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Au Bénin, il faut un scrutin pluraliste

Régis Hounkpè*

Publié le 11 février 2021 à 09:52 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:35

Régis Hounkpé

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RH

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La prochaine élection présidentielle du 11 avril pourrait prendre l'allure de test supplémentaire de la vitalité démocratique ou sera, comme le pensent plusieurs observateurs et opposants au président actuel Patrice Talon, le dernier clou à enfoncer dans le cercueil du modèle politique béninois.

Le modèle démocratique que représente le Bénin depuis la Conférence nationale de 1990 a connu quelques tumultes, mais n'a jamais dévié de l'essentiel : la préservation de la paix et de la stabilité du pays. Les Béninois sont particulièrement jaloux de leur patrimoine démocratique et n'osent l'éprouver au-delà de l'indicible, surtout dans une région ouest-africaine qui a connu en 2020 des violations des droits de l'homme et des tueries en période électorale.

A cet effet, la prochaine élection présidentielle du 11 avril pourrait prendre l'allure de test supplémentaire de la vitalité démocratique ou sera, comme le pensent plusieurs observateurs et opposants au président actuel Patrice Talon, le dernier clou à enfoncer dans le cercueil du modèle politique béninois. En la matière, la dernière actualité sur l'agression du candidat Ganiou Soglo a cristallisé les passions et provoqué la stupeur dans l'opinion nationale et internationale.

L'une des charges les plus virulentes est venue de l'opposition par la voix de Reckya Madougou, candidate du premier mouvement d'opposition « Les Démocrates », qualifiant de « terrorisme politique » l'attaque.

L'expression de l'ancienne ministre de Yayi Boni, figure de proue du renouveau politique au Bénin, pour condamner l'agression de son ancien collègue démontre la nécessité fondamentale de prévenir toute autre attaque dans un contexte actuellement vicié par les supputations voire soupçons de scrutin au résultat déjà décidé. A cette heure, rien ne peut imputer au pouvoir la responsabilité de cette attaque qui pourrait être la manigance d'une bande crapuleuse.

Du côté de la majorité présidentielle, le directeur de la communication de la présidence Wilfrid Houngbédji assure au micro de la radio nationale que la police et la justice élucideront tout de cette affaire malheureuse et que « chaque candidat retenu par la Commission électorale nationale autonome pourra bénéficier de la protection républicaine »

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A cet effet, les vingt listes déposées à la Commission électorale nationale autonome (CENA) sont le signe de la vitalité démocratique du pays. Les mouvements d'opposition, pour ceux qui le pouvaient en dépit des nouvelles dispositions du code électoral, ont pu déposer un dossier qui sera soumis à l'étude par la CENA. Cela n'était pas gagné d'avance, quand on sait que depuis la réforme du code électoral de 2019, il est fait obligation aux candidats d'obtenir le parrainage de 10% du collège des élus. Dans un pays où plus des trois-quarts des élus parlementaires et municipaux appartiennent au parti présidentiel, on comprend le défi.

La CENA invalidera sans doute certaines candidatures non conformes, mais on peut d'ores et déjà se réjouir de ce pluralisme. Le contraire aurait conduit à l'exclusion du vote d'une grande partie de la population, insatisfaite par la politique gouvernementale du président Patrice Talon.

Dans un contexte de crise sanitaire avec ses terribles conséquences économiques, dans un pays où les poches de pauvreté sont de plus en plus larges et provoquent des désarrois sociaux et humains d'une ampleur jamais égalée, c'est essentiel que le pouvoir soit mis face à ses responsabilités.

En elle-même, la tenue du vote ne garantit évidemment pas l'alternance, ni l'amélioration des conditions de vie pour les Béninois. Mais une campagne pluraliste et saine serait non seulement un signe que les institutions sont plus fortes que les personnalités, et, en opposant au président sortant des candidats crédibles, elle permettrait un débat d'idées, la formulation de propositions concrètes et innovantes, au bénéfice de tous.

La période qui s'ouvre devrait être, idéalement, celle de la déclinaison des projets et permettre à l'opposition de ne pas être cantonnée au seul rejet de la politique gouvernementale.

Par contraste, sa confiscation acterait l'entrée du pays dans la crise. Il faut à tout prix que le Bénin évite un simulacre d'élection présidentielle dont la Guinée nous rappelle les conséquences potentiellement désastreuses. Espérons par ailleurs que la CEDEAO, l'Union africaine et les partenaires extérieurs du Bénin se positionneront justement en faveur de la sincérité, de la transparence et de la crédibilité du scrutin présidentiel. Si des signes de malversation apparaissent ou que des violences électorales surgissent, cela serait une désillusion pour tous les défenseurs de la paix et de la stabilité.

La communauté internationale représentée par son Représentant spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest et dans le Sahel, Mohamed Ibn Chambas, a été avertie par l'opposition. En « mission d'information » dans le pays jusqu'à ce mercredi 10 février, le diplomate onusien qui a rencontré les ténors du parti Les Démocrates a saisi la fébrilité du contexte politique. Une audience prévue avec le président Talon permettra d'être assuré de l'exemplarité de l'élection du 11 avril prochain.

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Le modèle politique béninois est véritablement à un tournant de sa jeune histoire démocratique et les prochaines élections générales constituent une jauge dont les débordements seront préjudiciables pour la stabilité d'un pays longtemps considéré comme le « laboratoire de la démocratie africaine ».

(*) Béninois, analyste géopolitique, directeur exécutif d'InterGlobe Conseils (Calavi-Paris)

Régis Hounkpè*

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