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Covid-19 : la crise oblige les banques africaines à se réinventer (2/2)

Charles Kié*

Publié le 13 mai 2020 à 11:13 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:34

Charles Kié

Charles Kié

DR

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Si les banques africaines veulent jouer efficacement leur rôle au sein des économies après la crise du COVID-19, elles devront se renforcer et réajuster bien de paramètres.

Quels que soient les changements de paradigme qui pourraient s'opérer, l'Afrique devra disposer d'un secteur financier (et notamment bancaire) dont la taille et les fonds propres sont à la dimension des enjeux de financement de ses économies, dont la flexibilité est de nature à opérer l'inclusion financière tant souhaitée et dont les mécanismes de financement savent enfin prendre la pleine mesure de l'importance et du poids que représentent les Toutes Petites Entreprises (TPE), souvent individuelles ou informelles, et les Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans ses économies.

Parmi les pistes qui pourraient être envisagées pour renforcer les banques et établissements financiers dans le rôle qu'ils doivent jouer, aussi bien de façon conjoncturelle dans l'accompagnement des économies pour la sortie de la crise que de façon structurelle dans le financement de la croissance future, les suivantes sont à considérer :

Créer les conditions d'une vraie convergence digitale entre les banques, les compagnies d'assurances et les opérateurs de téléphonie mobile

La crise actuelle et les mesures de confinement ont mis en évidence l'importance et la nécessité d'accélérer la transition numérique et la digitalisation des services dans tous les pays d'Afrique. Les barrières traditionnelles qui s'étaient érigées entre régulateurs des banques, des compagnies d'assurances et des opérateurs de téléphonie mobile ont été à la base des retards importants pris dans la plupart des pays africains dans l'amélioration des taux de bancarisation et de financiarisation. C'est l'une des raisons pour lesquelles le modèle kényan a jusqu'ici eu beaucoup de mal à s'exporter.

L'inclusion financière ne se réalisera pas si les bases de données clientèle restent cloisonnées, si les systèmes d'identification des individus ne sont pas centralisés et fiabilisés et si les réglementations n'évoluent pas rapidement pour créer les passerelles nécessaires entre ces 3 secteurs d'activités, en revoyant au passage les règles de protection des données personnelles, de partage des bases de données et des revenus afin que chacun y trouve son compte.

Dans ce même élan, il faut également souligner l'importance, pour ces 3 secteurs d'activité, de s'appuyer sur les acteurs de la finance technologique (Fintech) qui sont les mieux placés pour apporter de l'innovation et de l'agilité dans les services.

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L'amélioration matérielle de l'inclusion financière qui résulterait d'une telle convergence digitale, constituerait une source d'accroissement significatif de l'épargne en monnaie locale dont les institutions de crédit ont tant besoin pour financer l'économie réelle.

Renforcer le dispositif d'identification et de financement des TPE et PME par les institutions de micro et de méso-finance

De nombreux pays ont eu beaucoup de mal à mettre en œuvre des mesures strictes de confinement parce qu'ils ont pris la mesure de l'impact social qu'aurait eu sur leurs économies l'absence d'activité de nombreuses TPE ou PME qui, jusqu'ici, ont opéré sur des bases individuelles et relativement informelles. Cette crise a par ailleurs mis en évidence le rôle qu'auraient pu jouer les institutions de micro et de méso-finance pour apporter à celles-ci les différents appuis financiers proposés par les Etats, si ces entreprises avaient tout simplement pu être identifiées comme telles.

Les institutions de micro et méso-finance doivent aujourd'hui se structurer pour attirer vers elles ces TPE et PME qui échappent pour la plupart au secteur financier, les aider et les accompagner dans leur formation et leur formalisation et surtout les soutenir avec les facilités appropriées.

Des ressources financières importantes pourraient être canalisées vers ces institutions de microfinance, si elles pouvaient mettre en place, notamment par la digitalisation, un système d'identification de ces entreprises qui leur permettrait de mieux les accompagner et les financer. Cela éviterait que de telles ressources soient encore une fois gérées par des banques (souvent étatiques) qui ont montré leur incapacité à apporter les réponses idoines à la problématique du financement des TPE et PME

Enfin, les mécanismes classiques de garantie apportés aux banques et institutions de microfinance n'ayant pas eu l'effet catalytique souhaité, il conviendrait désormais de lier l'octroi de telles garanties à l'atteinte par les institutions financières bénéficiaires d'objectifs aussi bien quantitatifs que qualitatifs, fonction de l'impact économique et social recherché. L'idée de la création d'un index PME qui permettrait ainsi de différencier et de récompenser les institutions financières en fonction non seulement du niveau de financement accordé à ces TPE/PME mais surtout du niveau de l'accompagnement dans leur formalisation, la formation de leurs dirigeants, l'incitation à l'innovation .... est à considérer plus sérieusement.

Susciter la création et l'émergence de nouveaux acteurs Africains de financement des banques et institutions financières

Sachant que les Etats pourraient être limités dans leur capacité à recapitaliser des banques en difficulté, cette crise est une réelle opportunité pour voir du capital permanent (donc stratégique et de long terme) accompagner les banques dans leur processus de recapitalisation. Le vrai pari sur l'Afrique et sur la qualité de son risque reposera sur ces nouveaux acteurs, idéalement soutenus par les Etats et leurs fonds souverains, qui seront prêts à demeurer aux côtés des acteurs du secteur dans la durée, en canalisant vers eux les ressources permanentes qu'ils auront levées sur les marchés auprès d'investisseurs locaux et internationaux. C'est l'essence même du rôle qu'entend jouer New African Capital Partners (et d'autres sûrement), dans le développement du secteur financier en Afrique.

De la même façon, et plus spécifiquement en ce qui concerne les PME, il conviendrait de susciter l'émergence d'un plus grand nombre de sociétés africaines de capital-risque dites « à impact ». Celles-ci, par le caractère relativement concessionnel des ressources dont elles pourraient disposer, fourniraient aux TPE et aux PME des ressources stables à des conditions plus « réalistes » (i.e. à des montants et coûts plus faibles) que celles qu'on observe en ce moment.

Revoir et renforcer les besoins de fonds propres de banques au sein des zones économiques et monétaires

Comme nous l'avons analysé plus haut, les réformes mises en œuvre depuis 2008 n'ont pas eu pour conséquence de créer des banques dont les fonds propres respectent totalement les dispositifs prudentiels existants et susceptibles de survivre à une crise aussi importante que celle actuelle.

A titre d'exemple, dans les zones monétaires utilisant le Franc CFA où le nombre des banques s'est accru, il conviendrait de s'interroger sur la pertinence de maintenir encore longtemps les règles de capitalisation actuelles, précisément si plusieurs banques sont toujours trop petites et trop faibles pour les respecter.

A la faveur de cette crise, il y a ici une opportunité de tirer le plein avantage des règles communautaires, d'une part en renforçant les stress tests et les conditions de conformité aux dispositifs prudentiels, et d'autre part en établissant pour les banques, deux catégories distinctes en fonction de leurs niveaux de capitalisation, dans un souci d'allocation optimale du capital:

-          Celles dont la vocation est d'opérer de façon régionale dans chaque union. Pour celles-ci, il conviendrait de fixer des règles de capital minimum régional, à respecter par l'entité bancaire du pays d'origine ou de son siège. Pour être tout à fait concret, le capital minimum d'une banque de l'UMOA qui souhaiterait avoir une présence dans plus d'un pays de la zone pourrait être fixé à l'équivalent de $100 ou $150 millions de dollars au niveau régional (et non plus $16 million -au cours actuel- par pays de présence comme aujourd'hui) à la condition qu'une licence unique lui soit accordée et donc que tous ses autres établissements (en dehors du siège bien sûr) soient des succursales (et non des filiales). Afin d'éviter toutefois un effet de concentration de ces banques régionales dans un nombre restreint des pays de l'union, il leur serait requis d'ouvrir une succursale dans chacun des pays de l'union.

-          Celles dont la vocation est nationale (jusqu'à la date d'une décision éventuelle d'expansion régionale). Pour celles-là, le capital minimum pourrait se situer entre l'équivalent de $30 et 50 millions, l'objectif étant de susciter dans chaque pays l'émergence de grandes banques.

L'approche ci-dessous, évoquée pour les banques - qu'elles soient de l'UMOA, de la CEMAC ou de East African Community (EAC) - devrait s'appliquer avec la même logique au secteur des assurances, afin qu'enfin, aux côtés des banques, celui-ci joue pleinement son rôle d'atténuateur du risque économique et donc de catalyseur de l'investissement.

Utiliser de façon plus optimale mais plus agressive les organismes de garantie ou d'assurance des prêts pour accroître la capacité de financement des banques

L'expérience récente a montré qu'une utilisation optimale des organismes multilatéraux africains de garantie des prêts aux PMEs; d'assurances ou de financement du commerce extérieur (African Guarantee Fund, African Trade Insurance Agency, Afreximbank, pour n'en citer que quelques-uns) permettrait aussi bien aux banques qu'aux Etats d'accroître significativement leur capacité de financement ou d'endettement (en montant et en durée). Le recours à ces organismes a par le passé été relativement lent et insuffisant, soit par la non-participation ou la participation insuffisante des Etats au capital de ces institutions (malgré les instruments mis à leur disposition pour faciliter de telles prises de participation), soit par ignorance de leurs mécanismes de fonctionnement, soit tout simplement par inadaptation des structures des banques aux besoins de financements, notamment des PME.

Aujourd'hui, plus que jamais, il conviendrait qu'un plus grand nombre d'Etats Africains prennent leur part au capital de ces institutions et qu'un nouvel écosystème financier se mette en place entre les Etats, les banques, les institutions de financement et d'assurance du commerce et celles de garanties afin de constituer un véritable catalyseur pour la mise en œuvre de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine, l'accroissement du volume du commerce intra-africain et le financement adéquat des PME.

*Charles KIE est Co-Founder & CEO de New African Capital Partners, une plateforme d'investissement basé à Maurice. Riche d'une trentaine d'années dans la finance en Afrique et au-delà, il a notamment été patron d'Ecobank Nigeria, du Groupe Banque Atlantique et de Citi Bank West Africa.

Charles Kié*

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