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Ghana : de la tutelle du FMI vers la tyrannie des marchés financiers [Tribune]

Tido Adokou, Compliance Officer

Publié le 01 décembre 2018 à 08:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:14

Tido Adoku

Tido Adoku

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Le Président Akufo-Addo a de grandes idées pour l'Afrique et son pays, cela n'est pas contestable. Longtemps annoncée depuis son arrivée aux affaires, le budget du Ghana sans assistance du FMI verra le jour avec la loi de finances de l'année 2019. Preuve de la volonté ghanéenne de recouvrer sa souveraineté budgétaire, ce virage stratégique cache cependant une question principielle. Comment le Ghana va il continuer à financer ses déficits ?

Il faut d'abord faire un retour sur les derniers exercices budgétaires ghanéens. Perclus de dépenses excessives et frappé par la baisse soudaine des cours du pétrole, le gouvernement de l'ancien Président JD Mahama se tourne vers le FMI en 2015 pour un plan triennal d'assistance financière, facilité élargie de crédit dans le jargon de Bretton woods.

Une situation budgétaire claire-obscure

A l'époque au sein de l'opposition, le NPP mené par son candidat Nana Akufo-Addo multiplie les attaques contre la gestion budgétaire du pouvoir de John Dramani Mahama. Parvenu au pouvoir au terme d'une campagne pendant laquelle il aura promis sérieux et rigueur dans la gestion des finances publiques, Nana Akufo-Addo annoncera sans fards sa volonté d'en finir avec l'accord triennal négocié par son prédécesseur et sortir son pays des griffes du FMI. Promesse louable, elle est en passe d'être tenue, au grand bonheur des défenseurs d'une certaine idée de l'Afrique.

Mais grattons le vernis pour voir la profondeur des choses. En 2018 la croissance ghanéenne a ralenti, passant de 8,4% en 2017 à 6,3%. La dette publique prévue pour s'établir á 65% du PIB en 2018 a dérapé à 72% en raison des baisses d'impôts accordées par le gouvernement et la nationalisation de 5 établissements bancaires en difficulté pour la bagatelle de 1,15 milliards d'Euros. Tout ceci malgré le démarrage du champ pétrolifère et gazier de Sankofa en avril 2017, la carburation maximale des champs de Jubilee et TEN dans un contexte de hausse des cours mondiaux des matières premières (ca baisse de nouveau en cette fin d'année). L'inflation est passée sous la barre des 10% permettant à la banque centrale de relever son principal taux directeur jusqu'à 17%, suscitant ainsi une stabilisation du cedi qui résiste bien à l'appréciation du Dollar. Tout ceci entraîne un déficit budgétaire à 5.4% avec donc une dette publique en accélération à 72% du PIB dont 60% libellée en dollars.

Est ce donc la bonne période pour ne pas renouveler la facilité élargie de crédit du FMI ? Il est permis de s'interroger sur la pertinence du timing. Mais surtout il apparait que derrière ce tournant stratégique, le Ghana s'apprête à embrasser la voie du « tout marchés financiers » pour son financement budgétaire. Ayant déjà effectué cinq Euro bonds ces dernières années dont le dernier en Mai pour un montant de 2 milliards de dollars a double maturité de 10 et 30 ans, le Ghana s'apprêterait a lancer un samouraï bond dont une partie servirait à... refinancer des échéances d'euro bonds précédents. Derrière donc la volonté de s'affranchir de la tutelle du FMI se dessine un cheminement vers la tutelle autrement plus tyrannique des marchés financiers. Le Ghana mettrait sa souveraineté budgétaire arrachée au FMI entre les mains de la finance mondiale sans nom et sans visage pouvant se révéler impitoyable en cas de difficulté budgétaire.

Une stratégie en question

Le gouvernement ghanéen adopte il la bonne stratégie ? Comme souvent la réponse est fort plus complexe que la question. Tout dépend en réalité des conditions de financement de la vie budgétaire ghanéenne. Il est évidemment fort louable de soustraire sa gestion publique nationale à l'appui et aux exigences de la puissante institution de Washington mais les marchés financiers peuvent se révéler de véritables sangsues en cas de mauvais scénario. Et le Ghana n'en est nullement à l'abri en raison sa structuration économique. Comme bon nombre de pays africains, la deuxième économie de la CEDEAO casque majoritairement ses revenus sur la vente de matières premières (or, cacao, pétrole, gaz, manganèse, bauxite) ce qui la surexpose aux aléas des cours des matières premières. Rien que sur le front pétrolier le Ghana a durement ressenti la baisse débutée en décembre 2014, avant de retrouver quelques couleurs avec la hausse puis de recommencer a subir le baril redescendu a 60 dollars en cette fin 2018.

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Avec une telle structure des recettes, la stratégie du tout financement sur les marchés est extrêmement périlleuse. Un coup de froid sur le front des matières premières, une baisse de revenus et les marchés s'emballeront. Mais le PR Akufo Addo a peut être l'ambition de réduire l'exposition de son pays aux cours des matières premières par une industrialisation massive ? Le méga projet one district - one country dans tout le Ghana est à l'arrêt. Sur le front des infrastructures les difficultés budgétaires ont forcé le gouvernement à imaginer des solutions alternatives comme le deal bauxite/Sinohydro. Tout ceci me fait penser à la formule d'Antoine de Saint-Exupéry « Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ».

Tido Adokou, Compliance Officer

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