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Que cache le récent intérêt des Emirats arabes unis pour le G5-Sahel ?

Amadou Ba, chercheur associé au Groupe Afrique de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE)

Publié le 03 août 2019 à 09:17 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:42

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Le 13 décembre 2017, à l'occasion d'un forum sur la sécurité à Paris, le président, Emmanuel Macron annonçait un plan d'accélération du plan d'urgence et de mobilisation de fonds pour le G5 Sahel. Il y avait en urgence, tant les seuls 10% des quelques 425 millions d'euros initialement promis ne suffisaient pas à juguler les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne. Depuis, la situation sécuritaire s'est considérablement dégradée.

Ainsi, s'il faut se réjouir de la visite officielle à Paris, en novembre 2018, du Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d'Abou Dhabi et vice-commandant suprême des Forces armées émiraties ; il ne faudrait surtout pas que nous en oubliions le rôle moteur, voire déclencheur qu'ont joué le takfirisme et le wahhabisme dans le cadre d'un prosélytisme et de l'imposition d'un islam nettement plus rigoriste qu'initialement installé depuis plusieurs siècles, dans la région.

Cette visite, qui a eu lieu à l'occasion de l'Année Zayed commémorant le centenaire de la naissance de Cheikh Zayed, père fondateur et premier président des Emirats arabes unis, a ainsi, avant tout, visé à témoigner de la force du partenariat stratégique et des liens historiques unissant la France et les EAU.

Le président Macron et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyan avaient ainsi eu de nombreuses discussions approfondies sur les questions régionales et internationales d'intérêt commun, et sur leurs priorités communes, en particulier la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme.

C'est dans ce contexte, néanmoins, que les EAU ont promis 30 millions d'euros, en 2018. L'Arabie Saoudite, avait, quant à elle, promis,100 millions d'euros, en guise de contribution pour l'efficacité du plan .

Néanmoins, la promesse ne s'est pas encore transformée en réalité concrète. Loin s'en faut. On évoque timidement le chiffre de 10% de la somme promise pour l'heure, décaissée !

Contrecarrer Doha

La réunion franco-émiratie portant sur l'Afrique et le G5-Sahel, qui s'est tenue à Paris, le 19 juillet dernier, entre le directeur Afrique-Océan Indien (DAOI) du ministère des Affaires étrangères français, Remi Maréchaux et le sultan Al Shamisi , vice-ministre du développement international des EAU aura, certes, porté sur les convergences en matière de développement et de sécurité, mais, rien de bien concret n'en est sorti. Le Sénégal est également désormais dans le viseur d'Abu Dhabi, comme en attestent les attentions particulières pour certaines régions périphériques, telles que la Casamance.

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La vague promesse émiratie, sur le plan financier, n'aura levé tous les obstacles et non-dits, liés à ce regain d'intérêt d'Abu Dhabi pour le Sahel. L'ouverture prochaine d'une base au Niger vient ainsi confirmer que les EAU sont surtout là pour «répondre», voire «contrecarrer» les plans de Doha dans la région. Le Qatar avait, en effet, proposé également son expertise militaire au Mali, notamment en livrant 24 véhicules de transport de troupes en décembre 2018.

Cela advenait, du reste, dans la foulée de l'ouverture de son ambassade à Bamako, en 2018 et du déplacement effectué par l'émir du Qatar, Sheikh Tamin Bin Hamad Al-Thani, en décembre 2017.

Situation, en effet, paradoxale, qui fait que la France se voit obligée d'aller solliciter des moyens financiers auprès des EAU et de l'Arabie Saoudite, alors que ses partenaires européens rechignent à les lui accorder, malgré la récente annonce britannique d'envoyer des troupes supplémentaires dans la bande sahélo-saharienne. Situation surtout potentiellement dangereuse, quand on se souvient de leurs rôles et soutiens apportés à certains groupes armés terroristes qui nous font la guerre au sahel !

La France souhaite-t-elle ainsi garder réellement le contrôle sur la promesse financière des EAU ou est-ce seulement pour se donner bonne conscience qu'elle met la pression sur les Abu Dhabi et Dubaï ? En tout état de cause, son influence sur ces derniers reste fortement limitée, comme l'échec de la médiation française dans la crise opposant le Qatar au quartet Arabie saoudite, EAU, Bahreïn, Egypte depuis juin 2017, tend, hélas, à le prouver.

La capacité d'action de la France vis-à-vis de l'Arabie Saoudite reste encore plus floue, et cela fait peser un réel risque sur le fragile équilibre financier de la montée en puissance du G5-Sahel et de sa Force conjointe. Qu'adviendrait-il si les 100 millions d'euros promis n'étaient concrètement décaissés ?

Paris ne peut pas avoir de vrai contrôle sur l'Arabie Saoudite, et ce, alors que ses ventes d'armes vers Riyad ont pourtant augmenté de 50% en 2018, avoisinant désormais les 11 milliards d'euros depuis 2010. Pourtant, le risque est désormais bien réel qu'une fois la France ayant décidé de « réduire la voilure », les donateurs saoudiens et émiratis ne gagnent en influence et en leadership.

Un mécanisme de financement inefficace

Si la France perd ces acquis, si chèrement payé - à raison des 25 soldats français qui y ont perdu la vie et les quel que 800-900 millions d'euros que coûte annuellement l'opération Barkhane - cela pourrait avoir un néfaste effet domino sur le continent africain, alors que la concurrence chinoise, russe et américaine se fait sentir avec de plus en plus de pression.

Bref, ce mécanisme de financement -proposé par les EAU et l'Arabie Saoudite- se montre aussi peu fiable que dangereux pour la souveraineté des pays concernés. De facto, les « généreux » donateurs sont eux aussi de grandes puissances aux appétits bien aiguisés et aux intérêts souvent contradictoires.

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Nul doute aussi que les ressources naturelles et minérales des cinq pays du G5-Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) constituant aussi les plus importantes réserves mondiales en or, bauxites, cuivres, uranium... ne soient également un facteur explicatif, voire justificatif d'une nouvelle forme d'exploitation du continent africain.

Amadou Ba, chercheur associé au Groupe Afrique de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE)

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