboration renforcée avec les pays voisins.

Tout cela laisse croire que Buhari -qui aura en face de lui ,en février prochain, Abubakar, ancien vice-président à la réputation entachée par une accusation de corruption et de conflit d'intérêts, et toujours considéré comme persona non grata sur le territoire des Etats-Unis- est un gage de stabilité pour le pays, mais aussi pour la région.

Une clé dans la sous-région

Le Nigeria est le premier partenaire économique de la France en Afrique subsaharienne, et un partenaire clé pour quiconque souhaite la stabilité du continent. Nos échanges se concentrent majoritairement sur les hydrocarbures, le Nigeria étant membre de l'OPEP et premier producteur du Continent, avec un volume de 5 millions de barils/jour.

En visite à Abuja, Emmanuel Macron annonçait d'ailleurs que la France souhaitait diversifier ses investissements au Nigeria, à l'instar des quelque 67 millions d'euros (75 millions de dollars) dédiés à la modernisation et la mise aux normes internationales des infrastructures de gestion de l'eau, ou encore les 177 millions d'euros (200 millions de dollars) prévus dans le cadre du projet de renouvellement urbain à Lagos.

Par ailleurs, il convient de ne pas oublier que c'est avant tout dans l'intérêt de la France de stabiliser les zones où agit encore Boko Haram (nord-est et nord-ouest). Notre pays compte, désormais, près de 4 500 soldats, engagés dans le cadre de la force Barkhane -ayant succédé en août 2014 à la mission Serval, déployée uniquement au Mali depuis décembre 2013, présente au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, ainsi qu'en Mauritanie.

La France est l'un des principaux partenaires du G5-Sahel qui se veut avant tout une union militaire entre cinq pays de la région, engagés de manière interopérationnelle et solidaire pour lutter contre les groupes armés terroristes (GAT). Néanmoins, c'est dans un souci de cohérence entre la prise en compte de la dimension militaire et de l'approche globale -mêlant actions civilo-militaires et soutien aux programmes de développement, qu'a été créée, en juillet 2017, l'Alliance Sahel, réunissant, à l'initiative de la France et l'Allemagne, l'UE, le PNUD, la Banque mondiale, la Banque Africaine de Développement.

C'est cette «approche globale», pilier indispensable associant sécurité, résilience et développement qu'il convient d'ancrer durablement dans un souci de garantir la stabilité dans la région, de manière élargie. C'est précisément, du reste, en direction du Nigeria que nous devons agir dans ce sens. Il est indispensable que cette force mixte soit opérationnelle plus rapidement, comme l'a encore rappelé le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, à l'occasion de la 5e et dernière édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité, tenue il y a quelques jours dans la capitale sénégalaise.

Le Nigeria, bien que ne faisant pas officiellement partie du G5-Sahel, joue pourtant un rôle clé de stabilisation dans la région. En effet, le pays est à la tête de la Multinational Joint Task Force (MNJTF), forte de 8 000 à 10 000 hommes, en partenariat avec le Cameroun, le Tchad et le Niger, le Bénin, visant à combattre Boko Haram. Il offre ainsi, à cet effet, également, une aide humanitaire et sécuritaire indispensable aux actions menées par ses voisins de la bande sahélo-saharienne (BSS) dans la lutte pérenne contre le terrorisme.

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Pour toutes ces raisons, il est de l'intérêt de tous que le Nigeria demeure un pays stable et sécurisé, à l'économie dynamique. A cet égard, la récente remontée et stabilité du prix du pétrole autour de 60 dollars est une bonne nouvelle.

Le président actuel, Muhammadu Buhari, demeure ainsi un garant important de cette stabilité. Gageons que l'élection présidentielle du 14 février prochain devrait en porter témoignage.

Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE)

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