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Politique monétaire : le crédit à plein régime aux Etats-Unis et en Europe, quid du Maroc ?

Ahmed Azirar

Publié le 23 août 2019 à 12:38 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:41

Ahmed Azirar, economiste et enseignant-chercheur.

Ahmed Azirar, economiste et enseignant-chercheur.

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En marge du Sommet du G7 qui se tient à Biarritz du 24 au 26 août et de la réunion des banques centrales à Jackson Hole (Wyoming, Etats-Unis), avec le très attendu discours, aujourd'hui, du gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, Ahmed Azirar, économiste et enseignant-chercheur décrypte dans cette tribune la délicate question du crédit bancaire et son impact sur les économies.

Jugeant que l'inflation est au plus bas et que des menaces pèsent sur la croissance dès 2020-2021, la Banque centrale américaine (Fed) a récemment rompu la tendance passée, en abaissant son principal taux directeur. Le calendrier électoral du locataire de la Maison-Blanche aidant (lui qui joue gros -et fait tout- pour se faire réélire en surfant sur la relance économique dont il s'attribue la paternité), la Fed indépendante !, joue le jeu.

Le 20 août, Le Monde va jusqu'à titrer : «La Fed piégée par Donald Trump». Surtout que la guerre commerciale, contre laquelle la Fed ne peut rien, il est vrai, fait rage et n'arrange pas les affaires des entreprises. Mais peu importe pour le président américain, ce qui compte pour lui c'est de continuer à titiller la fibre ultra nationaliste de son électorat et d'essayer de tirer le maximum de la politique monétaire, pourtant au plus bas de ce qu'elle peut donner vu le niveau écrasé des taux.

Bien plus. Comme les petits pays, l'Administration américaine actuelle n'hésite pas à manipuler le levier du taux de change pour essayer de stimuler la compétitivité externe des produits made in USA! ... Et d'essayer d'imiter le yuan, faisant fi du rôle mondial de la monnaie américaine. Le dollar, qui, rappelons-le, reste une monnaie refuge mondiale, puisqu'environ 60% des montants en circulation au monde sont détenus par des étrangers, franchit, par cette pratique, une nouvelle phase dans la voie de sa «normalisation» (entamée, en... 1973 par Nixon !). Signe supplémentaire qui confirme une autre normalisation, plus globale celle-là, celle de la puissance des Etats-Unis qui préfère désormais les guerres économiques aux guerres ouvertes, les guerres circonscrites à distance, l'intelligence... Et qui ne veut plus rien payer toute seule en échange de sa suprématie mondiale. En attendant désespérément une délivrance technologique, qui ne vient pas.

Mais l'expansion du crédit n'est pas l'apanage des Américains en ce moment. L'Europe n'est pas en reste. «La machine à distribuer du crédit tourne toujours à plein régime» ; «Les taux sont négatifs, une aubaine pour les entreprises et les consommateurs», titre successivement Les Echos, le lundi 5 août et mardi 20 août. Le crédit immobilier atteint un record absolu (1 000 milliards d'euros rien qu'en France, fin 2018) et les banques continuent à prêter abondamment. Le crédit à la consommation reste dynamique également au point où le surendettement des ménages est bien là.

La politique des très bas taux se confirme, malgré un brin de prudence ces derniers mois, car l'emballement guette à tout moment. A l'heure où la gouvernance financière européenne et mondiale change de responsables et se féminise, et à l'heure de l'accélération de la digitalisation financière, le crédit, roue motrice du système économique, constitue la bouée vitale dont personne ne peut plus se passer. Tant qu'il y a la confiance. Et en attendant la prochaine bulle que tous ont en tête !

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Au Maroc, le crédit, culturellement mal accepté hier, devient aujourd'hui une soupape de sécurité pour beaucoup de ménages, dont une partie arrive même à surendettement. Pour les entreprises, publiques et privées, le financement interentreprises est devenu un «jeu» financier pratiqué à large échelle. Se faire financer par le retard de paiement est une gymnastique que tous ou presque pratiquent. Au point de dangereusement menacer l'économie tout entière. Par effet de chaîne, fournisseurs et clients causent la mort de plusieurs PMEI chaque année, donnant, du coup, un coup de massue à l'esprit d'entreprise que le pays cherche à développer à large échelle chez ses jeunes générations. Les entreprises sont d'ailleurs, en moyenne, surendettées (64% en crédit bancaire et hors interentreprises), soit un niveau au-dessus de ceux des pays à économies plus fortes qui disposent de marchés de capitaux dynamiques (à titre d'exemple, le crédit bancaire représente à peine 20% de l'endettement des entreprises aux Etats-Unis, contre plus de 90% au Maroc). Les entreprises sont ainsi devenues chez nous les banquières d'autres entreprises, au grand dam des vrais banquiers !

Nous ne sommes pas non plus dans la tendance mondiale actuelle du crédit. Le taux de distribution des crédits bancaires a ralenti ces dernières années sous l'impact du faible régime notamment de l'immobilier, que ses professionnels ont mal servi à coup de surprofits exagérés. Et de la prudence (excessive ?) des banquiers, alertés, certainement, par l'immobilier, justement, et qui en plus semblent gérer le secteur financier plus comme entreprise ordinaire qu'intermédiaire financier. Les cas tunisien et égyptien donnent à réfléchir, c'est un fait aussi.

La solidité du système bancaire, en territoire marocain et (surtout) à l'étranger, est certes primordiale, mais le tissu économique appelle aussi une accommodation plus grande, notamment des PMEI. C'est pourquoi le cercle vicieux de la faiblesse de l'épargne longue et active et de l'investissement privé et responsable, est à briser. A commencer par l'action des banquiers et des chefs d'entreprises eux-mêmes, sous la direction d'une banque centrale devenue plus indépendante. C'est dans cette voie que les concertations BAM (banque centrale), CGEM (patronat), GPBM (groupements des banques), devenues récurrentes, sont attendues. Car les besoins grandissants de l'économie nationale, consommateurs, épargnants et demandeurs d'emploi, ne peuvent être satisfaits que par une croissance forte et régulière.

Alors ? La très faible inflation actuelle ne milite-t-elle pas pour un push crédit en faveur de l'investissement privé et de la PMEI en particulier, que la simple baisse limitée du taux directeur n'impacte pas tellement ? Et la finance participative, va-t-elle avoir l'effet attendu ? La récente analyse qui craint, d'ores et déjà, qu'à moyen terme, sa dynamique ne se grippe, est-elle crédible ? Et le marché des capitaux, un mix-policy consistant, n'est-il pas urgemment requis pour dynamiser ses divers compartiments ?

À lire également

  • Kenya : le plafond sur les taux d'intérêts freine l'accès au crédit
  • Maroc : la banque centrale prévoit une décélération de la croissance en 2019
  • Nigeria : la banque centrale organise une deuxième vente aux enchères du yuan chinoise
  • Nigeria : la Banque centrale joue la prudence et maintient inchangé son taux de référence

C'est à ceux qui tiennent les manettes de répondre de manière convaincante. En tout cas, et en rapport avec la priorité du moment, un modèle économique dynamique requiert un financement interne dynamique. Pour continuer à attirer plus et mieux d'IDE.

Ahmed Azirar

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