Coronavirus en Guinée : trois recommandations pour sauvegarder les acquis de la gouvernance minière
Hervé Lado

Hervé Lado est économiste et country manager pour la Guinée, du think tank Natural Resource Governance Institute(NRGI).
H.L.
Hervé Lado

Hervé Lado est économiste et country manager pour la Guinée, du think tank Natural Resource Governance Institute(NRGI).
H.L.
En rapide expansion depuis les réformes introduites par le code minier de 2011/2013 (au rythme moyen de +27% par an de production de bauxite depuis 2015), le secteur a légitimement nourri ces dernières années les ambitions de la Guinée de jouer un rôle de premier plan dans le monde, en particulier en ce qui concerne la bauxite et le fer. Le Covid-19 a alors jeté un froid dans les esprits d'autant plus que le principal débouché et partenaire de la Guinée dans le secteur (la Chine) était le point de départ de la pandémie. Le gouvernement guinéen a alors rapidement entrepris, au-delà des mesures générales prises dans d'autres pays, de sanctuariser le secteur en demandant aux entreprises minières de formuler un plan de riposte qui privilégierait la santé des travailleurs et des communautés minières ainsi que les opérations de production et d'exportation.
Rappelons qu'un tiers des recettes de l'Etat proviennent du secteur. Alors qu'à la mi-mai, le pays enregistre plus de 2 500 cas actifs, un seul a été officiellement décompté dans les entreprises minières et rapidement pris en charge.
La crise actuelle appelle quatre constats dans le contexte guinéen. Premièrement, au premier trimestre 2020, la production et les exportations minières ont été globalement épargnées par la pandémie, et les recettes minières préservées. En effet, les statistiques du premier trimestre (T1) 2020que vient de publier le ministère des Mines et de la géologie confirment le maintien de la progression des exportations de bauxite, malgré un ralentissement par rapport à la tendance observée depuis trois ans (+6% à la fin du T1-2020, contre +31% au T1-2019 et +49% au T1-2018).
L'organisation du travail à distance pour nombre de postes administratifs, les mesures pour protéger les postes présentiels essentiels à la production et aux exportations ainsi que les mesures de prévention dans les communautés minières ont permis de garantir la continuité des opérations minières, souvent à la charge des entreprises.
Deuxièmement, une récession mondiale pourrait durablement contrarier les ambitions minières de la Guinée et, comme d'autres pays, ses équilibres financiers. Les projections du gouvernement sur la base des plans de production et intentions d'investissements des entreprises minières tablent pour l'année 2020 sur un maintien de la tendance observée au premier trimestre.
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Quatrièmement, l'investissement total du gouvernement guinéen dans la lutte contre le coronavirus masque désormais certains enjeux de gouvernance. Nombre d'activités relatives à la transparence, à la redevabilité et à la participation citoyenne sont à l'arrêt, notamment les nombreuses rencontres de concertations habituelles entre parties prenantes qui incitent à communiquer et à rendre compte en temps réel. Pourtant les activités de production et d'exportation se poursuivent sur le terrain, la mobilisation des fonds miniers alloués aux communautés également. Lorsque le coronavirus sera vaincu, il ne sera pas possible de rattraper toutes les activités destinées à améliorer la gouvernance minière.
rendant publics les termes de cet accord et l'état de son exécution
, le gouvernement permettra à l'ensemble des parties prenantes du secteur de contribuer utilement à la réflexion.Plus largement, NRGI (Natural Resource Governance Institute
) a esquissé des pistes de solutions pour et pour .Troisièmement, créer et entretenir des espaces innovants de communication et d'échanges à distance avec les parties prenantes du secteur minier, en particulier avec la société civile. Les acteurs de la société civile seront d'autant plus sensibles à de tels efforts en faveur de la gouvernance qu'ils vivent durement les mesures restrictives qui impactent directement leurs activités habituelles de concertation, de formation et de plaidoyer. Dans cette perspective,les efforts du ministère des mines et de la géologie pour publier rapidement le bulletin des statistiques minières T1 2020, incluant pour la première fois les paiements relatifs aux fonds transférés aux communautés, sont à saluer.
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Il convient en effet de prendre acte que la crise sanitaire actuelle, qui pourrait durer ou se renouveler, commande de penser de nouvelles manières de travailler.Afin de préserver les acquis de la Guinée en matière de gouvernance minière, le gouvernement gagnerait à produire et publier le rapport ITIE 2018 d'ici juin 2020 comme initialement prévu et malgré les circonstances. Par ailleurs, le moment est propice pour poursuivre la digitalisation de l'administration minière par la tenue à jour de sites web officiels avec des informations sur le dispositif légal et réglementaire du secteur minier (y compris décrets et arrêtés) et les données actualisées sur les activités et projets miniers. Une transparence accrue dans cette période particulière permettrait aux parties prenantes de mieux appréhender et soutenir les réponses du gouvernement face au Covid-19 dans le secteur, y compris d'éventuels ajustements dans la collecte, la redistribution et l'allocation des revenus miniers.
Hervé Lado