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Le Mali face au Covid-19 : sommes-nous à la hauteur ? [3/3]

Moussa Mara

Publié le 10 avril 2020 à 16:30 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:39

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05 juin 2026

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La riposte face à la pandémie de Covid-19 nous impose de changer de paradigme, car la menace est d'une dimension non égalée jusqu'à présent. Il n'est pas possible d'aborder la question avec les outils du passé et selon une organisation classique. C'est pourquoi il est impératif que nos moyens institutionnels soient revus.

La lutte doit avoir un visage et une voix et ne peut être portée que par les premiers responsables de l'Etat. Le chef de l'Etat et son Premier ministre doivent être à l'avant-garde de la guerre. La menace n'est pas seulement sanitaire. Elle impacte notre économie, nos modes de vie, nos relations socioculturelles et les fondements même du pays comme cela est visible ailleurs. Les premiers responsables doivent occuper le front de la lutte et engager ainsi l'ensemble des moyens administratifs, logistiques, financiers disponibles pour y faire face. Ils doivent reconfigurer l'appareil étatique pour le mettre selon un mode permettant une réponse multidimensionnelle face à la pandémie.

Aucun secteur ni domaine ne sortira indemne de la situation actuelle. Les responsables publics, au-delà des questions urgentes, doivent s'organiser, au niveau de leur périmètre, pour répondre aux défis à moyen et long terme auxquels il faudra faire face dans les mois et années à venir du fait de cette crise. Par exemple, un ministre sectoriel, outre la mise en place de dispositifs de protection et de riposte propres à son secteur, doit d'ores et déjà anticiper les impacts de cette crise sur ses politiques, stratégies, projets et programmes sectoriels et organiser les inflexions indispensables à apporter. Chaque responsable public doit se convaincre de mener cet exercice.

De manière fonctionnelle, pour des besoins de coordination, il est souhaitable qu'une instance appropriée, représentative, dotée des moyens institutionnels appropriés, soit mise en place. Elle doit bénéficier des éclairages scientifiques indispensables d'experts aux compétences variées (santé, économie, société...) et à l'indépendance incontestable. Elle doit également se fonder sur une stratégie de communication cohérente, véridique et appropriée.

La reconfiguration du sommet de l'Etat créera un mouvement de fond qui irriguera l'ensemble du pays et pourra gérer toutes les dimensions de la riposte telles que présentées dans les deux précédents chapitres de la présente contribution. Il devra également accorder la plus grande attention à la dimension économique de la crise et mettre urgemment en place, comme sous d'autres cieux, des mesures significatives de soutien aux acteurs économiques.

Le soutien aux entreprises est incontournable pour éviter aux pays un désastre économique en écho aux difficultés sanitaires. Ces mesures peuvent porter sur le report des échéances fiscales, des aides ciblées aux secteurs les plus fragiles ou encore le versement de subventions orientées afin de donner de l'oxygène aux entreprises et leur permettre de fonctionner. Les autorités doivent travailler de concert avec le patronat qui a déjà formulé des propositions dans ces sens. Les mesures économiques compléteront les initiatives sanitaires ou sociales pour donner un contenu à un véritable « Plan Marshall » pour le Mali face à la crise du Covid 19. Des pays voisins nous ont déjà devancés en la matière. Il est impératif de produire ce plan, lui trouver les financements appropriés et le conduire de manière diligente et dans une transparence absolue.

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Nos autorités doivent apprécier la possibilité de mutualiser les besoins des pays africains à l'échelle de l'UEMOA, de la CEDEAO voire de l'Union africaine pour en rechercher le financement. Cela facilitera les négociations avec les partenaires afin d'obtenir les subsides, qu'ils soient sur une base bilatérale ou à l'échelle multilatérale (la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement qui a levé un emprunt de 3 milliards de dollars pour aider l'Afrique ou encore l'Union européenne, etc.). Ensemble, nous serons plus efficaces pour négocier la possibilité d'orienter les fonds disponibles vers l'urgence liée à la Covid-19. En tout état de cause, le Mali doit se situer à l'avant-garde de ce processus tout en engageant des initiatives bilatérales vers toutes les options disponibles.

Notre plan doit être exhaustif dans l'identification des besoins immédiats, à court et moyen terme du pays. Ce qui lui permettra de résister et d'être ensuite en mesure de relancer l'économie vers la fin de l'année 2020. Le secrétaire général des Nations unies estime qu'un plan de cette nature devrait atteindre 10% du PIB pour être véritablement efficace. A notre échelle, cela se traduira par un besoin global d'au moins 1000 milliards de FCFA, soit très loin des 6 milliards de FCFA dégagés par l'Etat ! Il nous faut urgemment changer de dimension et nous organiser en conséquence.

De manière tout aussi urgente, à l'instar des Seychelles, un collectif budgétaire pour adapter les prévisions de 2020 paraît incontournable. Nous devons impérativement revoir les dépenses à la baisse, scruter tous les postes pour faire des économies en ne sanctuarisant que la sécurité et la santé. Les économies réalisées pourront servir la cause de la riposte et convaincre nos partenaires des efforts que nous faisons sur nous-mêmes d'abord avant de leur demander d'en faire pour nous assister. La baisse importante des cours du pétrole fera réaliser des économies importantes pour les finances publiques maliennes qu'il convient d'orienter vers la lutte contre les effets de la Covid-19.

Compte tenu du caractère exceptionnel de la situation, les autorités doivent apprécier la prise de mesures institutionnelles pour accompagner les changements importants à l'organisation et au fonctionnement de l'Etat. Il existe la possibilité d'utiliser les dispositions des articles 49 ou 50 de la Constitution, prolongées par la Loi 2017 055 du 6 novembre 2017 et le décret qui institue l'Etat d'urgence, pour mettre en évidence la menace existentielle que cette pandémie constitue pour le pays afin de mobiliser toutes nos énergies. Nous pouvons également relire le décret qui instaure l'Etat d'urgence afin de le renforcer et faire les adaptations législatives et réglementaires nécessaires pour orienter le Mali entier contre ce mal et ses conséquences. Il apparaît évident dans ce contexte que le processus des élections législatives devrait être suspendu en attendant des moments plus favorables. Il n'est pas cohérent d'envisager des mesures urgentes et de laisser se dérouler des élections comme si de rien n'était.

Le chef de l'Etat et son équipe doivent engager l'ensemble national dans la riposte multidimensionnelle face au nouveau coronavirus. Ils en ont les moyens. La question essentielle est de savoir s'ils ont mesuré l'ampleur des défis ou encore la profondeur de la menace. L'histoire nous le dira.

www.moussamara.com

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Le Mali face au COVID 19 : Sommes-nous à la hauteur ? Dernier Chapitre : Volets économique, institutionnel et politique La riposte face au coronavirus COVID 19 nous impose de changer de paradigme, car la menace est d'une dimension non égalée jusqu'à présent. Il n'est pas possible d'aborder la question avec les outils du passé et selon une organisation classique. C'est pourquoi il est impératif que nos moyens institutionnels soient revus. La lutte doit avoir un visage et une voix et ne peut être portée que par les premiers responsables de l'Etat. Le Chef de l'Etat et son Premier ministre doivent être à l'avant-garde de la guerre. La menace n'est pas seulement sanitaire. Elle impacte notre économie, nos modes de vie, nos relations socioculturelles et les fondements même du pays comme cela est visible ailleurs. Les premiers responsables doivent occuper le front de la lutte et engager ainsi l'ensemble des moyens administratifs, logistiques, financiers disponibles pour y faire face. Ils doivent reconfigurer l'appareil étatique pour le mettre selon un mode permettant une réponse multidimensionnelle face à la pandémie. Aucun secteur ni domaine ne sortira indemne de la situation actuelle. Les responsables publics, au-delà des questions urgentes, doivent s'organiser, au niveau de leur périmètre, pour répondre aux défis à moyen et long terme auxquels il faudra faire face dans les mois et années à venir du fait de cette crise. Par exemple, un ministre sectoriel, outre la mise en place de dispositifs de protection et de riposte propres à son secteur, doit d'ores et déjà anticiper les impacts de cette crise sur ses politiques, stratégies, projets et programmes sectoriels et organiser les inflexions indispensables à apporter. Chaque responsable public doit se convaincre de mener cet exercice. De manière fonctionnelle, pour des besoins de coordination, il est souhaitable qu'une instance appropriée, représentative, dotée des moyens institutionnels appropriés, soit mise en place. Elle doit bénéficier des éclairages scientifiques indispensables d'experts aux compétences variées (santé, économie, société...) et à l'indépendance incontestable. Elle doit également se fonder sur une stratégie de communication cohérente, véridique et appropriée. La reconfiguration du sommet de l'Etat créera un mouvement de fond qui irriguera l'ensemble du pays et pourra gérer toutes les dimensions de la riposte telles que présentées dans les deux précédents chapitres de la présente contribution. Il devra également accorder la plus grande attention à la dimension économique de la crise et mettre urgemment en place, comme sous d'autres cieux, des mesures significatives de soutien aux acteurs économiques. Le soutien aux entreprises est incontournable pour éviter aux pays un désastre économique en écho aux difficultés sanitaires. Ces mesures peuvent porter sur le report des échéances fiscales, des aides ciblées aux secteurs les plus fragiles ou encore le versement de subventions orientées afin de donner de l'oxygène aux entreprises et leur permettre de fonctionner. Les autorités doivent travailler de concert avec le patronat qui a déjà formulé des propositions dans ces sens. Les mesures économiques compléteront les initiatives sanitaires ou sociales pour donner un contenu à un véritable « Plan Marshall » pour le Mali face à la crise du COVID 19. Des pays voisins nous ont déjà devancés en la matière. Il est impératif de produire ce plan, lui trouver les financements appropriés et le conduire de manière diligente et dans une transparence absolue. Nos autorités doivent apprécier la possibilité de mutualiser les besoins des pays africains à l'échelle de l'UEMOA, de la CEDEAO voire de l'Union africaine pour en rechercher le financement. Cela facilitera les négociations avec les partenaires afin d'obtenir les subsides, qu'ils soient sur une base bilatérale ou à l'échelle multilatérale (la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement qui a levé un emprunt de 3 milliards de dollars pour aider l'Afrique ou encore l'Union européenne, etc.). Ensemble, nous serons plus efficaces pour négocier la possibilité d'orienter les fonds disponibles vers l'urgence liée au COVID 19. En tout état de cause, le Mali doit se situer à l'avant-garde de ce processus tout en engageant des initiatives bilatérales vers toutes les options disponibles. Notre plan doit être exhaustif dans l'identification des besoins immédiats, à court et moyen terme du pays. Ce qui lui permettra de résister et d'être ensuite en mesure de relancer l'économie vers la fin de l'année 2020. Le secrétaire général des Nations unies estime qu'un plan de cette nature devrait atteindre 10% du PIB pour être véritablement efficace. A notre échelle, cela se traduira par un besoin global d'au moins 1000 milliards de FCFA, soit très loin des 6 milliards de FCFA dégagés par l'Etat ! Il nous faut urgemment changer de dimension et nous organiser en conséquence. De manière tout aussi urgente, à l'instar des Seychelles, un collectif budgétaire pour adapter les prévisions de 2020 paraît incontournable. Nous devons impérativement revoir les dépenses à la baisse, scruter tous les postes pour faire des économies en ne sanctuarisant que la sécurité et la santé. Les économies réalisées pourront servir la cause de la riposte et convaincre nos partenaires des efforts que nous faisons sur nous-mêmes d'abord avant de leur demander d'en faire pour nous assister. La baisse importante des cours du pétrole fera réaliser des économies importantes pour les finances publiques maliennes qu'il convient d'orienter vers la lutte contre les effets du COVID 19. Compte tenu du caractère exceptionnel de la situation, les autorités doivent apprécier la prise de mesures institutionnelles pour accompagner les changements importants à l'organisation et au fonctionnement de l'Etat. Il existe la possibilité d'utiliser les dispositions des articles 49 ou 50 de la Constitution, prolongées par la Loi 2017 055 du 6 novembre 2017 et le décret qui institue l'Etat d'urgence, pour mettre en évidence la menace existentielle que cette pandémie constitue pour le pays afin de mobiliser toutes nos énergies. Nous pouvons également relire le décret qui instaure l'Etat d'urgence afin de le renforcer et faire les adaptations législatives et règlementaires nécessaires pour orienter le Mali entier contre ce mal et ses conséquences. Il apparaît évident dans ce contexte que le processus des élections législatives devrait être suspendu en attendant des moments plus favorables. Il n'est pas cohérent d'envisager des mesures urgentes et de laisser se dérouler des élections comme si de rien n'était. Le chef de l'Etat et son équipe doivent engager l'ensemble national dans la riposte multidimensionnelle face au nouveau coronavirus. Ils en ont les moyens. La question essentielle est de savoir s'ils ont mesuré l'ampleur des défis ou encore la profondeur de la menace. L'histoire nous le dira.

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